Tandis que la SNCF casse sa tirelire pour installer des projets faramineux dans les Landes dévastées, ses trains peinent toujours à arriver à l’heure. Entre incidents ferroviaires et incendies, la nouvelle centrale photovoltaïque de la SNCF illustre les paradoxes de la transition énergétique.
Agen n’est pas qu’un point sur une carte de communiqués. C’est un nœud ferroviaire stratégique, au cœur de l’axe Paris–Bordeaux–Toulouse. Une ligne que les voyageurs du Sud-Ouest connaissent surtout pour ses retards, ses interruptions et ses annonces au haut-parleur promettant une reprise « dans les meilleurs délais ». Depuis plus d’un an, les incidents s’y succèdent avec une régularité presque pédagogique.
Septembre 2025 : feu de câble entre Bordeaux et Toulouse. Quatre heures de retard, trains immobilisés, correspondances perdues. Octobre : rupture de caténaire, un Intercités bloqué entre Bordeaux et Agen, passagers transbordés après cinq heures d’attente, une dizaine de trains supprimés. L’électricité manque, précisément là où elle est censée faire rouler les trains.
Incidents et intempéries : quand la transition ferroviaire patine
Mai 2025 : inondations entre Marmande et Agen, ballast emporté, circulation interrompue pendant plusieurs jours. Janvier 2026 : tempête Goretti, dépôts agricoles sur les voies, coupures répétées sur les axes Toulouse–Agen. À chaque épisode, le trafic est suspendu, les solutions de substitution limitées, les voyageurs laissés à quai.
À cela s’ajoutent les blocages sociaux. Le 9 janvier 2026, à Lamagistère, des agriculteurs non syndiqués coupent la ligne Agen–Toulouse en déversant des déchets sur les rails. Trafic interrompu dès l’aube, reprise partielle, nouvelles coupures l’après-midi. Quelques jours plus tôt, des incidents de signalisation avaient déjà ralenti les circulations.
Quand ce ne sont ni les tempêtes ni les manifestants, ce sont les travaux : interruptions programmées, week-ends entiers sans train entre Bordeaux et Agen, chantiers étalés sur des mois. Le réseau se modernise, certes, mais au prix d’une exaspération croissante des usagers.
SNCF et REDEN : la vitrine verte tombe au mauvais moment
Le communiqué SNCF–REDEN ne ment pas. Il ne dissimule rien. Il parle d’électricité verte, de contrats sécurisés, de terrains dégradés reconvertis. Simplement, il arrive dans un moment où le réseau ferroviaire souffre de chaque incident.
Pendant que la SNCF sanctuarise des hectares pour la fauvette pitchou et fait valider ses panneaux solaires par l’armée, ses trains continuent de s’arrêter faute de caténaire, de ballast ou de courant. L’électricité solaire des Landes ne réparera pas une ligne inondée ni un câble brûlé.
Les Landes, cicatrices de tempêtes et d’incendies
12 août 2023 : plus de 7 000 hectares de pins et sous-bois partis en flammes. Deux ans plus tard, certains coins ne sont encore que l’ombre d’eux-mêmes. Le sol est carbonisé, les arbres dressés comme des squelettes, l’odeur âcre de résine brûlée flotte partout.
C’est dans ce contexte que SNCF Énergie et REDEN implantent une centrale photovoltaïque de 17,4 hectares, 16 MWc, 20 GWh annuels. Officiellement, le projet transforme un sol post-Klaus, jadis plateforme de stockage de bois, en énergie verte. 60 hectares de compensation pour la biodiversité sont annoncés, ciblant la fauvette pitchou et ses voisins fragiles. Mais la question persiste : vient-on soulager la nature ou aggraver sa crise ?
Photovoltaïque et biodiversité : gain net ou illusion ?
Les Landes subissent depuis des siècles une pression humaine constante : exploitation forestière intensive, drainage des zones humides, incendies récurrents, fragmentation des habitats.
Les projets photovoltaïques au sol se multiplient depuis 2021, souvent sur des parcelles post-tempête Klaus ou post-incendies. Reporterre documentait déjà la destruction de forêts pour installer des panneaux, avec pression accrue sur des espèces comme la fauvette pitchou. Après les feux de 2022 à la Teste-de-Buch, l’ONF observe une régénération naturelle : insectes, oiseaux pionniers et végétation herbacée reprennent leurs droits.
À Uchacq-et-Parentis, REDEN répond aux critques avec des mesures d’évitement, de réduction et de compensation : implantation hors zones humides, chantier limité aux périodes non sensibles, clôtures perméables, entretien de 60 hectares de landes et restauration de mares, suivi sur trente ans. Sur le papier, le projet promet un « gain net de biodiversité », mais le vrai bénéfice viendra-t-il des panneaux ou de la nature laissée à elle-même ?






