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27 février 2024
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De Bourbon à Bourbon

Philippe Schreek, candidat aux législatives devenu député RN

Ordre des avocats transformé en casino, une sombre histoire de vente aux enchères, passage en conseil de discipline, le tout teinté par la promotion des idées d’extrême droite. Philippe Schreck, candidat RN aux législatives, à Draguignan, est à deux doigts de rejoindre le Palais Bourbon, dimanche prochain.

 

Jusqu’au bout, Philipe Schreck ne veut rien lâcher. Il a changé de femme, il a refait un enfant, il s’est présenté aux élections municipales, il a rejoint le Rassemblement National, s’est positionné aux législatives et le voilà au second tour, avec une large avance sur son rival de la majorité, Fabien Matras, parti pour rejoindre le Palais bourbon.

 

Qui est-il ? Ce nom ne vous dit rien, mais à Draguignan, il est connu. C’est un avocat, un ancien bâtonnier, fils d’avocat, mari d’avocat et, avec sa nouvelle dulcinée, il est devenu gendre d’un ancien bâtonnier, lui-même père d’un avocat.

 

N’importe quel quidam, dans la ville de Draguignan, est capable de vous parler de lui, jusqu’à vous dire la marque du savon qu’il utilise sous sa douche. Tout le monde a vu sa Porsche noire et les paillettes de sa copilote. Mais rare sont ceux qui connaissent ses manies et casseroles. Hormis ses collègues avocats, mais inutile de compter sur leur confidence : « la foi du palais », une sorte de loi de silence, vous sera immédiatement opposée, comme une objection.

 

Or, derrière ce bon notable, qui ressemble drôlement à Zemmour, avec sa petite taille, ses origines pied-noir ou son nom d’un autre monde, se cache un personnage embourbé dans des ( sales ? ) affaires, comme la municipalité n’avait plus connu depuis la présidence de l’ancien maire de la ville, le sulfureux Édouard Soldani, mort après de nombreuses années de règnes, de marchés truqués et de trafic d’influence.

 

Le joueur de Dostoïvski

Voici quelques années, en 2017, Schreck est élu bâtonnier et dirigeait l’ordre des avocats de Draguignan, avec un fond de fonctionnement de plusieurs centaines de milliers d’euro, il avait également été président de la Carpa, une caisse de dépôt chargée de la gestion et de la sécurité des fonds des avocats.

 

Son rôle devait être de veiller au bon fonctionnement du barreau et de ses fonds. Mais on ne sait quelle mouche l’a piqué, il a décidé de mettre la main à la « poche » et de se lancer dans les placements Bourbon, une entreprise spécialisée dans les activités maritime – liquidée depuis juin 2019 et reprise par les banques.

 

Le conseiller financier de l’Ordre l’avait pourtant prévenu : Bourbon n’était pas un « joker » : en 2014, ses pertes ont dépassé les 400 millions d’euro et, deux ans plus tard, le groupe croule sous une dette qui a atteint les 2,3 milliards d’euro.

 

Mais le « joueur » ne voyait pas les choses de la même manière. En pleine déliquescence de l’entreprise, il a décidé de casser la tirelire et d’en acheter pour 200 000 euros d’actions. En un clic, il fait voler en éclat une bonne partie des fonds dont disposait le barreau de Draguignan. Au plus fort de la crise économique, qui envoient des centaines d’avocats sur le carreau.

 

Mais apparemment, d’un point de vue légal, il n’a pas fauté. A l’époque, aucun règlement ne l’obligeait à référer à l’Assemblée Générale des Avocats ou de son Conseil de l’Ordre : il avait un blanc-seing pour gérer le « coffre-fort » de l’ordre et il a fini par signer un chèque en blanc à une « machine à sou ». Un coup de maître !

 

Le fric à tout prix  

« Une folie », confie un ancien avocat, qui résume ainsi l’absurdité de l’affaire : « C’est une trahison pure et simple de la mission qui lui a été confiée, mais qu’attendre d’un Schreck ? », s’interroge-t-il malicieusement. Car la famille Schreck n’est pas vraiment aimée dans le milieu des avocats dracénois. Ses manières et ses préoccupations étaient celles de tous les avocats affairistes : les belles voitures, les villas, les paillettes, le « bling » et le fric à tout prix.

 

La famille ne manque pas d’argent, mais une bonne partie de ses flux n’était pas toujours tombée de la sueur du front : Alain Schreck, le père, alors à la tête d’un grand cabinet d’avocat, était embourbé jusqu’au cou dans une sale affaire de montage et de partage d’émoluments des enchères judiciaires.

 

C’est le bâtonnier de l’époque, Gilbert Bouzereau, qui a découvert cette affaire d’insalubrité judiciaire : dans le temps, la plupart des avocats n’hésitaient pas à prendre leur « part du gâteau » sur les ventes réalisées, alors que les règles en la matière sont claires.

 

Le cabinet Schreck était poursuivi, avec l’ensemble de ses associés, dont le fils… Philippe Schreck. Son entourage, aujourd’hui, est capable de se rouler par terre pour convaincre qui veut bien l’entendre qu’il n’en était pour rien dans cette affaire, mais le conseil de discipline n’pas cru à la fiction de son innocence et lui a interdit d’exercer son métier pendant 6 mois…. avec sursis.

 

Longtemps, d’après les ragots du palais, il en a voulu au bâtonnier, qu’il « vouait aux flammes de l’enfer ». Mais l’homme n’a peur de rien. Quelques années après la mort de son père ( on imagine la haine sur le lit de mort ), il « plaque » sa femme et se met avec la « locataire » de la Porsche noire, qui n’est autre que la fille du bâtonnier qui l’avait envoyé au charbon.

 

A la veille du second tour des élections législatives, il n’est pas rare de les croiser dans les rues de Draguignan, en train de serrer les mains chaudes, haranguer, prêcher la tolérance zéro contre les délinquants immigrés ou prôner les principes de la bonne France chrétienne. Dont la probité.

 

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