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Dar al-Reaya : Les prisons roses de l’Arabie Saoudite

En Arabie saoudite, des foyers pour femmes cachent un système punitif. Enquête sur les Dar al-Reaya, prisons déguisées en centres de rééducation.

 

En Arabie saoudite, on ne frappe pas les femmes qui dérangent. On les soigne. C’est plus élégant. Ça fait moderne. Ça passe mieux à Davos. Depuis quarante ans, les Dar al-Reaya accueillent les filles perdues. Traduction : celles qui refusent un mariage, fuient la maison, ou osent écrire à un garçon. On les appelle « mineures déviantes ». Elles ont parfois 12 ans. On les parque. On les recadre. On les remet dans le droit chemin. Celui qui passe entre deux barreaux.

 

Officiellement, ce sont des foyers. Des lieux de réhabilitation sociale. En réalité, des prisons sans crime, sans procès, sans défense. Mais avec des murs. Et des matonnes. L’enquête du Guardian en dévoile l’intérieur : cellules sans fenêtres, prières forcées, tests de virginité, calmants dans le riz, coups en salle d’isolement. Le tout sous néons roses et pancartes islamiques. Éducation morale et flagellation. Bienvenue dans le royaume.

 

Les témoignages recueillis racontent des filles traitées comme des pestiférées. Numérotées. Séparées. Drogues douces et violences rituelles. Une adolescente avoue avoir simulé la soumission pour sortir. Une autre raconte avoir préféré rester muette pendant des mois. On les appelle des « protégées ». La langue du régime est un sarcophage.

 

Dehors, la modernité défile. Concerts de DJ à Jeddah. Défilés à Riyad. Femmes au volant. Photos sur Instagram. La façade est soignée. Le prince héritier, Mohammed ben Salmane, vend l’image d’un royaume en mutation. Il serre des mains, signe des contrats, inaugure des forums pour l’innovation. Et pendant ce temps, dans les Dar al-Reaya, on apprend aux adolescentes à baisser les yeux.

 

La punition précède la faute. Certaines filles sont internées parce qu’elles ont voulu porter plainte. D’autres, parce qu’elles ont dansé sur TikTok. Quand une mineure dénonce un père incestueux, c’est elle qu’on enferme. « Honte familiale ». C’est le mot qui revient. Dans les rapports. Sur les dossiers. Dans les discours du ministère.

 

Le ministère du Développement social jure que les pensionnaires sont là « de leur plein gré ». Une fiction administrative. Pour partir, il faut l’autorisation du père. Ou du frère. Ou du mari. Même si c’est lui le problème. Même si c’est lui le bourreau.

 

Ces foyers ne sont pas des erreurs du système. Ils en sont le cœur. Une mécanique de soumission, huilée par la religion, légitimée par la tradition, blanchie par la communication. C’est là que se cache l’ADN du régime. On ne réforme pas les femmes. On les plie. On les calme. Et si elles résistent, on les enferme. Jusqu’à ce qu’elles se taisent.

 

La réforme saoudienne tient dans cette phrase : les femmes peuvent conduire, mais pas s’éloigner. Elles peuvent voter, mais pas décider. Elles peuvent parler, mais pas protester. À la première incartade, la sanction tombe. Un foyer, un faux diagnostic, une « thérapie ». La psychiatrie comme matraque. La religion comme camisole.

 

On appelle ça la protection. Comme on dit « paix » pour la guerre. Ou « centre éducatif » pour un trou à rats. Dans les Dar al-Reaya, les femmes n’apprennent rien. Elles oublient. Leur nom. Leur âge. Leur colère. Elles apprennent à survivre en silence.

 

En 2030, Riyad accueillera l’Exposition universelle. Il y aura des drones, des hologrammes, des sourires. On applaudira les progrès. On félicitera le prince. On oubliera les autres. Les filles aux pieds nus, les dents serrées, les larmes séchées sur les draps en plastique. Elles ne seront pas invitées. Elles ne le sont jamais.

 

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