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Crimes et châtiments

Ca y est, il a fait comme il a dit : Poutine a lâché la cavalerie sur le sol ukrainien, avec la volonté belliqueuse d’occuper le pays. On s’y attendait depuis plusieurs semaines, mais Macron y a cru jusqu’au bout : il négocié avec les Américains, menacé Poutine. Déroulé des mots. Des propositions, pour éviter le déluge. Mais Poutine n’a pas hésité : il a apposé sa signature en bas de page et décrété l’indépendance des république séparatistes de l’Ukraine Orientale, l’arrêt de mort des accords de Minsk, la fin de l’Ukraine unie et le retour de la guerre en Europe : ses missiles pleuvent, en ce moment même, sur les grandes villes ukrainiennes.

 

Pourtant, avant et après son road-trip diplomatique – et téléphonique -, Macron l’avait répété sur les ondes de France Inter, France 2, M6, dans les manchettes, libération, le monde, le parisien et au micro des plateaux tv :  » La discussion peut amorcer ce vers quoi nous devons aller, ce qui est une désescalade », avait-il déclaré. Confiant, il était tout feu tout flamme pour « bâtir une réponse utile collectivement pour la Russie et pour tout le reste de l’Europe », afin de  » construire les éléments de confiance, de stabilité, de visibilité pour tout le monde »

 

De même que Dominique De Villepin, en 2003, il s’est fait à l’idée d’empêcher les chars russes de traverser les frontières, la douceur de sa verve comme système anti-missile. Il s’est donné à fond, peut être même un peu trop, au regard des éléments en jeu. Car cette affaire n’est pas un simple incident diplomatique. L’Ukraine est un enjeu majeur, à la fois pour les Russes que pour les Américains. Chacune des parties manie ce pays, comme un couteau aiguisé, pour trancher l’ennemi.

 

Petit rappel : depuis près de 20 ans, les Américains n’ont jamais cessé d’œuvrer pour obtenir l’adhésion de l’Ukraine, dans le grand club de l’Otan. Pas pour lui offrir une belle suite parmi les grands de ce monde, mais pour parvenir, enfin, à installer leurs bases militaires, juste de l’autre côté de la frontière russe. Mais Poutine, pour protéger son pays menacé, pense-t-il, dans sa puissance et son intégrité, a fait le même calcul : pour saper les velléités américaines, il n’est pas prêt à lâcher une parcelle de l’Ukraine. C’est son arrière-cour stratégique, son épouse illégitime, son « barbelé » face à un occident « hostile » et, croit-il, inféodés aux Américains.

 

Il est en cela fidèle au traité de paix signé, oralement, en 1991, entre Gorbatchev et les occidentaux, qui lui avaient apporté l’assurance de ne pas élargir l’Alliance Atlantique à l’est – à condition que la Russie accepte de retirer ses troupes de l’Allemagne de l’Est. Moscou a respecté le deal, mais pas les Européens et les Américains, qui ont mis le grappin sur l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Géorgie et autres « banlieues » de la Russie.

 

Poutine l’avait encore répété récemment dans une conférence de presse : « Ce sont les États-Unis qui viennent chez nous, tonnait-il. Citez-moi un seul pays, sous influence américaines où nous sommes venus poser nos missiles ». Le message est clair : il n’y aura pas de bases américaines en Ukraine, pas plus qu’en Biélorussie ou dans un autre pays limitrophe. Question de sécurité !

 

Les journalistes et les grands de ce monde n’ont vu qu’un tsar en puissance, forcément fieffé et paranoïaque. Sans le prendre au sérieux, ni s’inquiéter outre mesure du réveil russe qui suivra. Ce sera, pourtant, une sorte de « révolution poutiniste », qui ne cessera d’enfler depuis les années 2000.

 

Ses prémices ont apparu en 2004, quand les Américains avaient dépêché leurs agents à Kiev, pour souffler sur la braise de la Révolution Orange, ces manifestations déclenchées pour protester contre le résultat d’une élection présidentielle, entachée d’irrégularités. En moins d’une semaine, elles se sont transformées en une démonstration de force, qui veut imposer une nouvel ordre politique dans la région. Tout y était : l’adhésion à l’Europe, à l’Otan, la fin du régime des oligarques, mais aussi une rupture avec la Russie. Donc la fin son influence dans le pays…

 

Mais Poutine, ancien officier du KGB, a usé ses Pataugas dans les coups tordus : il sait que la vague orange,  » fabriquée » depuis les salons diplomatiques par des conseillers en image, risque de pousser l’Ukraine dans le giron européen. Pour calmer la rue, il finira par concéder la chute du Président, Viktor Yanukovych, dont la réélection était contestée par les manifestants. Pour autant, il ne s’est pas retiré dans ses palais, en laissant l’Ukraine entre les mains de Viktor Louchtchenko, qui lui succédera. Plus tard, il lancera une terrible séquence de « boules puantes » contre Louchtchenko et, moins d’un an plus tard, il parviendra à le déboulonner, au profit de… Yanukovych, qui reprendra son poste.

 

Entre temps, il a lâché ses meilleurs agents, avec la mission d’agiter les militants dans les régions orientales de l’Ukraine, afin de réactiver la fibre russophile et les réflexes nationalistes, forcément anti-américains. L’enjeu ? Torpiller l’adhésion de l’Ukraine dans l’Union Européenne et planter, à l’occasion, une bombe à retardement, dont il tient le minuteur…

 

C’est le début de la « contre-révolution orange », devenue un poison au cœur de la République ukrainienne : à Kiev, on ne veut plus de ces russophones qui n’ont rien compris aux aspirations démocratiques. Là-bas, à Donetsk, près de la frontière russe, des milices éclosent, prêtes à dégainer sur n’importe quel quidam, en provenance de la capitale. Le pays est divisé, mais reste sous le contrôle de son voisin.

 

Dès lors, la Russie n’aura de cesse d’être mise en joue par ses ennemis occidentaux. Au bout du fusil, toujours la même « fleur » : des manifestations à répétition. Quand elles n’éclatent pas en Biélorussie voisine, un bastion russe, c’est la rue de Moscou qui vibre, vocifère, revendique la liberté. La liberté d’expression, la démocratie, la fin du système Poutine, renvoyé dans la longue liste des dévoreurs du bonheur. La stratégie est rodée : il s’agissait de déclencher un débordement par le bas, de l’intérieur, via l’instrumentalisation de la colère, des angoisses et des frustrations sociales. De la belle, de l’art de la guerre informationnelle, mis en musique par les chefs d’orchestres des coups d’Etat déguisés en révolutions colorées.

 

Mais Poutine n’est pas dupe : il sait que ces « révolutions » sont autant de « balles réelles » au cœur de son système et qu’à force, il ne pourra plus leur résister. Il a alors décidé de ne pas encaisser les coups, mais de les rendre. Il pouvait le faire : son armée et sa force de feu lui donnent les moyens de sa folle ambition. Tout en ayant basculé dans la répression des opposants, parfois dans leur liquidation physique, il ne cessera d’aller braconner sur les terres d’influence occidentale, pas seulement dans les anciennes Républiques de l’ex-Union Soviétique, mais partout dans le monde, là où se trouvent les intérêts stratégiques. C’est la fameuse politique de la « défense par l’attaque ».

 

La guerre de Syrie, face à l’échec des pays occidentaux pour endiguer la menace islamiste, lui a donné l’occasion de la mettre en parole et en actes. La destruction des bases djihadistes, qui a suivi, lui a permis de transformer la défaite des occidentaux en victoire russe. Désormais copain-copain avec Bachar El Assad, alors désavoué par la France et les États-Unis, il accède à la deuxième étape de son plan : la possibilité de mettre en ordre de marche sa « révolution impériale » et de prendre la place de ses ennemis sur le sol – et le sous-sol – des zones stratégiques.

 

C’est à compter de cette période qu’il a lâché son rouleau compresseur sur l’Afrique, notamment la Centrafrique et, plus récemment encore, le Mali où il a infligé une vraie blessure à la France, sommée de retirer ses troupes et de mettre fin à ses opérations militaires dans la région. Les occidentaux se retrouvent dépassés, doublés et affaiblis, y compris dans leurs anciennes colonies.

 

En fait, Poutine a réussi à transformer sa « mort » tant désirée en renaissance de l’Union Soviétique. Chaque assaut qu’il avait essuyé lui donne la force de repartir à la chasse, pour grignoter encore plus de territoires, comme lorsqu’il a annexé la Crimée et décrété l’indépendance de l’Ossétie du Nord. Autant de « butins de guerre », qui lui ont permis de descendre encore plus dans le cœur de son peuple …

 

 

Mais, dans ce jeu de dupe, qui menace la stabilité du monde et de l’Europe, il y, depuis 2004, une bombe à retardement : c’est l’Ukraine. Elle avait réussi à survivre, tant qu’elle était gouvernée par Yanukovych, ce président qui consulte Poutine, même lorsqu’il doit choisir sa marque de dentifrice. Or, en 2014, il sera déboulonné par l’acte II de la Révolution Orange et sera remplacé par l’actuel Président, Vladimir Zalenski, un pro-européen, qui brûle de rejoindre le grand bataillon de l’Otan. Et c’est précisément à cette époque que Poutine, pour transformer son rêve en cauchemar, a actionné son « minuteur » : les milices indépendantistes ont déclaré la guerre à l’armée ukrainienne. Les attaques se sont multipliées, avec leur cortège funèbres, jusqu’à la trêve observée, après les accords de Minsk, en septembre 2014 : elle vient d’être détroussée par la décision de Poutine d’envoyer ses troupes dans le pays. Demain, Kiev va tomber et son Président sera « décapité » et remplacé par un homme de main.

 

Seront-ce les dernières victimes de cette « guerre froide », qui crache du feu, depuis le ciel ukrainien ? Pour le moment, les grands de ce monde ne sont pas à l’examen des responsabilités, mais à l’émotion et au châtiment : blocage des avoirs des oligarques russes à l’étranger, blocages des visas pour les russes, blocages encore des échanges commerciaux, avec rupture des contrats en cours, qui toucheront à tous les domaines : secteur gazier, bancaire, technologique…

 

Pas de quoi faire bouger un poil chez Poutine : son pays, manifestement préparé à cette guerre et aux sanctions annoncées, a lancé ses tirs de barrages économiques depuis longtemps. Pour éviter une thrombose dans son système bancaire, la Russie ne commerce plus en dollars, mais en rouble. Et, pour acquérir son indépendance commerciale, elle a bâti une sorte d’Union Soviétique économique, destinée à développer l’essentiel de son business avec ses partenaires historiques, comme la Chine et l’Inde, les pays du Moyens Orient et ses nouveaux amis en Afrique. C’est son arme fatale contre l’embargo commercial qu’on lui inflige…

 

Mais voici quelques heures, Emmanuel Macron, sur un ton martial, à ouvert une autre voie : « À cet acte de guerre, nous répondrons sans faiblesse », a promis le Président, « les sanctions portées à la Russie seront à la hauteur de l’agression dont elle se rend coupable ». Elles porteront sur « le plan militaire et économique autant que dans le domaine de l’énergie ». Militaire ? L’Elysee s’est empressé de tirer les choses au clair : pas d »envoi de troupes, juste un renforcement des bases de l OTAN en Roumanie. Avec, en renfort, les troupes américaines, a promis Biden, qui ne veut pas s’engager  » dans la troisième guerre mondiale ».

 

Mais pourra-t-il en faire autrement ? Poutine avait prévenu : à ceux « qui tenteraient d’interférer avec nous (…) ils doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences que vous n’avez encore jamais connues ». Traduction : une guerre nucléaire. Autrement dit : l’apocalypse en pleine Europe…

 

 

 

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Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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