Le journal qui retourne le couteau dans l’info

Le Correspondant, journal d'Investigation et du grand reportage

Le journal qui retourne le couteau dans l’info

23 octobre 2021

Amirouche ou la sale guerre d’Algérie

Mort de Amirouche, impitoyable chef de guerre

 

Légende ou terroriste ? C’est au choix quand on évoque le nom de Amirouche Ait Hamouda, chef rebelle pendant la guerre d’Algérie, traqué pendant 5 longues années par l’armée française de l’époque. Retour sur l’une des chasses à l’homme les plus impressionnantes de la 4ème République. Et la moins conventionnelle …

 

Qu’on le dise tout de suite : Le Correspondant ouvre ce dossier sensible pour apporter sa modeste contribution au travail de mémoire. Car un constat gouverne : aucune des deux parties – France, Algérie – ne semble disposée à laver son linge sale. En dit long la rage déclenchée par le rapport de Benjamin Stora sur la guerre d’Algérie, remis la semaine dernière à Emmanuel Macron. Logiquement, il était censé trouver la synthèse fédératrice pour concilier les mémoires. Mais vu de France, ce n’est qu’un torchon, un écran de fumée, qui ne fait « même pas mention aux exactions du FLN de l’époque ». Pour les algériens, c’est une « farce de l’histoire », qui veut enterrer les crimes coloniaux. Mais que Stora n’ait eu d’autres choix que d’équilibrer le propos, pour éviter de froisser les sensibilités, rien n’y fait : les deux pays continueront à se rouler par terre, tant qu’ils n’auront pas cueilli les fruits défendus de la colonisation : des excuses des deux côtés de la Méditerranée.

 

Et qu’importe leurs divergence sur l’exactitude des faits : il faudrait quand même trancher, cabosser l’ennemi de hier, puisqu’il faudra bien continuer à se convaincre que c’est de la faute de l’autre. Pourtant, pour peu qu’on s’attarde sur quelques épisodes de l’affaire « Amirouche », les choses deviennent limpides : aucun des deux camps n’a ménagé ses efforts pour exceller dans la cruauté. Partout où l’on se hasarde à la visiter, à n’importe quelle époque, n’importe quel recoin du pays, elle chantonnera toujours le même refrain : tous au banc des accusé !

 

Ce cauchemar  a commencé avec l’éclatement de la guerre, en 1954. A l’époque, Amirouche n’avait même pas 25 ans, quand il a pris les armes pour libérer son pays de l’occupation. Rapidement, il fait corps avec la guerre : la veille, il frappe dans un endroit ; le lendemain, on retrouve sa trace dans une région, encore plus lointaine. Parfois, il tape fort, là où il n’était pas attendu. En un rien de temps, il fait couler des rivières de sang et devient le symbole de la révolution. Mais vu de France, Amirouche n’est qu’un seigneur de guerre, qui ne respecte rien : ni les règles de la guerre, ni l’âge ou le sexe de ses victimes. Il n’est rien d’autre qu’un minable terroriste. Un homme à abattre.

 

C’est ainsi que les officiers français ont décidé d’opérer un déploiement de force en Kabylie. Pour pulvériser les groupes et leur chef, tous les villages sont fouillés et saccagés, certains sont entièrement rasés. Les femmes violées, les hommes torturés. Mais au bout d’une dizaine de jours de canonnades et de bombardements au Napalm, rien. Pas de traces d’Amirouche. Pis.

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