L’ONU vient de réinventer le mouvement perpétuel : faire avancer tout le monde en sens inverse. Le 15 octobre, lors du vote annuel sur le Sahara occidental à New York, on a frôlé le miracle métaphysique. Le Maroc et le Front Polisario, qui se regardent en chiens de faïence depuis cinquante ans, ont réussi l’exploit de voter POUR le même texte. Un consensus historique ? Allons donc.
Les diplomates onusiens, passés maîtres dans l’art de couper les cheveux en quatre, ont rédigé un chef-d’œuvre de double langage.
Pour faire plaisir au Polisario et à son parrain algérien, la résolution réaffirme solennellement le sacro-saint droit à l’« autodétermination ». De quoi pavoiser à Tindouf.
Mais pour ne pas froisser Rabat, le texte y glisse en douce les dernières résolutions du Conseil de sécurité, qui expliquent poliment que l’indépendance est une utopie et que le plan d’autonomie marocaine est la seule issue réaliste. De quoi sabrer le champagne au Palais royal.
Dans les couloirs, on chuchote que les grandes puissances se frottent les mains. Paris, qui a définitivement troqué sa neutralité contre les beaux yeux de Rabat, a voté des deux mains, tandis que Madrid continue son grand écart acrobatique : applaudir l’autonomie marocaine tout en distribuant des passeports espagnols aux vieux Sahraouis.
Bref, à l’ONU, on s’est magnifiquement entendu pour ne pas s’entendre. Le statut quo est sauf, les diplomates ont sauvé leurs primes, et le conflit, on s’en doute, a encore de beaux jours devant lui.





