Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Bigeard : La polémique relancée par Jean-Louis Masson

Une publication Facebook du sénateur de la Moselle relance, par le biais d’un souvenir personnel, l’une des plus vives querelles mémorielles françaises.
Publication de Jean-Louis Masson, sénateur, à l'occasion d 26ème anniversaire du déclenchement de la guerre d'Algérie
Publication de Jean-Louis Masson, sénateur, à l'occasion d 26ème anniversaire du déclenchement de la guerre d'Algérie

Le texte est sobre. Jean-Louis Masson, sénateur de la Moselle, rappelle qu’il a été élu député en 1978, comme Marcel Bigeard. Les deux hommes se sont donc côtoyés une dizaine d’années, à l’Assemblée nationale et au conseil régional de Lorraine. Il décrit un « homme de conviction », doté d’une forte personnalité et « très convivial ».

C’est l’image qui accompagne ces lignes qui change le ton. On y voit le général en tenue de parachutiste, la pipe à la main, devant un défilé de bérets rouges. Le visuel proclame, à propos de l’Algérie : « Ni excuse – Ni repentance – Ni regret ». Une légende rouge conclut : « Vive le général Bigeard ». Le souvenir personnel sert ainsi de porte d’entrée à un message politique sur la guerre d’Algérie.

Deux Lorrains, deux carrières

Marcel Bigeard est né en 1916 à Toul, en Meurthe-et-Moselle, dans une famille ouvrière. Employé de banque avant la guerre, il devient l’un des officiers parachutistes les plus célèbres de l’armée française, en Indochine puis en Algérie. Il est mort en 2010. Après l’armée, il a fait une carrière politique : secrétaire d’État à la Défense sous Valéry Giscard d’Estaing, puis député de Meurthe-et-Moselle à partir de 1978.

Jean-Louis Masson, né à Metz en 1947, a siégé à l’Assemblée nationale de 1978 à 1997. Il est sénateur de la Moselle depuis 2001, ancien du RPR puis de l’UMP, aujourd’hui non inscrit. Il est connu pour des prises de position tranchées. En 2019, ses propos comparant des mères voilées à des « sorcières d’Halloween » avaient provoqué une polémique. Le Bureau du Sénat avait alors désapprouvé leur caractère « provocateur et vexatoire », tout en constatant qu’il n’avait pas compétence pour le sanctionner.

Le cœur de la controverse : la torture

Pour ses admirateurs, Bigeard incarne le soldat de terrain, le chef qui partageait les risques de ses hommes, notamment lors de la bataille de Diên Biên Phu. Pour ses détracteurs, son nom reste lié à la bataille d’Alger en 1957 et au recours systématique à la torture par l’armée.

Bigeard a nié jusqu’à sa mort y avoir participé. En 2007, il évoquait des « interrogatoires musclés », qu’il présentait comme rares et auxquels il disait ne pas avoir pris part. Cette version a été contestée par des historiens et par d’autres anciens officiers, dont le général Aussaresses, qui a reconnu publiquement la pratique de la torture et d’exécutions sommaires.

Une mémoire encore disputée

La querelle ne s’est jamais éteinte. En 2012, après deux ans de polémique, l’État a fait déposer les cendres du général au Mémorial des guerres en Indochine de Fréjus, alors que des personnalités proches du Parti communiste lançaient une pétition qui a réuni des milliers de signatures contre tout hommage.

Depuis, le débat s’est déplacé vers le terrain officiel. En 2018, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l’État dans la disparition de Maurice Audin. En 2021, il a reconnu que l’avocat Ali Boumendjel avait été torturé puis assassiné par l’armée française. Ces gestes sont salués par les uns comme un devoir de vérité, dénoncés par les autres comme une « repentance » injuste envers les soldats. Le slogan relayé par Jean-Louis Masson s’inscrit dans ce second camp.

Deux lectures

Pour les partisans de cette ligne, il s’agit de défendre l’honneur de militaires qui ont obéi à l’État dans un conflit dont les responsabilités sont d’abord politiques, et de refuser que le jugement d’aujourd’hui efface le contexte d’hier. Pour leurs adversaires, saluer sans réserve un officier associé à la bataille d’Alger revient à relativiser des violences établies par de nombreux travaux d’historiens, et à ignorer les victimes algériennes.

Entre les deux, une question demeure : peut-on rendre hommage à un parcours militaire tout en reconnaissant les violations commises par l’institution à laquelle il appartenait ? La publication de Jean-Louis Masson, qui mêle l’anecdote amicale et la proclamation politique, montre que cette question reste, soixante ans après, loin d’être close.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Le Député RN du Var, Philippe Schreck, en présence de Marine Le Pen, trois semaines avant les attentats de Trappes

Trappes : Appels à « tirer dans le tas » sous une publication du député RN, Philippe Schreck

Six jours seulement avant le drame de Trappes, une vidéo relayée par le député RN Philippe Schreck suscitait, dans son fil de commentaires, une déferlante de propos d’une extrême violence : comparaisons racistes, amalgames visant les musulmans, appels à voter RN, fantasmes d’épuration et jusqu’à des appels à faire usage d’armes à feu. L’examen de ces échanges révèle une accumulation particulièrement préoccupante.

Les barbouzeries numériques de l’assistant RN

Au Rassemblement national, les collaborateurs ont décidément le sens des priorités. Pendant que les uns rédigent laborieusement des amendements et que les autres peaufinent des

Des étudiants albanais lors d’une manifestation antigouvernementale, à Tirana, le 13 octobre 2026

RAMA RAME, TIRANA BRÛLE

Tirana s’enfonce chaque soir un peu plus dans un brouillard de gaz lacrymogène et d’artifices traçants. Sur les grands boulevards de la capitale, la jeunesse albanaise, flanquée d’une opposition aux abois, ne réclame plus de réformes de façade ni de baisse de frais de scolarité : elle exige, d’une seule voix exaspérée, la démission pure et simple d’Edi Rama.

— Publicité —
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Aucun commentaire

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Lire la suite »
Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Aucun commentaire

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Lire la suite »