À Alger, tout est sélectif, même le tri diplomatique. Le pays, qui a fait de la question du Polisario une affaire d’État – au point de multiplier les tensions avec Paris après la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental – se retrouve aujourd’hui à jouer selon… les règles de Washington.
C’est le journal El Confidencial et le journaliste Ignacio Cembrero qui ont révélé l’info : le trio s’est retrouvé face à face – ou côte à côte – pour discuter d’un conflit vieux de plusieurs décennies. À la table : Nasser Bourita (Maroc), Ahmed Attaf (Algérie), Mohamed Yeslem Beissat (Polisario), Mohamed Salem Ould Merzoug (Mauritanie), Staffan de Mistura (ONU), et bien sûr, les Américains Massad Boulos et Michael Waltz. Le tout s’est tenu à l’ambassade américaine à Madrid, les 8 et 9 février 2026.
Règle numéro un : le plan marocain, incontournable
Les fuites ne changent rien : ni crise, ni euphorie. Le Maroc, qui avait d’abord proposé un texte de trois pages, est arrivé avec un document de 40 pages « format royal deluxe », détaillant toutes les subtilités de sa souveraineté au Sahara occidental. Le mot d’ordre est clair : le plan d’autonomie marocain, validé par l’ONU via la résolution 2797 du 31 octobre 2025, sera désormais l’unique document de travail. Une petite bombe diplomatique qui fait du plan marocain la star incontestée, au grand dam de pays abstentionnistes comme la Russie.
Alger : prudence maximale
C’est un ordre américain, pour ainsi dire. Trump avait été le premier à reconnaître la souveraineté marocaine sur le territoire. Même l’ONU a fini par revoir sa position et abandonner toute idée d’indépendance du peuple sahraoui.
On aurait pu penser qu’Alger deviendrait un grain de sable dans la machine. Mais à Madrid, l’Algérie n’a pas rechigné. Les Américains lui demandent de rouvrir la frontière algéro-marocaine, de relancer les vols et de remettre en route le gazoduc Maghreb-Europe. Un pied dans la porte qui met la diplomatie algérienne face à un dilemme.
Pour autant, les Algériens, rarement figés sur une ligne politique unique, ne cèdent pas facilement. Après deux jours de discussions, le bilan est maigre : un communiqué très bref rappelant l’essentiel : le plan marocain reste la seule feuille de route. Point final.
Le prochain round est prévu à Washington d’ici mai 2026, avec un document prêt à la signature. Reste à voir si, d’ici là, Alger fera un réajustement qui lui permettra de signer l’acceptation de la souveraineté marocaine. Une chose est sûre : elle continuera à bouder Paris… et peut-être Washington, si le round de mai tourne au vinaigre.






