Le Correspondant

Draguignan : La nuit où tout a basculé

Le Correspondant publie aujourd’hui une vidéo exclusive qui éclaire d’un jour cru les coulisses du premier tour à Draguignan. On y voit François Gibaud, battu dans les urnes quelques minutes plus tôt, échanger avec Philippe Schreck au cœur même du théâtre où s’affichent encore les résultats. Une séquence brève, mais décisive, qui contredit la version officielle d’un ralliement “collectif” et improvisé. Derrière les sourires et les poignées de main, c’est toute la mécanique d’un accord éclair qui se dévoile — et peut-être, en filigrane, une stratégie bien plus ancienne qu’annoncée. Enquête.

 

 

Dimanche soir, à Draguignan, la démocratie locale a pris des airs de roman noir. Pas un tumulte, pas une explosion, mais ce glissement presque imperceptible où, derrière les chiffres et les discours, quelque chose se déplace déjà. Dans la cité du Dragon, les résultats tombent peu après 20 heures, nets, tranchants, presque froids : Philippe Schreck arrive en tête, Richard Strambio suit, et François Gibaud, décroche la dernière roue du carrosse, avec 6,87 %, loin derrière la gauche. Une défaite sans appel, une sortie de route que beaucoup imaginent définitive. À cet instant précis, tout semble s’arrêter pour lui. En réalité, tout commence.

 

Quelques minutes plus tard, dans l’enceinte du théâtre où les écrans diffusent encore en boucle les résultats, l’atmosphère a déjà changé de nature. Autour, les conversations se nouent à voix basse, les groupes se forment puis se dispersent, chacun tentant de comprendre, d’anticiper, de projeter le second tour.

 

François Gibaud circule, salue, mais plusieurs témoins décrivent une présence décalée, comme si le temps politique qui l’entoure n’était déjà plus le sien. Il est là, sans vraiment y être, attentif, mais ailleurs. La défaite, loin de le figer, semble avoir ouvert en lui une autre séquence, plus souterraine, moins visible.

 

C’est dans ce moment suspendu que tout se joue. Pierre Valagnosc ( un marchand de chaussure de la ville et soutien affiché de Philippe Schreck et de l’extrême droite) s’approche, brièvement. Un échange rapide, presque anodin en apparence. Puis un autre. Rien qui attire franchement l’attention, et pourtant les lignes commencent à bouger.

 

La vidéo que nous publions aujourd’hui en capture l’instant précis : François Gibaud, Philippe Schreck et Stéphane Dewaguet (un colistier de Gibaud) se retrouvent, discutent, sourient, échangent, se serrent la main. Rien d’ostentatoire, rien de théâtral, mais une évidence qui s’impose à qui regarde attentivement : dans cette séquence brève se joue déjà l’après. À peine le premier tour digéré, une autre histoire est en train de s’écrire, loin des communiqués et des conférences de presse.

 

La suite se déroule quelques heures plus tard, dans un autre décor, plus intime, presque banal : la Maison Dracénoise, l’ancien Bistrot. Là, une partie de l’équipe de François Gibaud s’est retrouvée pour tenter de « digérer » la défaite. On commande des verres, on refait la soirée, on analyse les chiffres, on cherche des explications. L’ambiance est celle des fins de campagne ratées, mêlée de fatigue et d’incompréhension.`

 

Mais très vite, quelque chose déraille. Le téléphone de Gibaud sonne. Au bout du fil, selon plusieurs témoignages, toujours Pierre Valagnosc. Gibaud ne décroche pas. Pourtant, l’appel agit comme un déclencheur. Il se met à parler, presque seul, en évoquant Schreck. Expliquant combien il est content d’avoir reçu les félicitation de ce dernier, en direct sur France 3, et insistant au passage sur l’importance d’aller le voir et de ne pas « abandonner maintenant ».

 

 

Autour de lui, les regards changent. Certains commencent à comprendre. D’autres refusent encore d’y croire. Un détail intrigue, presque anecdotique sur le moment : Stéphane Dewaguet est absent.

 

Le lendemain matin, la bascule éclate au grand jour. Les appels à Gibaud restent lettre morte. Puis, brutalement, Le Correspondant lâche l’information  : « Gibaud rallie Schreck ». Les colistiers l’apprennent… en feuilletant le journal. Certains, abasourdis, prennent leur téléphone, les messages fusent, entre stupeur et incompréhension. « Je suis tombé des nues », confie l’un d’eux.

 

Dans le groupe WhatsApp de campagne, les échanges deviennent rapidement électriques. Puis Gibaud lui-même apparaît, convoque tout le monde pour une réunion le soir même. Le rendez-vous est fixé à l’hôtel Accord, boulevard Clemenceau.

 

Lundi soir, selon nos sources (rassurons‑nous : pas les colistiers dissidents), dans une salle froide et impersonnelle, la tension est immédiate, presque palpable. Gibaud prend la parole, exige le silence, évoque sa fatigue et impose son tempo. Il déroule son discours, détaille, explique, justifie, refusant toute interruption. Mais en face, quelque chose s’est déjà rompu. Les regards ont changé. La confiance s’est ébréchée.

 

Un colistier finit par prendre la parole. Il annonce ce que beaucoup pensent désormais : « C’est inacceptable, ce n’était pas deal ». La réponse claque, sèche, presque mécanique : « ici, on fait de la politique », répond Gibaud. À cet instant, la rupture est consommée. Entre les dissidents et les plus fidèles, dont Alain Vigier et Stéphane Dewaguet.

 

Au fil des témoignages recueillis, une autre lecture s’impose, plus troublante encore : et si rien de tout cela n’avait été improvisé ? Plusieurs colistiers évoquent une relation ancienne entre Gibaud et Schreck, une rencontre survenue après sa démission d’adjoint, d’abord minimisée dans Var Matin, puis confirmée dans Le Correspondant. D’autres soulignent qu’au cours de toute la campagne, Gibaud n’a jamais vraiment attaqué Schreck, concentrant ses critiques sur le maire sortant.

Pour certains, le doute n’est plus permis. L’un d’eux résume, presque froidement : « Il avait déjà fait son choix. » Et de rappeler : « Le soir des résultats, on lui a proposé d’aller voir Strambio ; il a refusé. »

 

Face à la polémique, François Gibaud publie un long message sur Facebook, dénonçant des « contrevérités », assurant que la décision a été collective, assumée, réfléchie. Une réponse classique, presque attendue. Mais sur le terrain, les témoignages et la vidéo racontent une autre temporalité, plus rapide, plus opaque, où l’accord semble avoir pris forme bien avant son officialisation.

Dimanche 22 mars, les électeurs trancheront. Avec, peut-être, en tête cette question simple, presque dérangeante : dans cette histoire, qui savait quoi, et depuis quand ? Et dans quel traquenarde se sont-ils laissés prendre ?

 

Le reste, comme souvent, appartient à la politique. Et à ce qu’elle préfère ne pas dire.

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