Le journal qui retourne le couteau dans l’info

3 décembre 2022

Maroc, Mehenni, Cnews : que de la tartufferie !

Chef indépendantiste Kabyle, frappé par un mandat d’arrêt international, sur demande de l’Algérie, Ferhat Mehenni a déployé tout son génie pour pondre une thèse de complot aussi probante que celle de Thierry Meyssan sur les attentats du 11 septembre. Il accuse Macron d’être personnellement intervenu pour l’interdire d’antenne sur la chaîne CNews, il accuse le pouvoir algérien de faire la pluie et le beau temps sur l’Élysée, il accuse Yannick Bolloré de soumission à la « junte militaire algérienne ». Rien que cela.

 

Les faits : ce 3 octobre, Ferhat Mehenni, président d’un mouvement pour l’indépendance de la Kabylie ( Mak ) devait être l’invité d’Ivan Rioufol – ce journaliste qui ne sait pas expliquer un dégât des eaux sans y voir la main de l’immigration. Il devait se répandre sur « la place des kabyles en Algérie », notamment celui des militants du Mak, qui végètent dans les prisons algériennes. Il devait aussi, comme à son habitude, s’épancher sur le ” pouvoir criminel algérien”, ” génocidaire” ( sérieux ! ), ” colonial” et chanter les louanges de son organisation, le MAK, classée mouvement terroriste par l’Algerie, mais forcément « pacifiste ».

 

Mais alors qu’il était déjà maquillé et pailleté pour faire son show devant les Français, la chaîne a décidé, in extremis, de se passer de ses lumières et de le remplacer par une vieille émission sur… le paranormal. C’est grotesque et maladroit, certes, mais Mehenni – qui devient myope en dessous d’une certaine hauteur – n’y a pas vu un concours de circonstances malheureux, mais un complot lié à son « humble » personne : « C’est l’Elysée qui a appelé CNews pour me déprogrammer », a-t-il lancé, dès le lendemain, dans une allocution diffusée sur le site « siwel.com ». En renfort, une vidéo tombée du ciel le montre avec son intervieweur, Ivan Rioufol, qui l’avait rejoint dans la loge, peu avant l’heure de son passage en plateau. On le voit lui apprendre qu’il ne passerait pas à l’antenne et que la décision est prise par la direction et que son interview est remise à plus tard.

 

Dans un monde normal, l’affaire aurait dû s’arrêter là, mais dans la galaxie « makiste », où une simple petite chose devient prétexte pour lancer des cris d’orfraies, une caméra en mouvement n’a pas tenu à en rater une miette. Elle a immortalisé même l’arrivée surprise d’Ivan Rioufol auprès de son invité. Et dans la minute, le scoop était déjà servi sur les réseaux du Mak, pour un moment d’internet aussi palpitant qu’un thriller d’espionnage.

 

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? », fait mine de demander Ferhat. « Je n’ai le droit de rien dire, c’est la première fois que cela arrive. Invraisemblable… » répond, mystérieux, le journaliste français. Puis l’homme revient sur ses pas, pour rejoindre son plateau. Ferhat le retient encore quelques secondes, la caméra continue de tourner : « Mais ne pensez-vous pas que c’est Alger ». « Mais, oui, il ne peut pas y avoir d’autres explications », valide Rioufol qui saute sans parachute : « C’est sûrement Alger qui a appelé l’Élysée… »

 

Le verdict est dit : pour censure le leader du Mak, le Président algérien, Abd El Madjid Tebboune, aurait menacé d’annuler la visite, le 9 octobre, d’Élisabeth Borne en Algérie, si l’on maintenait l’interview de Mehenni et Macron se serait exécuté, sans même sourciller. Le lendemain matin, dans un tweet, l’ancien journaliste du Figaro s’est empressé de rattraper le coup et d’attribuer ces accusations à son interlocuteur, mais le mal est fait : en se prenant les pieds dans le tapis d’une propagande bien huilée, Rioufol venait d’offrir un sceptre bien aiguisé pour « dépecer » l’Élysée et son gouvernement.

 

Du pain béni pour le Maroc, qui a mobilisé tous ses instruments médiatiques pour faire de cette historiette une affaire d’Etat. Alors qu’aucune goute d’encre n’a coulé dans les grands médias français et algériens – les plus concernés par l’affaire -, la presse du Royaume n’en revient pas de voir un tel « homicide sur la liberté d’expression » s’exercer dans le pays des droits de l’Homme : C’est « un acte de censure pur et dur », fustige le collimateur.com. « Rocambolesque, cette censure documentée par vidéo… », dit Labass.net. « Un scandale qui porte atteinte à l’image de la France, pays de démocratie et de liberté de la presse », vilipende Barlamane.com.

 

Ce journal est le premier à avoir ouvert cet opéra de fackes. En moins d’un quart d’heure top chrono, un dimanche soir, il aurait déniché le scoop de l’année, grâce à ses « informateurs » infiltrés dans les chancelleries : à Alger, à CNews et même dans les alcôves de l’Élysée. Sherlock Holmes n’aurait pas fait plus vite, mais la presse du Royaume avait repris l’info sans broncher.

 

C’est notamment le cas du Desk, 360.ma, Maghreb Emergent ou encore l’Opinion.ma, ce journal crypto-monarchique qui ne sombre jamais dans la nuance. Pour preuve, il n’a pas vu, dans l’affaire Mehenni, une simple déprogrammation d’une émission, mais forcément la mesquinerie d’une « France prête à faire fi de ses valeurs pour contenter l’Algérie ». Même son de cloche de la part d’Abou Wael Al Rifi, un chroniqueur qui ne rédige pas le bulletin météo sans l’accord du roi : « L’honneur de la France traînée ainsi dans le gaz par une partie du pouvoir français qui ne se gêne pas d’adopter des méthodes dignes de celles qui étaient l’apanage des républiques bananières ». A quelques commentaires près, il était prêt à nous renvoyer à notre juste place : juste derrière le Maroc, ce grand pays des droits de l’Homme où les manchettes sont réduites à des gazettes du Palais et les prisons remplies de journalistes rebelles qui ont rompu leur allégeance au monarque

 

Le Maroc aurait pu s’arrêter sur cette comédie « démocratique », mais ce serait sans connaître ses arrières pensées, qui visent à parasiter la visite d’Elisabeth Borne en Algérie. Jugez par vous-même de cette valse de commentaires de la presse marocaine qui exhibe, sans panache, ses profondes intentions :

 

  • « Par notre histoire commune et nos défis futurs, la France et l’Algérie sont liées » : tout est dit dans cette phrase d’Élisabeth Borne qui dégage une écœurante odeur d’hypocrisie tellement forte qu’on peut la sentir d’Alger jusqu’à Paris » ( l’Observateur.info )

 

  • « Borne s’est trahie en révélant pourquoi l’Élysée rampe autant devant un régime qu’il courtise devant les caméras mais qu’il méprise en off  (l’Observateur.info)

 

  • « La nouvelle relation entre Alger et Paris commence à poser beaucoup de problèmes en France qui se retrouve à la merci des coups de colère et des états d’âme de l’Algérie. Jusqu’où ira Paris dans son opération séduction d’Alger, si la censure touche à présent même les entités privées ? ( 360.ma)

 

Trop c’est trop : les autorités françaises ont décidé de rappeler la ligne rouge, via un communiqué de l’ambassade de France à Rabat, qui a démenti les faits de censure, tout en faisant un clin d’œil – très diplomatique – à la violation des droits de l’homme au Royaume : « La France demeure engagée en faveur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression dans le monde ( … ) La défense de ces principes qu’elle s’applique à elle-même est également une priorité dans sa politique étrangère ». Allusion, selon nos sources, à l’affaire des « rouages d’une machine à cash », celle du journaliste marocain, Omar Radi, expédié au cachot pour avoir révélé le scandale des expropriation foncières par des proches du Palais royal, impliqués dans les délits d’initiés.

 

Bref, là où le Maroc gingine du ventre, la France lui tire les oreilles. Et plutôt que de se contenter de démentir les faits de censure, elle a préféré un magistral rappel à l’ordre de respect de la liberté d’expression, dont la simple évocation fait grimper le thermomètre au Palais de Rabat. En face, au lieu de se terrer au fond de son gouffre, le Royaume a décidé de riposter et d’aller plus loin. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, convoque une conférence de presse et se lâche, sans subtilité, sur l’ambassade de France : « Je m’interroge sur le fait qu’une telle réaction, qui ne concerne pas directement le Royaume, vienne de l’ambassade de France au Maroc ».

 

Dans la foulée, il lâche la bride à la presse marocaine, qui se déchaîne avec plus de férocité : « Quelle mouche a donc piqué l’ambassade de France au Maroc pour nous gratifier – nous Marocains – d’un démenti qui ne nous concerne pas ? Nous sommes en présence d’une chaîne française, dont le siège se trouve à Paris, l’invité est Kabyle, le journaliste Français, la censure française, ses ordonnateurs sont tapis à l’Élysée … », écrit le 360 qui ajoute, pour la fin, une interrogation dans laquelle le « mystère » devient clair dans leur propre reflet : « Mais que vient faire le Maroc dans cette galère ? ». On se le demande aussi !

 

Mais on aurait tort de penser qu’en ouvrant cette nouvelle aube de guerre, le roi du Maroc n’a fait qu’obéir à ses hormones d’amouraché plaqué et « cocufié » par la France. Mohamed 6, grassouillet et malade, qui écume les salons et les clubs parisiens, se sent en danger depuis la dernière visite de Macron en Algérie : il considère qu’une telle relation lui vole ses soutiens en Occident et, à terme, sa souveraineté sur le Sahara occidental – à laquelle s’oppose l’Algérie.

 

A la veille de la visite de Borne à Alger, il a décidé de jouer la meilleure arme dont il dispose en France : celle de Mehenni, qui lui sert de « mercenaire » médiatique ( on imagine le prix de ses services ), chargé de distiller sur les plateaux la fiction d’une Kabylie « génocidée ». Son passage sur CNew devait froisser Alger et jeter la relation entre les deux pays dans une nouvelle ère de glaciation. En cela, Mohamed VI, depuis qu’il a établi des relations avec Israël, dans le cadre des accords d’Abraham, est resté arrimé à son projet : isoler l’Algérie pour mettre le grappin sur la région.

 

Or, c’est précisément cette “monarchisation” de l’Afrique que la France a décidé de saper : au plus fort de la guerre d’Ukraine, sur la toile de fond de la crise énergétique, Macron a décidé de ” chevaucher ” son ancienne colonie pour en faire une « passerelle » entre les deux mondes en gestation : d’un côté la Russie et ses alliés et, de l’autre, le reste du monde. L’Algérie, en effet, grâce à son grenier gazier et à sa relation privilégiée avec Moscou, peut autant commercer avec la Russie que soulager l’Europe dans sa dépendance au gaz russe. D’où la visite de Borne à Alger, accompagnée par 16 ministres. Elle a été conclue, ce lundi, par cette déclaration de la première ministre : « Alors que l’agression russe en Ukraine a des conséquences pour le monde entier, je crois aussi que notre coopération renouvelée doit être l’occasion d’un engagement en faveur de la sécurité internationale et de la stabilité ». Tout est dit.

 

Reste la question : La France est-elle intervenue pour « censurer » le passage de Mehenni sur CNews ? Macron est-il intervenu personnellement, sur demande du Président algérien ? Selon nos informations, il y a eu effectivement un appel de l’Élysée à la direction de la chaine, mais il ne s’agit pas de saper la liberté éditoriale de la rédaction, comme se borne à l’affirmer la presse marocaine. L’intention du message était de prévenir qu’une “taupe” au sein de la direction de la chaîne avait tout combiné avec Mehenni et ses complices marocains, pour obtenir l’annulation de la visite de Borne à Alger et escamoter les projets de l’Élysée avec son partenaire algérien. C’est donc la paix dans le monde que ces « tartuffes » de la République ont voulu torpiller, avec cette interview en prime time, mais Yannick Bolloré, en dépit des intérêts de son entreprise au Maroc, en a fait autrement. Et tant pis pour les douceurs du Royal Mansour et de la Mamounia …

 

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