Le vendredi 23 octobre, en milieu de matinée, un automobiliste sillonne l’axe reliant Trappes à La Verrière, dans les Yvelines. Armé d’un fusil d’assaut, il fait feu à plusieurs reprises et en rafales sur des passants au hasard, touchant plusieurs sites différents. Ce parcours meurtrier s’achève par l’intervention décisive des forces de l’ordre.
Le bilan de cette attaque est tragique : Pengo Bossio Wangi, âgé de 26 ans, succombe à ses blessures, tandis que plusieurs autres personnes sont blessées, dont une fillette de 12 ans.
Très vite, l’hypothèse d’un mobile raciste s’impose aux enquêteurs, conduisant le Parquet national antiterroriste (PNAT) à se saisir de l’affaire. Le suspect, identifié comme Kévin T., 39 ans, est interpellé à Coignières.
Des aveux et un mobile terroriste
Les premiers éléments de l’enquête révèlent rapidement une motivation bien plus profonde qu’une simple réaction impulsive face aux violences urbaines survenues le 17 octobre.
Lors d’un point presse tenu le 29 octobre, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, apporte des précisions accablantes. Placé en garde à vue, le suspect reconnaît avoir ciblé délibérément des individus qu’il identifiait comme étant « de type musulman », « africain » ou « nord-africain ». Il justifie en outre le choix de la ville de Trappes par sa perception de la commune comme un « repaire d’islamistes ».
Kévin T. a été mis en examen pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, la circonstance aggravante de haine raciale, ethnique ou religieuse ayant été retenue. Il conteste toutefois la qualification terroriste de ses actes.
Les perquisitions menées à son domicile permettent la saisie d’un exemplaire de Mein Kampf, d’une Bible, d’un Coran, ainsi que de divers objets témoignant de la préparation méthodique de son passage à l’acte. Les enquêteurs découvrent également trente autocollants portant la mention « Vive la France, RN, fier d’être français » et quatre-vingt-dix-neuf autocollants proclamant « 100 % français / vive la France ».
Le détail n’est pas anodin. Entendu par les enquêteurs, le suspect a déclaré avoir lui-même conçu ces autocollants et les avoir fait fabriquer plus d’un an auparavant. Il a également affirmé n’être ni adhérent ni sympathisant d’un parti politique. Le procureur antiterroriste a, de son côté, précisé que ces autocollants n’étaient pas du matériel officiel du Rassemblement national.
Il n’existe donc, à ce stade, aucun élément établissant un lien entre cet homme et le RN. Mais la référence répétée au parti dans les objets retrouvés chez lui pose une question plus large : celle de la circulation, dans le débat public, de discours qui désignent les immigrés, les Africains et les musulmans comme des ennemis de l’intérieur.
Car cette rhétorique ne se cantonne pas aux marges d’Internet. Elle se retrouve aussi dans des espaces de discussion ouverts par des responsables politiques, jusque sous les publications d’élus du Rassemblement national.
C’est précisément ce que Le Correspondant a voulu examiner en se penchant sur la page Facebook de Philippe Schreck, député RN du Var.
Un torrent de haine
Le 17 octobre, à 15 h 15, celui-ci diffuse sur sa page Facebook une vidéo de huit secondes extraite de la chaîne CNews et consacrée à des violences urbaines survenues à Lyon. La publication est accompagnée d’une légende sans équivoque : « Il va falloir que ça cesse ! »
Sous cette publication s’ouvre un fil de commentaires, qui compte plus d’un millier de lignes et rassemble des réactions, des réponses et des échanges entre internautes. Ce matériau ne permet pas de reconstituer avec certitude la chronologie de chaque intervention : les commentaires exportés ne comportent pas tous leur horodatage individuel.
Il est donc impossible d’affirmer que chacun des propos cités ci-dessous avait été publié avant le 23 octobre, date de l’attentat de Trappes. Il serait tout aussi hasardeux d’attribuer au député la connaissance personnelle de chaque commentaire ou de lui imputer les propos tenus par des tiers.
Ce que montre en revanche le fil, c’est la nature des discours qui se déploient sous cette publication : une succession de propos racistes, la désignation des personnes d’origine africaine comme un groupe ennemi, des amalgames avec l’islam,des appels à la violence armée, des fantasmes d’expulsion et des menaces de mort.
Il ne s’agit pas de quelques dérapages isolés au milieu d’une discussion ordinaire. Les mêmes expressions reviennent, se répondent et sont parfois approuvées par d’autres contributeurs.
C’est sans doute l’aspect le plus saisissant de cet ensemble : la déshumanisation à l’œuvre. Au fil des messages, certains internautes ne se contentent plus de dénoncer des violences ou de critiquer des comportements. Ils s’en prennent à des populations entières, assignées à leur origine réelle ou supposée, érigeant cette stigmatisation en un véritable motif collectif.
Comparaisons racistes et déshumanisation
Un commentaire, signé Goril Dumans, proclame ainsi : « Journée porte ouverte au ZOO Les SINGES sont Lâcher ».D’autres convoquent « la planète des singes » ou évoquent « l’Afrique dans toute sa splendeur ». La comparaison animale revient de manière récurrente. Les individus filmés ou mentionnés sont ramenés au rang de « singes », de « bonobos » ou de « primates ». Ailleurs, au fil d’une suite de réponses, ils se transforment en « déchets humains » ou en « cafards ».
Ce vocabulaire n’a rien d’anodin. Il ne vise plus à réprouver des actes délictueux, mais à dépouiller des êtres humains de leur individualité et de leur dignité. Ce glissement s’avère d’autant plus frappant qu’il fait la part belle à des assimilations simiesques, explicitement arrimées à la couleur de peau et à l’origine africaine.
L’un des messages, rédigé par Mickael Bernier, résume cette vision d’un trait : « Aucun blanc. » Comme si la simple carnation suffisait à rendre compte des violences exhibées dans une séquence de quelques secondes. Patrick Serio résume quant à lui la scène par cette formule : « L’Afrique dans toute sa splendeur ».
Un autre contributeur évoque « une scène de ZULU, où les animaux » se trouveraient étiquetés par leur couleur de peau. Un internaute suggère même « jeter dans la mer » des personnes visées.
Les rares voix qui s’élèvent pour dénoncer ces comparaisons se heurtent instantanément à de nouvelles provocations. Ainsi, lorsqu’un certain AS Margraff rappelle qu’il est raciste d’assimiler des Africains à des singes, un autre participant lui rétorque : « Effectivement les singes ont évolués ».
Ce procédé prospère par sa propre itération. La saillie raciste se mue en plaisanterie collective, la plaisanterie appelle la surenchère, et cette surenchère finit par imposer son hégémonie lexicale au sein de ces segments de discussion.
De l’origine à la religion : l’amalgame avec les musulmans
Le fil franchit rapidement un nouveau cap en amalgamant origines, nationalités et appartenance religieuse.
« Tous ceux qui font ça en France ce sont des noirs ou des Arabes tous des musulmans », assène Corinne Lesieur. Cette affirmation, totalement dénuée de tout fondement factuel, érige des actes individuels en réquisitoire collectif contre des pans entiers de la population. La réponse de Catherine Deloge se veut sans équivoque : « Qu’ils repartent dans leur pays. Si bien ils ne feraient pas cela ».
Ailleurs, un participant partage une publication relative à l’interdiction du vol en islam, offrant à d’autres l’occasion de dépeindre les individus filmés comme imperméables à toute règle morale ou religieuse.
Quelques contributeurs tentent pourtant de s’élever contre ces amalgames. « Rien à voir avec l’islam ! », s’indigne Maryline Kacedan, tandis qu’un autre rappelle que les auteurs de dégradations peuvent tout à fait être laïcs.
Ces voix dissonantes existent, mais elles ne pèsent guère face au volume du corpus examiné.
Le schéma directeur demeure implacable : des images de violences urbaines servent de tremplin pour stigmatiser indistinctement les personnes noires, arabes ou musulmanes, amalgamées en un bloc homogène et coupable. L’origine supposée se mue en religion supposée, et la religion se transforme en une accusation collective. Un véritable procès d’intention.
L’épuration, le grand nettoyage et le vote RN
Le troisième registre de cette discussion imprime au débat une dimension éminemment politique.
Plusieurs commentaires font directement le lien entre les violences de Lyon et les échéances de l’élection présidentielle de 2027, convertissant le ressentiment en mot d’ordre électoral sans la moindre ambages.
« RN au premier tour en avril prochain, n’oubliez pas ces différents événements !!! », exhorte Christophe Lefèvre. Un autre contributeur réclame sans détour une majorité absolue pour le Rassemblement national, assortie d’une « épuration sévère de toute la pourriture gauchiste ». Le mot est prononcé, lourd de menaces.
Ailleurs, les injonctions à plébisciter le parti d’extrême droite se multiplient : « Votez RN », « Vive le RN », « En 2027,votez bien ». Certains considèrent ouvertement les séquences diffusées par CNews comme une formidable aubaine pour la campagne.
L’un d’eux assène ainsi : « Extra pour le RN ! Les bonobos préparez vos bagages le retour au pays c’est pour bientôt ».
D’autres réclament avec véhémence l’expulsion des personnes étiquetées comme étrangères, la suppression de leurs droits sociaux ou leur renvoi forcé. Le débat politique bascule ainsi, sous la plume de nombreux contributeurs, vers la promesse d’une revanche collective. Le bulletin de vote est brandi comme l’instrument d’une rupture radicale, dont les contours sont explicitement décrits : épuration, expulsions, violences et nettoyage ethnique.
Il serait évidemment erroné de réduire l’ensemble des électeurs ou sympathisants du Rassemblement national aux auteurs de ces messages, tout comme il serait fallacieux d’attribuer ces propos à la ligne officielle du mouvement. Néanmoins,leur prolifération sous la publication d’un député de cette formation constitue un document politique et journalistique accablant, qui exige d’être mis en lumière.
« Une Kalash », « des vraies balles », « à la mitrailleuse » : quand les mots réclament des armes
Le quatrième registre, sans doute le plus alarmant, franchit un seuil critique. Au fil des réactions, de nombreux contributeurs ne se contentent plus de réclamer un renforcement des forces de l’ordre, un alourdissement des sanctions ou une fermeté judiciaire accrue. Ils appellent ouvertement à l’usage d’armes à feu contre les individus croisés dans l’espace public.
« Excusez-moi pour l’expression, mais si c’est moi je prends une Kalash, je tape dans le tas », écrit Benoît Calle. Un autre assène cette promesse : « Le jour où on va tirer et discuter ensuite, le monde sera mieux ». Si les appels à l’intervention de l’armée reviennent de manière récurrente, certains messages dépassent largement le cadre de la revendication sécuritaire ou du maintien de l’ordre.
« L’armée et des vraies balles », réclame Yoann Bou. « Préparer la 12,7 !! 2 minutes !! Et l’affaire est réglé !! », lance pour sa part Joel Marion. Kassandra YzaLov exige quant à elle de « tirer dans le tas », tandis que Laurent Ptit approuve l’idée de tirs à vue, un autre participant préconisant l’emploi direct de la mitrailleuse.
Le lexique castrense se mêle ainsi à des accents d’extermination. Les internautes convoquent l’utilisation de véhicules blindés, de la Légion étrangère, des régiments de parachutistes ou font référence à ces chasseurs qui, selon l’un d’eux,disposeraient de l’armement nécessaire dans les campagnes.
» Amis chasseurs, la chasse est ouverte » ajoute l’un d’eux, dans un appel à peine voilé.
Cette surenchère destructrice ne se limite pas aux passants surpris dans la rue. Jérôme Geg Garin va jusqu’à suggérer de » brûler les HLM » avec leurs résidents, dans une diatribe visant explicitement des personnes qualifiées d’islamistes. D’autres exigent une intervention militaire affranchie de toute limite, estimant que la mort d’innocents constituerait un dommage collatéral acceptable pour rétablir l’ordre.
Il ne s’agit plus ici de métaphores rhétoriques ni de simples emportements verbaux face à la délinquance. Ces échantillons de phrases (il y en a plusieurs dizaines) théorisent l’emploi d’armes de guerre contre des populations entières, sans distinction individuelle, sans procès, sans enquête, guidées par le seul critère de l’origine ou de l’appartenance supposée.
Premier mécanisme : désigner sans nommer
Philippe Schreck se défendra sans doute en arguant qu’il n’a rien vu, rien entendu. Et si rien n’établit qu’il ait personnellement inspiré le parcours meurtrier du tueur de Trappes, l’examen minutieux de sa page Facebook révèle une passivité tout sauf neutre : elle constitue un véritable mode opératoire, ainsi que le démontre l’analyse des publications et des interactions qui s’y déploient. Ici, la haine n’est pas marginale. Elle est centrale. Elle s’installe, s’organise, se répète — sans jamais être contredite par celui qui tient la page.
Le 14 décembre, Philippe Schreck glisse un post et se dit « choqué et triste » après une attaque antisémite en Australie. Il ajoute que ceux qui n’ont pas agi avec fermeté contre ce fléau, qui se dissimulerait souvent sous un « antisionisme d’ambiance », portent une responsabilité. La phrase est floue, volontairement. Elle ne nomme personne, mais elle suggère. Elle ouvre un espace d’interprétation.
Dans cet espace, un commentaire surgit, évoquant une « immigration de masse » qui viserait à détruire le monde occidental. Le lien n’est ni prouvé ni même rationnel. Mais il est laissé tel quel. Aucun rappel aux faits, alors même que les autorités australiennes n’ont retenu aucune motivation djihadiste dans cette affaire.
Ce silence est décisif : il permet l’amalgame. Juridiquement, on parle ici de provocation indirecte à la haine raciale par association d’idées — un procédé bien connu de la jurisprudence.
Le 2 décembre, Philippe Schreck reçoit une victime de l’attentat de l’île d’Oléron. Le message est consensuel. Les commentaires, eux, glissent immédiatement vers l’obsession identitaire : on y loue « les vrais » Français, on précise avec soulagement que l’auteur des faits n’est « ni un Français issu de l’immigration ni un migrant », lance Michel Pons, avant qu’un autre commentateur, Patrick Bernard, ne recadre : le même « fanatisme importé de pays musulmans » serait à l’œuvre.
Le 3 mai 2025, une vidéo montrant un jeune voler une commande McDonald’s déclenche un déluge — avec, en première ligne, Lucie Schreck, la fille du député, qui vient elle-même dénoncer le geste et allumer la mèche. Derrière elle, le déversoir s’active : « toujours les mêmes », « Rebeu des bois », « Arabe », « encore un rebeu qui vole sur le Coran »,jusqu’à l’ironique « Suédois aux yeux bleus ».
Nous ne sommes plus dans l’insinuation, mais dans la désignation raciale explicite. Le vocabulaire est constant, là encore animalisant, religieux souvent, ethnicisant toujours.
Le 7 mai 2025, sous un post dénonçant « une trentaine de députés » qui « font allégeance à la dictature algérienne »,l’échange dégénère en un déferlement d’un tout autre calibre. Un commentateur qui se présente comme cadre en Algérie se voit répondre : « gros con maghrébin puant ». Il est ensuite traité de « vieille truie », avant de revendiquer à son tour, en miroir, appartenir à la « race des seigneurs ».
Philippe Schreck se présente volontiers comme un rempart contre l’antisémitisme, notamment face aux manifestations propalestiniennes. Mais sous sa propre publication du 1er octobre, consacrée aux maires accusés de complaisance envers l’islamisme, un commentateur qualifie des élus de gauche de « collabos gauchistes », de « traîtres », de « renégats », de « miliciens » et de « judas ».
Antisémitisme : le double discours permanent
Le vocabulaire choisi emprunte frontalement à l’imagerie de l’Occupation. Le mot « judas », en particulier, n’est jamais neutre dans ce registre : il charrie, qu’on le veuille ou non, des siècles de figure du traître assimilée à la judéité. Qu’il soit ici employé contre des adversaires politiques plutôt que contre des personnalités juives ne l’exonère pas de son ambiguïté — il révèle au contraire à quel point ce fond lexical reste disponible, prêt à l’emploi, jamais interrogé par celui qui l’héberge.
Ces outrances se trouvent également sous la publication du 14 décembre sur l’attaque antisémite en Australie (celle déjà évoquée plus haut). Outre les commentaires sur l’« immigration de masse », on y lit explicitement des références au « 7 » octobre présenté comme « date mémorable » et aux « pyjama rayer » (pyjamas rayés des camps), formulées par Zna Totoncmd : « vive le 7 date memorable vive gasa ca te mate cassos de pyjama rayer vive quarante quatre ».
Dans le même fil de discussion, une internaute se présentant sous le nom de Zna Totoncmd interpelle Isabelle Pires en ces termes : « je t ememrmde cassos de bout phon pyjama rayer degage . Gasa 1000 fpis pire par tes cousin les criminel depuis 40 ans » [sic]. Isabelle Pires lui répond : « Raté je suis française et catholique et on va s’occuper de vous dans 15 mois si vous vivez en France, antisémite de » [sic].
Une nouvelle fois, aucune modération ni prise de distance n’est observable de la part du député. Un détail mérite pourtant attention : la référence au « pyjama rayé » renvoie aux tenues imposées aux déportés dans les camps de concentration nazis. Une allusion dont la portée historique est particulièrement lourde, puisqu’elle convoque directement la mémoire de la déportation et de l’extermination des Juifs d’Europe
Interpellé directement par une autre internaute qui l’accuse d’inciter les Dracénois au désordre, Philippe Schreck choisit de ne pas répondre. En revanche, lorsqu’un soutien propose d’organiser un rassemblement en marge des consignes officielles, il prend la peine de valider l’initiative en la qualifiant de « bonne idée », tout en suggérant la marche à suivre administrative.
Ce contraste est révélateur : l’élu sait répondre, mais il sélectionne ses interventions, éludant les demandes de comptes tout en encourageant la mobilisation.
Le silence comme méthode
Philippe Schreck n’écrit pas ces messages ; il fait pire en les abritant. Il leur offre un cadre, une visibilité et une légitimité symbolique. Ici, la haine n’est pas un simple débordement incontrôlé : elle est tolérée, canalisée et laissée sciemment prospérer.
Sur une page privée, cela serait déjà grave. Sur l’espace public d’un député de la République, c’est un manquement politique intolérable. Toute cette grammaire dessine en effet un imaginaire de règlement de comptes, de violence future et de rejet, préparant ainsi les esprits.
L’Histoire nous rappelle où ce type de langage a déjà conduit, tandis que le droit s’attache à souligner la responsabilité écrasante de ceux qui offrent sciemment une tribune à ces discours, bien au-delà des seuls auteurs des mots.
La jurisprudence européenne, confirmée par l’affaire Sanchez c. France, est à cet égard implacable : un élu ou le titulaire d’un compte public ne peut se retrancher derrière l’argument de l’impossibilité de surveiller chaque commentaire. Lorsqu’il choisit sciemment de laisser proliférer des propos racistes ou haineux, il engage pleinement sa responsabilité pénale.
La sanction encourue ne souffre d’aucune ambiguïté : jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. La justice rappelle ainsi avec force qu’une telle peine, loin d’entraver l’exercice de la liberté d’expression légitime, pose une limite infranchissable face à la propagation de la haine.
La question est désormais simple : la République tolérera-t-elle plus longtemps qu’un élu — avocat de surcroît — transforme son canal de communication en zone franche de l’impunité, ou exigera-t-elle enfin le respect strict de la loi ?
(1) Le Correspondant se tient prêt à mettre à la disposition de la justice l’ensemble des preuves et des captures documentées dont il dispose.









