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Non, Strambio n’a pas gagné “de 206 voix”

À Draguignan, le maire sortant Richard Strambio a été réélu dimanche 22 mars 2026 face au député RN Philippe Schreckavec 50,64 % des voix contre 49,36 %. Un écart officiel de 206 voix, aussitôt présenté comme une défaite « de peu » par son adversaire. Mais derrière ce chiffre serré, l’analyse des reports de voix et de la dynamique entre les deux tours raconte une tout autre histoire.

 

 

À Draguignan, la soirée électorale s’est jouée à 206 voix près. Un mouchoir de poche, dit-on. Et Philippe Schreck n’a pas manqué de le souligner : « perdu de peu ». Sur le chiffre brut, rien à redire. Mais dès qu’on ouvre le cahier de comptes, l’histoire devient nettement moins serrée.

 

Reprenons calmement. Au premier tour, le 15 mars, Schreck arrive en tête avec 6 767 voix. Concrètement, cela veut dire qu’il a déjà une bonne avance : plus de 700 électeurs de plus que le maire sortant Richard Strambio, qui en obtient 6 060. À ce moment-là, Schreck est en position de favori.

 

Et surtout, il annonce une alliance avec François Gibaud, qui a réuni 1 040 voix. Pour simplifier : s’il récupère ne serait-ce que la majorité de ces électeurs, il est censé creuser encore l’écart. Sur le papier, il pourrait tourner autour de 7 800 voix sans même faire d’effort supplémentaire. Autrement dit : il part avec une réserve confortable.

 

Arrive le second tour. Il y a plus de votants, environ 1 000 personnes en plus se déplacent. Donc, en théorie, tout le monde peut progresser.

 

Mais là, les chiffres deviennent parlants — et surprenants.

 

Schreck passe de 6 767 à 7 960 voix. Dit autrement : il gagne 1 193 électeurs. Vu comme ça, la progression semble solide.

 

Sauf qu’il faut regarder d’où viennent ces voix.

 

Sur ces 1 193 voix supplémentaires, environ 1 040 étaient déjà « dans la poche » grâce à l’alliance avec Gibaud. Autrement dit, ce n’est pas une conquête, c’est un transfert attendu. Une simple addition.

 

Ce qui compte vraiment, c’est ce qui reste une fois cette addition faite.

 

Et là, le chiffre devient brutal : à peine 150 à 200 électeurs réellement convaincus en plus. Pour donner une image simple, c’est comme si une petite salle municipale s’était remplie… pas plus.

 

En face, Strambio passe de 6 060 à 8 166 voix. Lui gagne plus de 2 100 électeurs. Là, on n’est plus dans la petite salle, on est dans un stade qui se remplit d’un coup.

 

C’est ici que le fameux « perdu de peu » commence à grincer.

 

Parce que si Schreck avait vraiment bénéficié de son alliance, il aurait dû faire un bond massif. Or, il progresse à peine au-delà de ce qui était déjà acquis. Cela veut dire, très concrètement, que beaucoup d’électeurs de Gibaud ne l’ont pas suivi. Certains ont voté Strambio, d’autres se sont abstenus, d’autres encore ont voté blanc.

 

Pour simplifier encore : il avait un réservoir de voix… mais le réservoir était percé.

 

Et pendant ce temps, Strambio a réussi l’inverse : il a attiré largement au-delà de son camp. Il a convaincu de nouveaux électeurs, récupéré des voix venues d’ailleurs, et surtout profité du rejet de la fameuse fusion.

 

Au final, oui, l’écart est de 206 voix. Mais ce chiffre, pris seul, est trompeur.

 

Car l’histoire réelle est la suivante :
un candidat qui part devant, avec des renforts annoncés, mais qui ne progresse presque pas ;
et un autre qui était derrière, mais qui réussit à mobiliser massivement et à dépasser largement.

 

Dit encore plus simplement :
ce n’est pas une victoire arrachée au dernier moment… c’est un retournement.

 

À Draguignan, la photo est serrée. Mais le profondeur de champs est beaucoup plus limpide.

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