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Les Uni(e)s pour Draguignan : enquête d’opinion ou tract écolo ?

Le questionnaire de la liste “Uni(e)s pour Draguignan” : mobilité, écologie et qualité de vie, en ligne et sur le marché
Le questionnaire de la liste “Uni(e)s pour Draguignan” : mobilité, écologie et qualité de vie, en ligne et sur le marché

À la Place Cassin de Draguignan, tous les samedis matin, les uni(e)s de gauche de Christophe Terras enchaînent les questionnaires. Officiellement, pour connaître l’opinion des habitants sur la mobilité, l’écologie, les espaces publics et la qualité de vie. En réalité, le questionnaire ressemble davantage à un tract écolo qu’à une véritable enquête d’opinion. Celui sur la mobilité est une perle dans le genre. Décryptage.

 

L’enquête, intitulée Mobilité et Transition Écologique, de la liste des Uni(e)s pour Draguignan a pour objectif officiel de recueillir les habitudes de déplacement des habitants et leurs priorités pour la qualité de l’air. Les réponses sont anonymes et sont censées alimenter un « diagnostic citoyen »…

 

Le dispositif ? Un formulaire Google en ligne — dont la page Facebook  — et des questionnaires administrés en personne sur la Place Cassin, les samedis matins, où le candidat interroge lui-même les passants. Temps estimé pour répondre : 5 à 7 minutes. À première vue, tout semble innocent, presque technique. Mais chaque formulation, chaque option et chaque moment de collecte révèlent des biais subtils qui orientent le résultat vers un objectif politique précis

 

L’échantillonnage : un biais structurel

Ici, pas de tirage aléatoire, pas d’échantillon probabiliste : il s’agit d’un échantillonnage de commodité, ou accidentel, connu pour son manque de représentativité. Les participants sont ceux qui sont disponibles, présents sur le marché ou connectés en ligne. Les habitants occupés, isolés ou vivant en périphérie sont largement sous-représentés. Dès les premières questions sur la situation personnelle, le panel se déforme : il donne la parole surtout aux jeunes, aux retraités disponibles et aux habitants sensibles à l’écologie, laissant de côté une bonne partie de la population.

 

La question « Lieu de résidence : où habitez-vous ? » illustre bien la limite : l’enquête vise à distinguer centre-ville et périphérie, mais concentre les réponses sur les zones centrales et fréquentées, invisibilisant les quartiers plus isolés. Les priorités exprimées reflètent donc davantage le centre que l’ensemble de Draguignan.

 

Les questions qui orientent

Les questions sur les moyens de transport confirment le schéma : les options proposées supposent que tout le monde utilise un mode listé, sans possibilité de dire « je me déplace presque jamais ». Les mesures suggérées — pistes cyclables mieux protégées, réduction de la vitesse, accès PMR amélioré — guident subtilement les réponses vers le vert, sans espace pour un vrai diagnostic citoyen. On est là en plein biais de formulation : le sondage ne recueille pas l’opinion, il valide un plan déjà écrit.

 

Les questions sur les conditions de circulation et de stationnement, présentées comme de simples cases à cocher, relèvent du biais par suggestion (framing bias). Elles poussent à se plaindre et, indirectement, à accepter les solutions proposées ensuite. Ce biais crée une relation artificielle entre problème et solution, menaçant la validité interne : les réponses reflètent moins l’opinion réelle que l’influence du questionnaire.

 

Pour couronner le tout, l’échelle utilisée — de « pas du tout » à « oui » — fonctionne comme une échelle de Likert mal conçue. Elle force subtilement les participants à se prononcer en faveur de la pollution et des mesures écologiques listées. Du diagnostic citoyen, on passe directement à la validation d’un plan tout tracé. Biais de désirabilité sociale et de cadrage : double peine pour la validité interne.

 

Le candidat grimé en expérimentateur

Et le pompon : sur la Place Cassin, les samedis matin, le candidat lui-même interroge les habitants. Impossible de rester neutre : le ton, les explications et le visage connu influencent les réponses. Les habitants répondent souvent pour faire bonne impression, transformant le sondage en tract propagandiste en direct. Un tiers neutre aurait été nécessaire pour limiter ce biais, mais ici, point de témoin impartial.

 

Verdict : instantané biaisé

En somme, cette enquête offre un instantané socialement et spatialement situé, mais reste très loin d’être représentatif. Chaque question agit comme un petit piège, subtilement calibré pour orienter les réponses vers l’écologie et la mobilité durable, sans jamais mesurer réellement l’opinion sur la mobilité.

 

 

Et outre les biais structurels – échantillonnage accidentel, formulation suggestive, cadrage des options, effet de l’expérimentateur… – qui minent la validité interne, certaines variables ignorées ou confondues — âge (jeunes ou retraités), lieu de résidence (centre ou périphérie), habitudes de déplacement (sportifs ou sédentaires) … —, empêchent la généralisation des résultats et leur inférence à l’ensemble de la population.

 

Mais, pour sa gouverne, rappelons-le : ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres dans les campagnes politiques, où l’on se cache derrière les enquêtes pour séduire l’électorat. Les chiffres méritent donc d’être pris avec un grain de sel sérieux.

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Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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