Comment éliminer le père fondateur sans que le pays ne devienne orphelin ? Juste avant le week-end, le Bangladesh a testé sa propre formule : des élections législatives « libres » après que Sheikh Hasina a décidé que rester éternelle au pouvoir. Résultat : un concours de popularité dynastique, avec Tarique Rahman en chef de file, et une jeunesse étudiante qui observe, pancartes et hashtags en main.
Le 12 février 2026, les Bangladais ont eu le droit à leur dose annuelle de suspense démocratique : des élections législatives « libres » depuis que Sheikh Hasina a décidé que rester au pouvoir pour l’éternité, c’était trop classique. Avec 127 millions d’électeurs et un taux de participation urbain qui ferait pâlir n’importe quelle ville européenne, le scrutin ressemblait à un grand concours de popularité… pour dynasties politiques.
Et le gagnant est… le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), dirigé par Tarique Rahman, fils de Khaleda Zia, qui récupère plus de 200 sièges sur 299. Soit une majorité des deux tiers, ce qui permet de tout changer, mais surtout de ne rien changer vraiment. Derrière, le Jamaat-e-Islami, allié au petit nouveau NCP – le parti des étudiants révoltés de 2024 –, récupère quelques miettes, histoire que l’opposition puisse encore pousser des cris d’indignation sur X
Ces élections, supervisées par le Nobel de la paix Muhammad Yunus, ont été l’occasion de tester un concept inédit : la « renaissance démocratique sous supervision bienveillante ». Concrètement, Yunus a tenté de réformer la Constitution, limiter les mandats et installer un gouvernement intérimaire neutre. Résultat : des réformes adoptées, des élections organisées, et quelques accusations de fraudes et de violences… juste de quoi faire croire que la démocratie est un sport extrême.
Retour sur le feuilleton historique : bégums et généalogies politiques
Pour comprendre la joie des urnes, il faut remonter à 1971. Le Bangladesh naît dans le sang et les larmes, sous la houlette de Sheikh Mujibur Rahman. Coupé de tout, entre Pakistan et Inde, le pays se construit vite, très vite… et se fait assassiner son père fondateur en 1975. S’ensuit une valse militaire : Ziaur Rahman, Khaleda Zia, Ershad, Hasina… un vrai catalogue de dirigeants tous plus charismatiques que démocratiques.
Depuis les années 1990, la « bataille des bégums » – Hasina contre Khaleda – a transformé la politique en sport de combat : boycott d’élections, corruption, campagnes de rue violentes et alliances improbables avec des islamistes repentis ou opportunistes. Le tout sous le regard inquiet d’une jeunesse qui commence à se demander si le clientélisme n’est pas inscrit dans l’ADN national.
Quand les étudiants font trembler les palais
La révolution étudiante de 2024 n’était pas un feu de paille. La réinstauration des quotas pour descendants de vétérans de 1971 a déclenché un mouvement massif. Des centaines de morts plus tard, Hasina fuit, Yunus arrive, et tout le monde se regarde en attendant le prochain épisode. Les étudiants se retrouvent propulsés dans la politique officielle via le NCP. Les réseaux sociaux n’ont jamais été aussi fiers de leurs hashtags.
Le retour du fils prodigue du Bangladesh
Après 17 ans d’exil, Tarique revient de Londres avec la promesse d’« anti-corruption » et de « reconstruction nationale ». Traduisons : on va faire comme avant, mais en plus élégant et avec quelques graphiques PowerPoint. Son BNP règne désormais en maître, laissant au Jamaat une opposition polie, mais ferme… suffisamment pour donner l’impression qu’il existe une alternative politique.
Le vrai suspense : islamisme soft, climat dur, et dynasties éternelles
Les Bangladais se trouvent désormais face à un dilemme classique : stabilité relative avec un BNP dynastique, ou risque de nouvelles turbulences avec des islamistes qui parlent de justice sociale mais ont un passé… disons, peu reluisant. Pendant ce temps, le pays lutte contre l’inflation, le changement climatique et les tensions régionales avec l’Inde, histoire de ne pas s’ennuyer.
Le Bangladesh est donc à la croisée des chemins : soit il réussit un vrai retour à la démocratie, soit il continue sa valse des bégums, en remixant dynasties, islamistes et étudiants révoltés pour le plus grand bonheur des éditorialistes occidentaux. Yunus peut ranger son Nobel, Tarique peut ranger ses valises londoniennes, et la jeunesse ? Elle range ses pancartes et attend le prochain épisode… probablement avec un nouveau hashtag.





