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De la guerre, à la guerre

Décidément, le Covid-19 infecte même les systèmes politiques. Au Kosovo, il a carrément explosé le gouvernement de coalition, renversé par un vote de défiance, le 25 mars dernier. Les habitants craignent de revivre le cauchemar tant vécu : se retrouver, à nouveau, otage des luttes intestines entre les caciques.

C’est une vieille tradition depuis l’Indépendance du Kosovo en 2008 : aucun gouvernement n’a pu aller au bout de son mandat. Aujourd’hui, on rembobine et on recommence. Et qu’importe la crise du coronavirus. Qu’importe les appels venus de l’étranger, comme ceux de la France et l’Allemagne, qui jugent indispensable le maintien d’un gouvernement, « stable et opérationnel ». Entre le Premier Ministre, Albin Kurti, et le Président, Hashim Thaci, la guerre pour le pouvoir semble primer sur la lutte contre la pandémie.

 

L’un accuse l’autre d’avoir planifié la crise politique, pour reprendre la main sur les affaires et se remplir plein les poches, le Président, Hashim Thaci, riposte, en appelant la population à tourner le dos aux mesures prises par son Premier Ministre, pour lutter contre le coronavirus. De nombreux citoyens ont violé le couvre-feu en vigueurs et la police a procédé à de nombreuses arrestations. Et comme s’il fallait rajouter une couche, Belgrade a décidé d’exacerber les haines ethniques et de réveiller les vieux démons de la guerre du Kosovo, – entre l’armée yougoslave et l’armée de libération du Kosovo, qui a fait entre 1200 et 5000 victimes, en 1998.

Cette fois, le crime est venu de la décision de Pristina, le 21 mars dernier, de confiner, pendant 14 jours, toute personne qui rentre dans le pays. Y compris les voisins de Serbie, encore nombreux à traverser le poste-frontière de Jarinje, pour se rendre au nord du Kosovo. En écho, Belgrade s’en est saisi pour enfiévrer l’enclave serbe du nord – destinée à s’entredéchirer avec le « frère » kosovar.  La recommandation est ahurissante : ne pas se soigner dans les hôpitaux de Pristina, mais dans le centre clinique régionale serbe de Nis, sous prétexte que « les centres de santé du Kosovo ne sont pas en mesure de surveiller la propagation du virus au sein des populations serbes ». Immédiatement, le Ministre de l’intérieur du Kosovo a tenté de calmer les tensions : « la quarantaine n’a rien à voir avec la nationalité des malades, leur sexe ou quoi que ce soit d’autre. Elle est destinée à protéger les citoyens ». Mais rien n’y fait : deux serbes du nord, qui ont contracté la maladie, sont immédiatement rapatriés en Serbie, pour se faire soigner. On parle même de médecins serbes qui ont quitté leurs postes au Kosovo, pour rejoindre leur pays d’origine, de crainte de ne pas pouvoir se rendre chez eux, après la fermeture des frontières. Ils étaient l’un des derniers « ponts humanitaires », qui permettaient encore de conserver un semblant de lien entre les deux pays.

 

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