Pendant que Barjols brûle de rage et de braises, la mairie préfère guerroyer contre la solidarité. Entre ego municipal et amateurs au front, la politique locale montre qu’elle n’a pas besoin d’étincelles pour mettre le feu aux poudres.
Alors que les flammes ont dévoré sans vergogne des milliers d’hectares autour de Barjols (lire notre point de situation complet), transformant le paysage en désert de cendres, la municipalité a trouvé le moyen de canaliser l’énergie générale : non pas en luttant contre le feu, mais en déclarant la guerre… aux dons !
Le 26 juillet dernier, alors que la fournaise battait son plein, la mairie a exigé l’arrêt immédiat de toute collecte de dons, qualifiant vertement ces initiatives de « collectes sauvages », tout en jurant sur la tête de ses administrés qu’elle gérait l’ensemble des besoins des personnes évacuées d’une main de maître.
L’association « Aimer Barjols » monte au créneau
Une version que conteste fermement l’association Aimer Barjols. L’organisation affirme avoir court-circuité la municipalité en scellant un accord direct avec la direction logistique des secours départementaux. Son objectif ? Acheminer de quoi ravitailler les soldats du feu sur le front — fruits, viennoiseries, lingettes et compotes bienvenues pour des hommes sur les rotules.
Mais le torchon brûle entre les lignes. Selon l’association, la gestion municipale des premiers secours laissait pour le moins à désirer : lors d’une précédente vague d’évacuation, les sinistrés se seraient retrouvés livrés à eux-mêmes, sans le moindre réconfort matériel — ou, pour reprendre un constat cinglant issu d’un message interne, « pas une bouteille d’eau » à l’horizon.
Politique et petits fours contre grands brûlés
Derrière cette guerre des nerfs logistique, les langues se délient. Pour Aimer Barjols, cette interdiction soudaine ne relève en rien d’une stratégie de coordination efficace, mais plutôt d’une bonne vieille guerre de tranchées politique.
Sous la publication de l’association, le thermomètre monte en flèche dans l’espace commentaires. Maureen Polato déplore ainsi que la mairie, même en pleine crise, reste selon elle bien trop fière pour remercier les bénévoles, tout en continuant de critiquer leur initiative : « et après ça ose parler de fraternité », ironise-t-elle. De son côté, JM Christophe balaie l’idée d’une opération isolée : selon lui, la collecte est au contraire « totalement en phase avec les sapeurs-pompiers ».
Face aux tirs de barrage et aux accusations municipales, l’association revendique son bilan de terrain : un accord initial passé avec le Directeur général des services et l’Hyper U, et l’acheminement salvateur de 3,8 tonnes de denrées récoltées grâce aux habitants. L’organisation assure désormais travailler en coordination exclusive avec les équipes de secours pour acheminer l’aide au plus près des besoins, tout en saluant l’action menée : « Les denrées ont été utiles au moment où elles étaient nécessaires, c’est cela que nous retiendrons. »
Entre une municipalité arc-boutée sur son monopole de communication et des querelles stériles, ce sont décidément les sinistrés et les soldats du feu qui font les frais de ces mesquineries. Quand la politique locale choisit de mettre les sauveteurs au pain noir, on se dit qu’entre la fournaise et les conseils municipaux, le Haut-Var est cerné de tous les côtés.







