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Céleste, Abdelwahab Doukkali

Deces-du-chanteur-marocain-Abdelwahab-Doukkali-ce-vendredi-8-mai-2026-dans-une-clinique-a-Casablanca-au-Maroc
Deces-du-chanteur-marocain-Abdelwahab-Doukkali-ce-vendredi-8-mai-2026-dans-une-clinique-a-Casablanca-au-Maroc

Céleste. Le mot est un peu trop propre pour un chanteur comme Abdelwahab Doukkali, mais il colle quand même à l’affaire : il y avait chez lui quelque chose qui refusait obstinément de rester au niveau du sol

 

Il est mort ce vendredi à Casablanca, dans une clinique privée où la modernité fait semblant de sauver tout le monde. Officiellement, une opération. Officieusement, une sortie discrète par la porte que personne ne discute vraiment. À 84 ans, même la mort finit par arriver en costume-cravate, avec un dossier bien rangé.

On imagine mal Doukkali réduit au silence médical. Il appartenait plutôt au bruit du monde. Aux cafés saturés de fumée. Aux salons où les téléviseurs restent allumés sans être regardés. Aux taxis qui roulent de nuit comme si la ville ne devait jamais dormir.

Plus fort que le bruit

Il venait de Fès. Donc déjà, le décor était plié. Une ville qui ne fabrique pas des artistes mais des tempéraments. Treize enfants dans la maison. Treize façons de disparaître dans le vacarme. Lui a choisi l’option inverse : exister plus fort que le bruit.

À 19 ans, il monte à Rabat. La RTM. Le début d’une trajectoire qui ressemble à une anomalie persistante. Parce que Doukkali ne chante pas seulement des chansons. Il installe des climats. Des états seconds. Des mélancolies avec billet d’entrée.

Les puristes ont dû lever les yeux au ciel. Trop moderne. Pas assez moderne. Trop libre. Pas assez cadré. Bref : dangereux. Ce qui, avec le recul, est souvent le premier signe de longévité.

Il n’était qu’un homme — Ma ana illa bachar —

Et puis il y a les titres. Marsoul el houb. Kan ya makan. Ma ana illa bachar. Des phrases qui n’ont pas besoin de traduction pour fonctionner. Elles font ce que font les bonnes chansons : elles s’installent avant même qu’on ait compris.

Doukkali avait ce talent rare : rendre la tristesse habitable. Pas spectaculaire. Habitable. Une tristesse avec lumière tamisée et chaise en plastique.

Le 17ème étage

Il a aussi eu ce détail improbable : deux distinctions du Vatican. Rien que ça. Comme si la mélancolie marocaine avait reçu une validation administrative venue d’un autre étage du monde.

Et puis Casablanca. L’immeuble Liberté. Le nom presque trop bien choisi pour être honnête. 17e étage. Là-haut, un petit musée personnel, comme une tentative de retenir le temps par la décoration. En bas, la ville continue de klaxonner comme si de rien n’était.

Doukkali peignait aussi. Évidemment. Chez certains artistes, une seule discipline devient vite une impolitesse envers eux-mêmes. Il fallait donc les toiles, les silences, les objets accumulés, les vies parallèles.

Sa dernière ascension

Ce vendredi, il ne reste plus que la voix. Et ce qui est étrange avec les grandes voix, c’est qu’elles ne disparaissent jamais vraiment. Elles se recyclent. Dans un mariage trop tardif. Dans une radio fatiguée. Dans un taxi qui ne cherche même plus la bonne station.

Céleste, donc. Mais avec les deux pieds bien ancrés dans une nostalgie très terrestre.

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