Après la capture de Nicolás Maduro et la mise en place d’un gouvernement intérimaire, Donald Trump prépare la supervision économique du Venezuela, centrée sur le pétrole et les ressources stratégiques, dans un remake assumé des modèles irakien et afghan — mais cette fois sans chars dans les rues ni drapeau étoilé sur le palais présidentiel. Entre contrats pour compagnies américaines, contrôle des revenus pétroliers et pression méthodique sur les élites locales, Washington recycle la domination classique en version « soft power », avec barils à la clé et tableurs en guise de blindés.
Ce n’est pas une invasion, répète-t-on à Washington, où le mot fait désordre et évoque des statues déboulonnées sous escorte militaire. C’est une gestion. Pas une occupation, mais une supervision. Pas une colonisation, une transition judicieuse.
Trump a simplement changé les mots, pas la musique. Le disque est familier : Kaboul hier, Bagdad avant-hier, Caracas aujourd’hui. Même promesse de stabilité, même rhétorique de l’urgence, même certitude tranquille que les États-Unis savent mieux gouverner un pays que ceux qui y vivent.
Le 3 janvier 2026, plus de 200 membres des forces spéciales américaines entrent à Caracas. L’opération est qualifiée de « chirurgicale » par la Maison-Blanche. Maduro est capturé, exfiltré, puis transféré vers New York pour y être jugé pour narcoterrorisme, trafic de drogue et corruption.
Il plaide non coupable. Il n’y a pas de bombardements massifs, pas de colonne de blindés, pas d’images spectaculaires en boucle sur les chaînes d’information. Trump assure que ce n’est pas l’Irak. Justement : c’est plus propre, plus discret, plus financier.
Pendant que les avocats de Maduro s’activent outre-Atlantique, le pouvoir glisse à Caracas entre les mains de son ancienne vice-présidente, Delcy Rodríguez, investie le 5 janvier. Elle continue de défendre la légitimité de son mentor et dénonce une « agression militaire illégale », tout en ouvrant des canaux de coopération avec Washington.
Dans le Venezuela version 2026, on peut condamner l’intervention étrangère le matin et négocier des licences pétrolières l’après-midi, pourvu que l’équilibre des forces soit respecté et que les comptes soient validés.
Car le cœur de la transition bat au rythme du pétrole. Sous la présidence Trump, les États-Unis ont opté pour une méthode qui ne nécessite ni occupation massive ni administration coloniale affichée. Il suffit de contrôler les flux financiers, les exportations d’or noir et les contrats. Depuis janvier, plusieurs tankers transportant du brut vénézuélien ont été saisis au nom des sanctions.
Les ventes autorisées sont désormais placées sous supervision américaine, les revenus étant déposés sur des comptes gérés par Washington, officiellement pour le « bien du peuple américain et vénézuélien ». L’altruisme géopolitique a parfois l’odeur du kérosène.
Un accord énergétique prévoit la livraison de 50 millions de barils aux États-Unis et à d’autres partenaires. Le Trésor envisage d’élargir la licence de Chevron et a délivré de nouvelles autorisations à Trafigura pour importer et exporter du pétrole vénézuélien.
Trump promet jusqu’à 100 milliards de dollars d’investissements et une augmentation de 50 % de la production en un an. Officiellement, il s’agit de relancer une économie exsangue. Officieusement, il serait malvenu de laisser les plus vastes réserves du monde sous influence concurrente, notamment celle de la China ou de la Russia.
À Caracas, Delcy Rodríguez marche sur une ligne étroite. Elle a décrété l’état d’urgence, déployé les forces de sécurité et annoncé la libération de plus de 300 prisonniers politiques, tandis que l’ONG Foro Penal conteste l’ampleur réelle de ces mesures.
Une loi d’amnistie couvrant les violences politiques depuis 1999 a été présentée comme un geste d’apaisement. Dans le même temps, des opposants dénoncent la poursuite de pressions ciblées. La normalisation avance donc à pas comptés, sous l’œil vigilant du département du Trésor plus encore que sous celui des observateurs électoraux.
Washington parle d’une « transition en trois temps » — stabiliser, récupérer, transférer — formule popularisée par le secrétaire d’État Marco Rubio. Stabiliser le pays, récupérer l’économie, puis transférer le pouvoir à des autorités issues d’élections libres.
Le calendrier, lui, demeure aussi élastique qu’un engagement diplomatique. Rodríguez promet des élections « absolument » libres et équitables, mais les conditionne à la levée des sanctions. Les États-Unis rétorquent que les sanctions s’assoupliront à mesure que la transition progressera. Chacun attend que l’autre fasse le premier pas, tout en surveillant le prix du baril.
Au milieu de cette chorégraphie se tient María Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025 pour son combat en faveur d’une transition démocratique. Elle a salué la chute de Maduro et plaidé pour que le vainqueur présumé de la présidentielle de 2024, Edmundo González, assume le pouvoir.
Elle a même remis sa médaille à Trump en signe de gratitude pour la « libération » du pays. Depuis, l’enthousiasme s’est nuancé : Machado critique le soutien américain à Rodríguez et redoute qu’une transaction géopolitique ne remplace une véritable alternance. À Washington, on la juge respectable mais difficile à intégrer dans un dispositif où la stabilité prime sur l’idéalisme.
Les réactions internationales complètent le tableau. La Chine et la Russie dénoncent une violation de la souveraineté vénézuélienne et exigent la libération de Maduro. Cuba déplore les pertes humaines liées à l’opération. Trump, fidèle à son style, relativise les critiques sur le droit international et affirme que les États-Unis n’ont pas besoin de permission pour défendre leurs intérêts — et, ajoute-t-il, la démocratie.
Un mois après la chute de Maduro, le Venezuela apparaît ainsi comme le laboratoire d’un impérialisme modernisé : pas de gouverneur américain, mais des contrats sous licence ; pas de troupes d’occupation massives, mais des flux financiers sous contrôle ; pas de proclamation officielle de tutelle, mais une dépendance économique structurée. Le pays reste formellement souverain, mais ses ressources stratégiques circulent désormais sous regard étranger.
Reste à savoir si cette supervision aboutira à une démocratie réelle ou à une stabilité conditionnelle, renouvelable au gré des marchés et des intérêts stratégiques. Pour l’instant, les barils partent, les investissements s’annoncent et les élections attendent leur date. Entre transition et tutelle, le Venezuela avance sous encadrement technique, avec cette particularité du XXIe siècle : la domination ne s’impose plus en uniforme, elle se signe au bas d’un contrat.






