Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Philippe Schreck : Merci, merci, merci !

Philippe Schreek, candidat aux législatives devenu député RN
Philippe Schreek, candidat aux législatives devenu député RN

Draguignan, dimanche 22 mars 2026. Dans cette sous-préfecture varoise où l’on compte les voix comme on compte les olives — une à une, avec patience et parfois un peu d’amertume — le second tour des municipales a livré un verdict d’une précision chirurgicale.

 

Richard Strambio l’emporte avec 50,58 % des suffrages (environ 8 166 voix), contre 49,42 % pour Philippe Schreck (près de 7 960 voix). L’écart ? Entre 180 et 206 bulletins. Autant dire un soupir. Mais un soupir qui fait un maire.

 

Et un autre qui cherche encore pourquoi.

 

Car très vite, le candidat malheureux a trouvé un responsable. Ou plutôt une ligne de défense : des « pseudo-journalistes » auraient publié des articles dans une période où il lui était impossible de réagir. L’expression est lâchée sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, reprise dans ses déclarations, répétée avec application. On évoque la « calomnie », des « manœuvres », et l’on agite la menace d’un recours.

 

Et ce matin encore, dans les colonnes de Var-Matin, le ton est monté d’un cran : le voilà qui parle d’un « faux journaliste racaille ». Une formule élégante, prononcée avec une délicatesse… disons… parfaitement en accord avec les mots choisis.

 

Très bien. Mais de quels articles parle-t-on ?

 

Ici, inutile de tourner autour du pot — ou du pastis. L’article visé, celui qui concentre les critiques, celui qui aurait, à en croire son auteur involontaire, pesé sur le scrutin… c’est celui du Correspondant. Le nôtre.

 

Et, détail qui a son importance, il a été publié à 20 h 29, soit près de quatre heures avant le début de la réserve électorale. Mieux encore : dès 19 heures et quelques poussières, Le Correspondantavait annoncé la couleur en « teasant » son enquête sur la page Facebook dédiée à Draguignan. Publication annoncée pour 21 heures. Elle sera finalement mise en ligne un peu plus tôt. Autrement dit : non seulement le sujet existait, mais il était annoncé, visible, repérable

Pendant ce temps-là ?

 

Philippe Schreck était au bar, place du marché, verre levé, entouré de ses soutiens. L’actualité attendrait.

 

Entre ce teaser public, cette annonce claire, et la publication effective à 20 h 29, le candidat disposait non pas d’un angle mort… mais d’un créneau parfaitement visible pour réagir.

 

Trois heures avant le silence électoral.

 

Trois heures… qui, manifestement, ne rentrent pas dans la définition qu’il se fait du « temps disponible ».

 

Et c’est là que l’histoire devient légèrement cocasse. Car expliquer après coup qu’on ne pouvait pas répondre, alors qu’on disposait de ce délai — et même d’un avertissement préalable — relève moins du droit que de la poésie.

 

D’autant que ce n’est pas la première fois que des éléments circulent sur Schreck. Et que, systématiquement, la réponse est la même : le silence. Pas un droit de réponse, pas un démenti, pas une ligne. Jusqu’au moment où le silence devient soudain une injustice.

 

Mais que disait donc cet article si redoutable ?

 

Il parlait de Barjols.

Barjols, ou l’art du boomerang politique. Lors de la municipale partielle de 2024-2025, Philippe Schreck n’avait pas hésité à exhumer un drame familial ancien — une affaire de 2009, jugée, qualifiée juridiquement, et close — pour attaquer son adversaire.

 

Cet article, toujours en ligne, s’appelle   » Un drame exhumé dix-sept ans plus tard, l’éthique selon Schreck ». Il est illustrée d’une vidéo de Schreck évoquant un « passé judiciaire peu reluisant ». De Courriers parlant d’un adversaire « sévèrement condamné pénalement ». Commentaires mentionnant une condamnation pour homicide involontaire et une peine de prison.

 

À l’époque, la méthode ne semblait choquer personne dans son camp.

 

L’article du Correspondant ne fait qu’une chose : remettre ces propos face au jugement réel et poser une question d’éthique. Rien de plus. Rien de moins. Pas une révélation, pas une invention. Un miroir.

 

Et manifestement, le reflet ne plaît pas.

 

Alors, on sort le droit. Ou plutôt une version très personnelle du droit.

 

Car enfin, puisque l’on parle juridique — et puisque l’on a affaire à un avocat — autant aller jusqu’au bout. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse encadre la diffamation : il faut un fait précis, et surtout faux. Ici, les faits sont publics, documentés, et souvent issus des propres déclarations de l’intéressé.

 

Le jugement porté — un « manque d’éthique » — relève de l’opinion. Et la Cour de cassation, tout comme la jurisprudence européenne, protège ce type d’appréciation dès lors qu’elle repose sur une base factuelle suffisante.

 

Le silence électoral ? Il s’applique aux candidats, pas aux journalistes. Un média peut publier à 20 h 29 sans violer la loi. Confondre les deux, c’est une approximation… disons audacieuse.

 

Le droit de réponse ? Encore faut-il le demander. Et accessoirement, avoir envie de répondre. En l’espèce, ni l’un ni l’autre. Ce qui complique légèrement toute tentative de reproche ultérieur. Au pire, et encore, cela pourrait nourrir un débat civil — certainement pas renverser une élection.

 

Quant à l’idée d’un recours pour invalider l’élection, elle mérite qu’on s’y attarde deux minutes — mais pas beaucoup plus. Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel sont constants : il faut des irrégularités graves, massives, et déterminantes. Pas un article de presse, même critique. Pas même deux. Pas même à 180 voix près.

 

Ici, il n’y a rien de tel.

 

Alors disons-le sans détour : les chances de voir ce recours aboutir sont nulles. Zéro. Nada. Même pas une lueur procédurale à l’horizon.

 

Ce qui ramène à une réalité plus simple, presque banale : une élection s’est jouée, et elle a été perdue. L’électeur a choisi une continuité, un style, une gestion locale. Il a aussi, peut-être, perçu une certaine manière de faire de la politique — offensive quand il s’agit des autres, indignée quand il s’agit de soi.

 

Et puisqu’il en est ainsi, profitons-en. Profitons-en pour rendre hommage à ces « faux journalistes racaille » — une espèce manifestement nuisible, mais dotée d’une mémoire fâcheusement tenace.

 

Souvenez-vous. En 2022, Le Correspondant racontait que Philippe Schreck, alors bâtonnier et président de la CARPA de Draguignan, avait vu s’égarer quelque 200 000 euros. Disparus ? Non. Disons… engagés dans des placements audacieux, avec un sens du risque qui aurait fait pâlir un croupier monégasque.

À l’époque, Schreck montait au créneau, indignation en bandoulière. L’ordre des avocats, de son côté, choisissait le silence monacal, tandis que Le Correspondant, têtu comme un fait, insistait lourdement : non, il ne s’agissait pas d’un malentendu, mais bien d’une caisse transformée — métaphoriquement, bien sûr — en casino.

 

Aujourd’hui ? Rebondissement. L’affaire, qu’on croyait soigneusement glissée sous le tapis du palais, ressort par la petite porte — celle des commentaires en ligne. Une ancienne membre du conseil de l’ordre, donc pas exactement une touriste du dossier, lâche l’air de rien : « Je connais l’histoire de ma CARPA (…) Mais surtout, il a été porté secret que, précédemment, une procédure avait été gagnée et que des fonds inattendus ont permis de compenser la perte que vous assimilez à un jeu de casino. »

 

 

Oui, il y a bien eu un trou, donc. Qu’il soit volontaire ou pas, c’est un aveu. Un aveu tombé du ciel, pile au moment où l’étiquette « racaille » se colle — un peu trop commodément — sur ceux qui ont eu la mauvaise idée de regarder dedans.

 

Mais devrions-nous sans doute remercier Schreck et ses fidèles.

Car à bien y regarder, ils font eux-même le service après-vente de notre travail. Ils republient, ils commentent, ils s’indignent — bref, il diffusent. Gratuitement, avec zèle, et une constance qui force presque le respect.

 

Efficace effet Streisand en version varoise.

 

Mieux encore : à force de manier l’invective — jusqu’à parler de « faux journaliste racaille » — Schreck nous offre peut-être, en prime, l’occasion d’un détour par le tribunal pour injure publique. Avec, à la clé, quelques dommages et intérêts.

 

Que demander de plus pour un journal indépendant ? Un peu de publicité… et, de temps en temps, un client aussi généreux.

 

Merci, merci, merci

 

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Le Député RN du Var, Philippe Schreck, en présence de Marine Le Pen, trois semaines avant les attentats de Trappes

Trappes : Appels à « tirer dans le tas » sous une publication du député RN, Philippe Schreck

Six jours seulement avant le drame de Trappes, une vidéo relayée par le député RN Philippe Schreck suscitait, dans son fil de commentaires, une déferlante de propos d’une extrême violence : comparaisons racistes, amalgames visant les musulmans, appels à voter RN, fantasmes d’épuration et jusqu’à des appels à faire usage d’armes à feu. L’examen de ces échanges révèle une accumulation particulièrement préoccupante.

Les barbouzeries numériques de l’assistant RN

Au Rassemblement national, les collaborateurs ont décidément le sens des priorités. Pendant que les uns rédigent laborieusement des amendements et que les autres peaufinent des

Des étudiants albanais lors d’une manifestation antigouvernementale, à Tirana, le 13 octobre 2026

RAMA RAME, TIRANA BRÛLE

Tirana s’enfonce chaque soir un peu plus dans un brouillard de gaz lacrymogène et d’artifices traçants. Sur les grands boulevards de la capitale, la jeunesse albanaise, flanquée d’une opposition aux abois, ne réclame plus de réformes de façade ni de baisse de frais de scolarité : elle exige, d’une seule voix exaspérée, la démission pure et simple d’Edi Rama.

— Publicité —
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Aucun commentaire

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Lire la suite »
Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Aucun commentaire

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Lire la suite »