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Municipales : Marine en double à Marignane 

Ariane Lombardi présente son programme municipal à Marignane : sécurité, logement, propreté et transition écologique. Février 2026.
Ariane Lombardi présente son programme municipal à Marignane : sécurité, logement, propreté et transition écologique. Février 2026.

À Marignane, ville ouvrière mais conservatrice, la campagne municipale 2026 ressemble à un triangle des Bermudes politique. Tandis que la gauche s’assemble comme elle peut, le Rassemblement national se glisse par la porte dérobée. À la manœuvre : deux caciques de la droite mués en crypto-lépénistes. Ambiance.

 

À Marignane, 33 000 âmes posées au bord de l’étang de Berre, les municipales de 2026 ont des airs de répétition générale des fractures françaises. Ici, entre les pistes de l’aéroport et les souvenirs d’usines envolées, la politique locale ne se joue pas à la belote mais au couteau à beurre. Et parfois, ça tranche.

 

Une gauche unie… sauf quand elle ne l’est pas

Ariane Lombardi, prof d’histoire-géo, enfant du pays et militante du Parti communiste français, mène une liste d’union large comme un générique de fin : Parti socialiste, Les Écologistes, Place publique, Génération.s, Gauche républicaine et socialiste… Tout le monde est là, sauf La France insoumise. L’absent a toujours tort, mais l’absent pèse parfois lourd.

 

Son programme ? Sécurité (sans tambours), propreté (avec applications mobiles pour signaler les dépôts sauvages), culture et démocratie participative. Bref, du concret. Mais dans une ville où la droite tient la mairie depuis trois décennies, la candidate compare sa campagne à une ascension vers Notre-Dame-de-la-Mer « avec des béquilles ». Sisyphe en sandales, version provençale.

 

Car à Marignane, l’histoire électorale n’a rien d’un roman rouge. Le Front national y a prospéré dès les années 1980 avant de muer en Rassemblement national, surfant sur la désindustrialisation et les crispations identitaires. La vague n’est jamais vraiment retombée.

Le maire, ses amis et ses ennemis

En face, Éric Le Dissès, maire depuis 1995, ancien des Rassemblement pour la République et de Union pour un mouvement populaire, règne en notable bien installé. Réélu en 2020 avec plus de 70 % dès le premier tour, il cultive une image d’homme d’ordre : armement de la police municipale, vidéosurveillance, fermeté tous azimuts.

 

Il a parrainé Éric Zemmour en 2022, affiche sa proximité avec le député RN Franck Allisio et assume une stratégie d’union des droites qui ferait pâlir les stratèges parisiens. Pour ses soutiens, c’est du pragmatisme local. Pour ses détracteurs, un laboratoire de fusion avec l’extrême droite.

 

Ajoutez à cela des tensions communautaires ravivées par des tags antisémites récents et l’ombre persistante de l’Organisation armée secrète dans la mémoire locale : le climat n’a rien d’une tisane.

 

L’invité surprise : centre droit ou centre de gravité ?

Puis surgit Christian Amiraty, maire de Gignac-la-Nerthe, ancien socialiste devenu divers centre, qui traverse la route pour s’installer à Marignane. Officiellement, c’est un « appel citoyen ». Officieusement ? Les mauvaises langues murmurent les noms de Renaud Muselier et de Martine Vassal dans les coulisses.

La première est président de région sous bannière macroniste, la seconde est patronne LR du département et de la métropole. Les deux entretiennent un différend ancien avec Le Dissès, vice-président métropolitain. Ces derniers temps, Vassal prêche l’union des droites — sans exclure le RN — tout en jonglant avec les équilibres locaux.

Officiellement, personne ne manigance. Officieusement, tout le monde compte.

 

Résultat : deux droites se toisent en chiens de faïence, une gauche rassemblée mais amputée d’une partie de son électorat… et un RN en embuscade, assuré de profiter d’un second tour transformé en règlement de comptes.

 

Petit théâtre local, grand miroir national

À Marignane, on parle de propreté, de sécurité, de centre-ville en perte de vitesse. Mais derrière les poubelles et les caméras, c’est le grand récit national qui se joue : fragmentation de la gauche post-Nupes, recomposition permanente de la droite, banalisation des alliances avec l’extrême droite.

 

La ville ouvrière et conservatrice devient ainsi un miroir grossissant. Si la division à droite se confirme, elle pourrait ouvrir un boulevard à ceux qui prospèrent sur le désordre. Si la gauche parvient à transformer son addition de logos en dynamique populaire, elle créera la surprise.

 

En attendant, à Marignane, la campagne bruisse plus qu’elle ne tonne. Lombardi enchaîne les agoras : « Place aux femmes », samedi 14 février ; « Des solutions pour le logement », mardi 24 ; « Sécurité et tranquillité », au début du mois de mars.

 

Programme à la craie blanche sur tableau noir, pédagogie appliquée et, parfois, des propositions façon start-up — comme ces applications mobiles censées traquer les montagnes de déchets ou encore la création d’un service de navettes électriques maritimes pour relier les villes autour de l’étang de Berre.

 

L’imagination en bandoulière face à l’empire lépénistes. Reste à savoir si, dans une ville où l’ordre rassure plus que l’innovation ne séduit, la pédagogie pèsera plus lourd que les sirènes identitaires.

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