Après les médailles remises entre camarades de promo et les décorations en toc épinglées à la va-vite, la diplomatie mondiale franchit un nouveau cap dans la courtisanerie. Le Maroc vient d’inventer la géopolitique au kilomètre. Pas de buste en bronze ni de place publique exiguë : à Rabat, on voit grand, on voit lourd, on voit bitumé.
Il fallait bien 1 055 bornes pour dire merci.
Après le boulevard Bill Clinton planté en plein Kosovo, après les statues et les rues George W. Bush érigées en Albanie comme des saints patrons du Nouveau Monde, le Royaume chérifien a décidé de dérouler le tapis de macadam. Donald J. Trump peut désormais contempler sa dernière gloire architecturale : une voie express filant à travers le Sahara occidental qui porterait dorénavant son nom.
Oui, vous avez bien lu.
Pas Victor Hugo. Pas Ibn Battouta. Pas Averroès. Pas Abdus Salam. Pas même un scientifique local, un résistant de la première heure, un médecin de campagne ou un écrivain méconnu.
Donald Trump. Il faut bien lui reconnaître une constance : l’homme adore contempler son patronyme écrit en caractères si massifs qu’ils éclipsent les gratte-ciels alentour.
Du béton sans les bulldozers
Le locataire de Mar-a-Lago n’a d’ailleurs pas attendu que les géomètres mettent à jour Waze pour déboucher le mousseux. Sur son réseau favori, le fameux Truth Social, l’intéressé a chaleureusement remercié le roi Mohammed VI pour ce grand honneur, promettant même de venir user ses pneumatiques sur cette interminable ligne droite menant jusqu’à Dakhla.
« Quand on ne peut pas acheter un pays entier, il reste toujours la bonne vieille signalisation routière. »
Le détail, toutefois, ne manque pas de sel.
L’autoroute en question existait déjà. Les engins de chantier n’ont pas eu besoin d’enfiler la casquette rouge Make America Great Again pour couler les fondations. Le ruban de bitume a poussé il y a des années. Trump n’a pas financé un viaduc, pas même coulé un bord de trottoir. En 2020, il s’est contenté d’un simple paraphe reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Un coup de tampon diplomatique dont Rabat encaisse aujourd’hui les dividendes. Le béton armé fait office de mot doux.
Géographie et faux-semblants
La diplomatie internationale a décidément un grain de folie douce : L’Albanie avait sanctifié Bush fils en l’arrosant de rues et de stèles. Le Kosovo avait érigé Clinton en totem urbain. Le Maroc ajoute sa pierre ou plutôt son gravier à cet édifice de la flagornerie internationale.
À ce rythme effréné, les atlas géographiques de demain ressembleront à s’y méprendre au carnet d’adresses du Département d’État américain.
Reste un tout petit détail qui ferait pouffer un huissier de justice : personne, ou presque, n’a officialisé la chose. Si les colonnes de la presse marocaine ont relayé l’affaire après le tweet triomphaliste de l’Américain, le pouvoir central, lui, fait dans la discrétion de confesse. Le panneau Trump Highway brille surtout par sa présence dans les boucles vidéo promotionnelles et sur les écrans tactiles de Floride.
Mais qu’importe la réalité des décrets ! Donald Trump y verra, à coup sûr, la preuve irréfutable que la planète entière aspire secrètement à s’installer dans une banlieue à son nom.
Après les Trump Towers, voici donc venue la Trump Highway. La route est longue, mais la flatterie n’a pas de péage.






