Le journal qui retourne le couteau dans l’info

30 janvier 2023

Vél d’Hiv : “Nous sommes les voix des morts”

Ce week-end, la classe politique a déboulé dans les manchettes et les plateaux Tv pour rendre hommage aux victimes du Vél d’Hiv, ces milliers de Juifs français parqués dans un stade du 15ème arrondissement de Paris, avant d’être expédiés dans le camp d’Auschwitz, en Pologne. Chacun est allé de son aimable litote, certains sincère, d’autres moins. Comme la nouvelle star des insoumis, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot s’est pris les pieds dans un tweet où elle confond – volontairement – Macron et « Pétain ». Dans l’heure, elle s’est cognée contre les critiques les plus âpres de la part des ministres du président, toujours prompts à sauter au cou de quiconque ne prête pas allégeance…

Dans ce monde de dupes, taillé selon l’imagination des cabinets de com, les écrivains sont une vraie respiration. Le journaliste Jean-Marie Montali est l’un d’eux. Pendant plusieurs mois, il a sillonné Israël et rencontré les rescapés de la Shoah. Le livre qu’il en tire, « Nous sommes les voix des morts » ( Edition Le Cherche midi ) est peut-être le dernier témoignage de ces survivant, qui reviennent d’un long voyage ” d’entre les morts”. “Ils viennent d’Auschwitz, de Bergen-Belsen, des forêts et des ghettos”. Et ils se souviennent. De tout : “La rafle, les cris, la peur, les chiens, les fusillades au bord des fosses communes, le train, la douche, la nudité … Et la mort”.

Certains chapitres sont glaçants. Surtout cet épisode que beaucoup ignore : des milliers de juifs sont raflés, aussi, en Zone libre. Comme la famille du docteur Finaly, un médecin offert à la machine nazie par ceux qu’il avait soignés et guéris.

Voici son histoire…

 

En août 1942, une immense rafle de Juifs étrangers et apatrides – lancée à l’initiative de Vichy – débouche sur l’arrestation de 6 584 étrangers de la zone sud, sur un objectif espéré de 10 000. Seuls les enfants à la charge de leurs parents et âgés de moins de 2 ans sont épargnés. Les victimes sont envoyées à Drancy et, deux jours plus tard, mises dans un train pour Auschwitz, où la plupart seront tuées.

 

Le docteur Fritz Finaly, un médecin Juif autrichien qui travaille pour la Résistance, et sa femme, échappent à cette rafle. A la fin de 1943, alors que la Gestapo fouine et que les collabos dénoncent, les Finaly confient leurs deux enfants à une voisine. Le premier, Robert, est né en avril 1941. Le second, Gérald, est né en juin 1942.

 

Alors, commence pour eux un périple qui va durer des années. Et qui va diviser la France de la Libération jusqu’en 1953, dressant les catholiques contre bouffeurs de curés, droite contre gauche, sionistes contre antisionistes, catholiques contre Juifs, Français contre Israéliens, Français contre Espagnols, et même franquistes contre antifranquistes.

 

Fritz Finaly est arrêté le 14 février 1944, au matin, dans les rues de Grenoble. Annie, sa femme, est arrêtée dans l’après-midi, à leur domicile. Ils sont transférés presque aussitôt à Drancy, ce dépotoir à Juifs dans la banlieue nord-est de Paris. Le train qui emporte les Finaly vers les chambres à gaz d’Auschwitz est le convoi numéro 69, avec 1 501 personnes à bord, dont 178 enfants. Seules vingt d’entre elles survivront à la guerre et à la Shoah.

 

Les enfants du couple ont été confiés entre-temps au couvent des religieuses de la congrégation de Notre-Dame-de-Sion, à Grenoble. Il s’agit d’un pensionnat pour jeunes filles dirigé par mère Marie-Clotilde, qui remplace, depuis 1943, mère Magda. Cette dernière avait mis en place un réseau de sauvetage pour les Juifs persécutés et organisait des passages en Suisse. Puis, jusqu’à la fin de la guerre, ils passent d’une institution catholique à l’autre. Et même après la guerre, ils sont trimballés d’un pays à un autre : France, Suisse, Espagne… avec l’intention claire de ne plus rendre les enfants Juifs devenus catholiques à leur famille (une tante et un oncle), rescapés de la Shoah. L’affaire est portée en justice plusieurs fois.

 

 

“Nous sommes les voix des morts” est disponible sur le site de la Fnac, Amazon, Babelio…

 

 

 

Les journaux se déchaînent et la France se déchire. La grande presse multiplie les articles et les manchettes. Les journaux de gauche titrent plutôt sur « l’Église contre des enfants », les gazettes de droite sont estampillés par des titres bien orientés – comme « les Finaly contre l’Église ». Des personnalités s’en mêlent. Des catholiques – pas tous – reprochent aux Juifs leur manque de reconnaissance, des Juifs – pas tous – accusent les catholiques de voler des enfants. En Israël, on reproche au gouvernement de ne pas davantage s’intéresser à cette affaire. En France, une partie de l’opinion reproche à Israël son sionisme agressif et son ingérence, disent-ils, dans une affaire française.

 

Le 29 janvier 1953, après de multiples rebondissements, la justice ordonne qu’on rende enfin les enfants à leur famille d’origine. Le problème, c’est que personne ne sait vraiment plus où ils sont. Bringuebalés d’une planque à l’autre, les deux petits garçons ont tout simplement disparu. Interpol est mise sur l’affaire….

 

À Paris, le scandale est tel que la famille Finaly, estimant sans doute que l’affaire a assez duré, décide finalement de porter plainte, non contre une institution – l’Église –, ou contre une personne en particulier, mais de traîner devant les tribunaux chacun de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, de près ou de loin, ont participé à la cavale des enfants….

 

Le 23 juin 1953, les deux enfants juifs embarquent à bord d’un avion à destination d’Israël. Sur place, Robert est devenu chirurgien pédiatrique. Gérald a fait carrière dans l’armée.

 

Lorsque je lui ai demandé ce que cela signifiait, pour lui, d’être juif, il m’a répondu qu’il ne s’était jamais vraiment posé la question. Mais qu’il était né juif et qu’il restait juif. Pour lui, pour sa mère et pour son père.

 

 

 

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