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Coluche, pantin libre et tragique

Dans le jargon du cinéma, l’expression a désormais valeur de rite de passage : « faire son Tchao Pantin ». Comprenez : troquer les éclats de rire contre les silences plombés, le nez rouge contre la gueule de bois existentielle. C’est l’histoire d’un comique qui enlève le masque et fait pleurer tout le monde. L’origine ? Le film éponyme de Claude Berri, sorti en 1983, avec un Coluche transfiguré, méconnaissable dans la peau d’un garagiste alcoolique, lessivé par la vie.

 

Dans Tchao Pantin, Coluche n’amuse plus. Il ne gesticule pas, ne grimace pas, ne braille pas. Il regarde dans le vide, s’effondre sans bruit. C’est peut-être la première fois que la France découvre ce que beaucoup savaient déjà : derrière le roi des vannes, il y avait un homme au bord du gouffre, un être hanté. Gérard Lanvin, ami et témoin, l’a souvent dit : Michel Colucci portait une part de nuit. Il traînait des démons lourds, carburait à la dope et à la bibine comme on nourrit une guerre intérieure.

 

Agnès Soral, partenaire à l’écran, avait lâché la phrase qui glace : « Coluche était malheureux, sa femme Véronique l’avait quitté. » Il n’a pas eu besoin de forcer le trait. Il était ce pantin fatigué, ce type à bout de souffle. Le César du meilleur acteur, décroché en 1984, n’est pas venu récompenser une performance. Il est venu entériner un aveu.

 

Coluche, l’homme : tendre, bordélique, brûlé vif

Mais Coluche, ce n’était pas seulement cette silhouette perdue dans les couloirs d’une station-service. C’était aussi un père. Deux enfants, Romain et Marius, qu’il élevait à sa manière : débraillée, généreuse, bordélique. Il leur racontait des conneries au petit-déj, faisait des blagues salaces devant les profs, mais leur parlait aussi du monde comme personne. Il disait souvent : « L’école, c’est bien, mais faut pas trop y croire non plus. »

 

À la maison, entre deux sketchs, il rigolait fort, jurait encore plus fort. Il était capable de sortir un pot de Nutella au milieu d’une réunion politique ou de coller une quenelle verbale à un ministre en visite impromptue. Il avait le cœur large et les colères sincères. Et surtout, il ne supportait pas l’injustice : celle des pauvres, des sans-papiers, des paumés. C’est pour eux qu’il a lancé les Restos du Cœur, parce qu’il en avait marre que les grands discours ne remplissent jamais les frigos.

 

On oublie souvent que derrière l’humoriste en salopette se cachait un citoyen enragé. En 1981, Coluche se lance dans la présidentielle. Une farce au départ, un geste punk, mais qui prend feu. Il grimpe à 16 % dans les sondages. Le système s’affole. Les appels anonymes pleuvent. Des menaces, des pressions. On lui tire même dessus un jour. Officiellement, c’est une balle perdue. Officieusement, il commence à déranger sérieusement. Mitterrand entre à l’Élysée, Coluche se retire — non sans avoir fissuré la façade républicaine avec une simple pancarte : « Coluche, un candidat comique, mais pas plus que les autres. »

 

Puis viennent les Restos, en 1985. Une idée née d’un coup de gueule sur scène : « On pourrait faire un resto pour ceux qui n’ont rien à bouffer, non ? » À l’époque, la faim est un tabou social. Lui en fait une cause nationale. Il rameute tout le showbiz, se coltine les assos, les mairies, les préfets. L’État traîne les pieds, mais finit par suivre. Des millions de repas seront servis. Et aujourd’hui encore, ce sont ses blagues, ses chansons et ses colères qui réchauffent les assiettes.

 

Un motard sans casque, un pays en deuil

Et puis un jour de juin 1986, tout s’arrête. Il roule, cheveux au vent, comme un môme libre sur sa moto, du côté de Valbonne. Et bam. Un camion. Un 38 tonnes conduit par Albert Ardisson – alias Bébert – qui n’a jamais vraiment surmonté cette journée. Coluche meurt sur le coup. Il avait 41 ans. La France, elle, entre dans une sidération collective. L’idiot magnifique ne fera plus rire.

 

Trois ans à peine après son triomphe dramatique, c’est le rideau. Fin de spectacle. Les théories ne tardent pas. L’assassinat ? La raison d’État ? L’humoriste, faut-il le rappeler, faisait peur. Il disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, mais avec un micro et une horde de fans. Un fou dangereux dans une République bien coiffée.

 

Le silence de Bébert, les cris du peuple

Albert Ardisson, le chauffeur, vient de mourir. 85 ans, chez lui, à Carros. Selon Nice-Matin, il n’a jamais pu se pardonner. Il n’était pourtant pas fautif, mais il était là. À la mauvaise seconde, au mauvais endroit. Il est devenu malgré lui le croque-mitaine d’une légende qui refusait de mourir.

 

Quarante ans plus tard, Coluche est partout : dans les restos, dans les cœurs, dans les rires un peu gras qui cognent juste. Il est aussi dans ce silence national, gêné, quand on évoque sa mort. Parce qu’au fond, on ne sait pas trop si on l’a perdu… ou si on l’a laissé tomber.

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Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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