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28 février 2021

La saison des tueurs

Alors que le pays est plongé depuis des mois dans une profonde crise socio-politique et que le Président Jovenel Moïse se cramponne au pouvoir, la violence des gangs continue de rythmer le quotidien d’une grande partie de la population. Chronique d’Haïti, contaminée par ses groupes armés…

 

Luckner Joseph est sans abri. Sa maison ? Un trottoir, un bout de carton. Les balles, les corps qui tombent, il les a vus. La douleur, il en connait aussi. Il revient d’un long périple dans l’horreur : la disparition de sa fille, fauchée dans la zone de Kafou Labatwa, à Port-au-Prince, capitale haïtienne. Du jour au lendemain, il a tout perdu. Tout : maison, travail, argent. Il est venu vivre dans la rue, là où sa fille a rendu son dernier souffle. « Pour continuer à la sentir ».

 

Depuis, il a la violence plein les yeux. Il peut passer des heures à égrener les victimes qu’il vues tomber : cet enfant de 5 ans, qui s’est écrasé sur le bitume, quand il a chuté des bras de son père, mitraillé. Cette femme, vendeuse ambulante de fruits et légumes : elle a été abattue à bout portant devant un commissariat de police. Ou ce mulâtre qui a été poussé dans une voiture aux vitres fumées, par deux hommes armés. « Quelques jours après, ils en ont parlé à la radio … ».

 

La peur des bandits et des ravisseurs ? Ca ne le connait pas, « car il n’a rien à perdre », mais « les gens ne s’arrêtent même plus pour lui donner une pièce, car pressés de rentrer chez eux, pour se mettre à l’abri », ajoute-il, juste avant de s’éloigner avec son baluchon, dans le dédale des rues environnantes. Les « rues des pas perdus »

 

C’est bien ce tableau rouge sang que reflète l’état de ce pays maudit, longtemps écrasé par les dictateurs et les souffrances d’un peuple traqué, affamé ou tué. Une crise multiforme, aggravée, ces derniers temps, par l’hydre mortifère des groupes armés, qui ont liquidé toute tranquillité en Haïti.

Assassinats, trafic d’armes, enlèvements : récemment encore, c’est le président de la division américaine de l’Eglise Aventiste et sa fille, Elie Henry, qui sont enlevés dans le quartier huppé de Pétion-Ville. Avant d’être relâchés, quelques jours plus tard. Montant de la rançon : cinq millions de dollars. Prix de leur liberté. Mais, fait curieux, la presse locale ne s’est même attardée sur l’examen des circonstances et les raisons de ce rapt. Les journalistes étaient davantage surpris par le dénouement “heureux” de l’affaire, que par son caractère criminel. Car, la plupart du temps, ce sont les morts qui mitraillent les manchettes.

 

Les chiffres sont assommants :

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