Le Correspondant

Noëlle Lenoir taille dans le cliché

Quand la caricature se prend pour une analyse politique. Sur CNews, Noëlle Lenoir — ex-ministre, juriste et présidente d’un comité de soutien littéraire — a transformé des millions d’Algériens en figurants d’un roman noir, tous armés d’un couteau dans le métro. En pleine crise diplomatique avec Alger, l’attaque a la délicatesse d’un coup de pied dans une porte déjà fracassée.

 

En matière de clichés bien affûtés, CNews n’est jamais à court de lames. Le 8 août, dans L’Heure des pros 2 — l’émission où l’on confond volontiers faits divers et politique migratoire — Noëlle Lenoir, ex-ministre chiraquienne et juriste estampillée haute fonction publique, a trouvé le moyen de faire passer le café du matin de travers.

 

Avec un aplomb d’huissier en fin de mois, elle a affirmé qu’« il y a en France des millions d’Algériens qui peuvent sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, ou prendre une voiture pour foncer dans la foule ». Le tout, sans que l’animatrice ait la politesse de lui rappeler que le métro, c’est aussi plein de gens qui sortent… leur pass Navigo.

 

Présidente du Comité de soutien à Boualem Sansal — écrivain franco-algérien condamné en Algérie à cinq ans de prison pour atteinte à l’unité nationale — Lenoir a donc choisi d’honorer la littérature en maniant l’hyperbole façon thriller de gare. Pas un mot sur le fait qu’en droit français, on appelle ça une stigmatisation massive, mais dans le petit théâtre télévisé du groupe Bolloré, c’est plutôt considéré comme un numéro de claquettes.

 

Le timing est d’ailleurs d’une élégance toute diplomatique : alors que Paris et Alger traversent un orage diplomatique carabiné, et qu’Emmanuel Macron vient de suspendre l’accord de 2013 sur les passeports diplomatiques tout en gelant les visas de type D, Noëlle Lenoir en rajoute une couche. Comme si on avait besoin d’un nouvel incident pour alimenter le barbecue franco-algérien déjà en flammes.

 

Bref, entre le couteau imaginaire et le visa bien réel, on ne sait plus très bien qui, de l’extrême droite télévisuelle ou de la diplomatie française, tient vraiment la lame.

 

 

 

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