Éric Ciotti, l’archétype du « gaulliste pur sucre », n’a jamais cessé de se défendre d’être proche du Rassemblement National. Pourtant, à force de virages politiques, il s’est retrouvé sur le même banc. Quand le pragmatisme rencontre l’ambition, les principes s’effritent. Portrait d’Éric Ciotti – côté cour et côté jardin
Le parcours politique d’Éric Ciotti semblait tout tracé : fidèle à ses valeurs, sans failles ni hésitations. Depuis ses débuts, il s’est toujours présenté comme un rempart contre toute forme de compromission idéologique.
De Chirac à Sarkozy, il a incarné une droite « pur sucre », une droite sans concession, prête à tout sauf à se compromettre avec le Rassemblement National. Son discours a été sans ambiguïté : l’ennemi, c’était le RN, ce « chaos » qui menaçait la France. Il n’y avait pas de place pour les compromissions avec ce qu’il qualifiait de « tromperie » politique incarnée par Marine Le Pen et son entourage.
Ciotti, l’an-RN
En 2011, face à Marine Le Pen dans un débat organisé par Nice-Matin, il la dépeignait comme une figure qui « ne pas aimer la France ». En novembre 2017 sur LCI, il martelait : « Il n’y aura jamais d’alliance avec le Front national. Ce parti est une impasse. »
En 2021, année de sa campagne pour la présidence des Républicains et pour la primaire présidentielle, le refrain s’intensifiait. Le 29 septembre dans Valeurs Actuelles, il affirmait n’avoir « jamais eu d’autres adversaires que le Rassemblement National ».
En octobre sur BFMTV, il posait le RN comme « historiquement l’adversaire voire l’ennemi de la famille gaulliste ». Dans Midi Libre (septembre 2021), il jurait une « étanchéité totale » avec l’extrême droite : « Je veux être le candidat d’une droite qui refuse toute forme d’alliance de quel côté que ce soit. »
Le 2 février 2023, dans un face-à-face médiatique avec Jordan Bardella, il lançait : « Notre différence avec vous Monsieur Bardella, c’est que moi je ne dis pas l’inverse de ce que j’ai dit hier. »
À l’époque, il défendait une droite qu’il qualifiait de « cohérente », qui ne fléchissait jamais face aux extrêmes, et qui ne transigeait pas sur ses idéaux. Une droite fidèle à l’esprit gaulliste, capable de redresser la France, « sans tomber dans le chaos ». Il en était le champion, l’homme des valeurs, celui qui ne se laisserait jamais séduire par les sirènes du populisme
Le virage en épingle à cheveux
Mais ces lignes rouges – refus d’alliance, valeurs différentes, histoire incompatible – ont volé en éclats le 11 juin 2024. Au JT de 13h de TF1, Ciotti annonçait une alliance nationale avec le RN pour les législatives : « Il y a un bloc des droites […] nous avons besoin d’une alliance avec le Rassemblement national et avec ses candidats. »
Expulsé (puis réintégré par la justice avant de créer l’Union des droites pour la République – UDR), il assumait le choix comme un « geste historique ».
En 2025, dans Je ne regrette rien, il théorise : LR a raté sa chance en ne choisissant pas « la droite toute » sous Sarkozy ; seule l’union avec le RN peut redresser la France. À l’Assemblée, coordination avec Marine Le Pen, niches parlementaires communes, groupe UDR-RN.
Le clou du spectacle arrive aux municipales de mars 2026 à Nice. Le 22 février, Ciotti présente sa liste « Le meilleur est à venir » (70 colistiers, « sans étiquette », « plurielle »). Huit cadres RN y figurent en bonne place : Benoît Kandel (11e, ancien adjoint d’Estrosi passé au RN), Muriel Vitetti, Marie-Automne Peyregne, etc. – six en positions potentiellement éligibles.
Ciotti assume : c’est la transposition locale de l’alliance UDR-RN nationale. Sondages (Elabe pour Nice-Matin/BFMTV/Figaro fin février 2026) le placent largement en tête au premier tour avec 41 % contre 30 % pour Christian Estrosi (Horizons), et vainqueur dans tous les scénarios de second tour.
Quand le naturel revient au galop
Faut-il s’étonner ? En vérité, Ciotti a toujours été un crypto-lepéniste. Derrière le vernis républicain, ses idées n’ont jamais été aussi proches de celles du RN : quotas migratoires, peines planchers, préférence nationale (qu’il défendait déjà en 2019-2021, aligné sur des thèmes RN-like).
Le virage n’est pas une rupture idéologique, mais un effacement du vernis républicain. Le cordon sanitaire, érigé par Chirac et maintenu quarante ans, n’était pour lui qu’un obstacle tactique.
Au final, il n’y a pas vraiment de jardin. Juste côté cour et côté… cour. Le même homme, les mêmes idées, le même objectif : le pouvoir, sans plus se cacher. Quand l’ambition l’emporte sur les principes proclamés, le portrait d’Éric Ciotti devient celui d’une recomposition inéluctable de la droite française – ou d’un opportunisme assumé.






