ENTRETIEN. À quelques jours des municipales de 2026, Richard Strambio se prête à un grand oral sans filtre. Dans cet entretien fleuve, accordé au Correspondant, le maire sortant affronte les sujets qui fâchent : le fiasco du PTE et ses pénalités révélées pour la première fois, le sentiment d’insécurité qu’il relativise, les marchands de sommeil invoqués pour expliquer le manque de logement, les commerces qui ferment, les coûts du musée ou encore les pistes cyclables cantonnées aux périphéries – dont le diagnostic arrive après deux mandats. Il reconnaît certaines erreurs et défend son bilan tout en déroulant ses projets, notamment autour de la santé et de la prévention. Malgré les ressorts classiques de la communication politique — homme de paille, argument d’autorité ou comparaisons descendantes — il apporte le plus souvent des réponses factuelles aux interrogations des Dracénois. Un échange dense, parfois tendu, qui éclaire sa campagne pour un troisième mandat.
Le Correspondant : Je voudrais commencer directement par le TPE – Pôle de Transition Environnementale. Un investissement de 130 millions et un projet qui s’arrête net. Beaucoup de Dracénois en ont entendu parler, parfois de façon fragmentaire. Vous avez expliqué, dans la presse locale, que la responsabilité ne reposait pas uniquement sur vous, mais qu’elle était partagée avec les autres maires de l’agglomération…
Richard Strambio : Écoutez, c’est très simple. Lorsqu’on arrive aux affaires en 2020, on découvre un déficit sur la gestion des déchets. La non-anticipation de la fermeture du Balançant nous coûte très cher : on parle d’un déficit d’environ 10 millions d’euros. Il faut donc étaler la dette et engager des réformes pour éviter d’augmenter la taxe d’enlèvement des ordures ménagères.
Parmi les pistes étudiées, les services de l’agglomération nous proposent ce fameux pôle de transition environnementale. Des études sont lancées, ce qui a évidemment un coût : les cabinets d’études doivent être rémunérés. Finalement, on me dit que le terrain pressenti se trouve sur la commune de Draguignan. Moi, je suis quelqu’un de solidaire : si c’est pour l’intérêt et le bien commun, j’accepte.
Il y a ensuite des concertations qui sont organisées. Mais visiblement, la communication ne passe pas, ou elle est mal comprise. Le modèle économique pose question, la capacité de traitement des déchets doit être revue à la hausse, il y a toute la question des CSR. Finalement, le commissaire enquêteur rend un avis négatif, le préfet intervient, et le projet s’arrête.
En même temps, cela nous fait perdre un certain nombre de subventions. De toute façon, ce pôle devait entrer en activité vers 2030. Nous avons donc lancé un plan B qui est aujourd’hui en cours. Pour ce projet-là, c’est terminé. On a entendu dire qu’il y avait des sommes importantes à payer, mais non : nous paierons ce que nous devons, c’est-à-dire les études et les intérêts.
« Oui, j’assume ma responsabilité. Je ne suis pas un homme qui fuit… »
Le Correspondant : Avec le recul, estimez-vous avoir une part de responsabilité dans cet échec ?
Richard Strambio : Oui, j’assume ma responsabilité. Je ne suis pas un homme qui fuit ses responsabilités. Après, c’est un projet communautaire. Peut-être que nous n’avons pas pris toute la mesure des choses, comme cela peut arriver à chacun. Mais au départ, l’objectif était clair : faire quelque chose de moderne pour nos concitoyens de l’agglomération. Après, je ne suis pas technicien. Je suis un professionnel de santé. Les spécialistes ont rendu leurs avis, les études ont été menées.
Le Correspondant : Ces études ont notamment évoqué des questions de bruit, de circulation ou encore d’impact environnemental. Tout cela avait-il été examiné avant d’avancer sur le projet ?
Richard Strambio : Oui, bien sûr. Le projet paraissait pertinent, notamment par rapport au réseau de chaleur et à l’idée de traiter nos déchets sur notre territoire. L’objectif était d’éviter d’envoyer une partie de nos déchets ailleurs. Tout le monde en produit. Nous avons travaillé avec le SMIDDEV (Un syndicat local) avec le Vallon des Débats, pour trouver une solution locale. L’idée était de valoriser nos déchets plutôt que de faire ailleurs ce que nous ne voulions pas faire chez nous.
Le Correspondant : Beaucoup de Dracénois se demandent pourquoi ce terrain précis avait été retenu.
Richard Strambio : Parce qu’il était éloigné des habitations et proche d’un axe routier, notamment la route militaire. Ce choix a été fait par le cabinet d’études. Plusieurs terrains avaient été envisagés, mais celui-ci semblait le plus adapté selon leurs critères. Ce n’est pas moi qui ai décidé personnellement de ce site.
Le Correspondant : Certains habitants parlent pourtant d’un manque de transparence autour du projet. Ils estiment ne pas avoir été suffisamment informés avant de découvrir le dossier, ce qui a provoqué la mobilisation d’associations et de riverains.
Richard Strambio : Il y a pourtant eu de la communication. On m’assure qu’il y a eu du boîtage dans les boîtes aux lettres, des réunions publiques. J’en ai moi-même participé à certaines, notamment à Trans-en-Provence et je crois aussi à La Motte. Peut-être que l’information a été trop abondante ou mal perçue. Je veux bien l’admettre. Mais ce n’est pas une volonté de cacher quoi que ce soit. Au contraire. Si le projet avait été accepté, on aurait peut-être dit que c’était une bonne idée. Il faut aussi comprendre le contexte : la fermeture du Balançant n’avait pas été anticipée. Cela a créé une forme d’urgence et d’inquiétude. Si la taxe d’enlèvement des ordures ménagères était passée à 14, 15 ou 17 %, cela aurait eu un impact très important.
« Moi, je n’ai aucun intérêt personnel dans cette affaire. Je n’ai pas d’actions, je n’ai personne derrière moi. Mes seules actions, ce sont celles que je mène pour mes concitoyens.«
Le Correspondant : Parlons maintenant de la suite. Vous avez évoqué un plan B pour la gestion des déchets.
Richard Strambio : Oui, il est en cours de stabilisation. Nous travaillons avec le SMIDDEV, présidé par M. Langot, avec les collectivités du littoral et le soutien de l’État. Il reste encore des décisions à prendre. Une partie des solutions devra aussi être étudiée avec le préfet, notamment en fonction des schémas régionaux. Vous savez que le territoire est réparti entre plusieurs zones, certaines liées à Nice, d’autres à Toulon. Et la problématique est générale. Mon collègue de Brignoles me disait récemment qu’ils avaient eux aussi un problème de déchets. Dans le Verdon, c’est la même chose. C’est un sujet qui concerne tout le monde.
Le Correspondant : Et à Draguignan… puisqu’on parle de Draguignan ?
Richard Strambio : Il faut augmenter le tri. Les réformes que nous avons engagées ont déjà soulagé un peu les finances, mais elles impliquent aussi un changement d’habitudes. Les gens qui avaient l’habitude de déposer leurs déchets devant chez eux doivent désormais se rendre aux points d’apport volontaire. C’est une évolution des comportements. Et ce qui m’interpelle, c’est que nous sommes capables de faire entrer chez nous beaucoup de choses, mais parfois moins de faire l’effort de nous en débarrasser correctement. C’est aussi pour cela que nous travaillons sur la réfection complète de la déchèterie de Draguignan. Il faut améliorer les quais de transfert, prévoir un espace pour le verre, moderniser l’ensemble. Nous avons construit une déchèterie très moderne à Figanières, ce qui va déjà soulager un peu, mais celle de Draguignan doit impérativement être remise à niveau.
Le Correspondant : Peut-on annoncer aujourd’hui aux Dracénois un projet concret pour cette déchèterie ?
Richard Strambio : Oui, c’est dans les tuyaux. Il y aura la réfection de la déchèterie, parce qu’aujourd’hui c’est parfois très compliqué d’y accéder et d’y déposer ses déchets. Nous travaillons aussi sur la gestion des déchets verts et, à côté, sur la création possible d’une ressourcerie.
Le Correspondant : Avez-vous un calendrier pour ces projets ?
Richard Strambio : Pour la déchèterie, les services sont déjà au travail. Il y aura bientôt les élections municipales, puis l’élection du nouveau président de l’agglomération. On verra ensuite quelles décisions seront prises. Mais en tout cas, j’ai lancé les choses.
Le Correspondant : Je voudrais maintenant vous poser une question plus délicate. Elle concerne les partenaires du projet de pôle de transition environnementale, notamment les sociétés Pizzorno et Paprec. Avant de contractualiser, avez-vous vérifié leur situation judiciaire ou leurs éventuels antécédents ?
Richard Strambio : Pour ma part, j’ai laissé les services travailler sur ces questions. Lors de l’appel d’offres, il n’y a eu qu’une seule réponse. Je m’en étais ouvert à la sous-préfecture à l’époque, et on m’avait répondu qu’il n’y avait pas de problème. Vous savez, moi je fais confiance à mes équipes.
Le Correspondant : Pourtant, certains évoquent plusieurs condamnations judiciaires concernant ces sociétés.
Richard Strambio : Là, je vous avoue que je suis un peu surpris. Si c’est le cas, je ne vois pas comment le contrôle de légalité de l’État n’aurait pas réagi.
» Trois millions, trois millions et demi, peut-être quatre »
Le Correspondant : Dernière question sur ce dossier : le contrat prévoyait-il des clauses de sortie en cas de contentieux ?
Richard Strambio : Le contentieux, on y est. Nous allons voir quelles seront les propositions. Je suis d’accord pour payer ce que nous devons légalement : les frais, les pénalités prévues. Mais je ne paierai pas des sommes disproportionnées. Je défends l’argent public, contre vents et marées.
Le Correspondant : On parle beaucoup du montant des pénalités. Certains évoquent jusqu’à cinq millions d’euros. Peut-on aujourd’hui donner un ordre de grandeur ?
Richard Strambio : Pour l’instant, je n’ai pas de retour définitif. On parle plutôt de trois millions, trois millions et demi, peut-être quatre. Mais cela ne sera pas cinq ou cinq millions et demi. Ce sera nécessairement moins de 4,5 millions.
Le Correspondant : Je voudrais maintenant aborder un autre sujet, celui de l’insécurité à Draguignan. Certains en parlent beaucoup. Selon vous, y a-t-il réellement un problème d’insécurité dans la ville ?
Richard Strambio : Écoutez, l’insécurité à Draguignan… Moi, je me promène dans la ville, et pour l’instant, je n’ai jamais été agressé. Peut-être que ça arrivera un jour, mais nous sommes une ville de 40 000 habitants avec deux quartiers prioritaires. Il y a bien sûr une sensation d’insécurité possible. Certaines personnes agissent de manière perturbante, en partie parce que le système psychiatrique français est malheureusement démantelé : on retrouve des individus en souffrance, sans suivi, qui ne prennent pas leurs traitements.
Pour la grosse délinquance, je n’en connais pas vraiment. Il y a de la petite délinquance, comme partout : des trafics de stupéfiants, par exemple. Peut-être que s’il y avait moins de consommateurs, il y aurait moins de trafic – c’est une réflexion que je me fais. On n’est peut-être pas assez pédagogues sur les ravages des nouvelles drogues : le crack, le THC puissant, la cocaïne (ou « sniffette », comme on disait dans le show-business à une époque). Ça a un impact délétère sur le système nerveux central de notre jeunesse.
« La peur est un facteur très puissant. Il y a un livre remarquable de l’historien Patrick Boucheron qui s’appelle Conjurer la peur. La peur gouverne beaucoup de comportements. »
Le Correspondant :Des agressions existent bel et bien, et vous-même évoquez la consommation de drogue en pleine rue dans le centre-ville. Comment la mairie répond-elle concrètement à ces situations ?
Richard Strambio : Depuis 2014, nous avons donc augmenté les effectifs de la police municipale. Je tiens à ce que les agents soient correctement équipés. Ils ont des motos, des vélos électriques, des patrouilles. Nous sommes aujourd’hui à 41 agents et nous allons continuer à renforcer ce dispositif. Nous travaillons aussi sur les violences intrafamiliales, avec des dispositifs comme Angela et en lien avec le procureur de la République. Nous avons ouvert un poste avancé dans la vieille ville, rue de Trans. Et nous voulons aller plus loin, notamment du côté du quartier des Colettes et du centre commercial. Nous réfléchissons aussi à la restructuration du bâtiment qui accueille la police municipale et à la possibilité d’un nouveau local mieux situé.
Le Correspondant : Donc, remettre la police municipale de nuit, et faire tant d’efforts, ce n’est pas vraiment pour répondre à un problème de délinquance, mais plutôt pour rassurer la population ?
Richard Strambio : Oui, en partie. Il faut un point de contact quand quelque chose ne va pas. La sécurité régalienne relève de l’État, mais nous collaborons étroitement : réunions hebdomadaires avec le commissaire et ses équipes, réseau de vidéosurveillance relié directement au commissariat. La police nationale a été renforcée, la collaboration est bonne. On a eu des départs d’effectifs, ce qui a obligé à restreindre temporairement la police de nuit, mais on avance dans cette direction. Ça rassure beaucoup les citoyens et nous donne une vision réelle de la situation.
Draguignan n’est pas une ville riche. Nous avons les problématiques des villes moyennes comme Brignoles ou Grasse : des populations paupérisées qui refluent de la côte, où se loger est trop cher.
Le Correspondant : Justement, sur la police municipale : pourquoi un poste au début de la route de Trans, puis un autre juste après les élections, dans un local qui semble plus adapté ? Qu’est-ce que ça a vraiment changé ?
Richard Strambio : Le premier local qui existait au début de la rue de Trans n’était pas réellement fonctionnel. Franchement, il ne me convenait pas. Ce n’était pas un espace adapté pour accueillir un poste de police. Vous voyez la différence entre un simple placard et un véritable appartement : c’était un peu ça. Les conditions de travail n’étaient pas satisfaisantes pour les agents et, dans ces conditions, cela ne pouvait pas fonctionner correctement. Le nouveau poste permet au contraire une présence visible dans le cœur de ville. Les habitants de la rue de Trans et des alentours voient désormais nos agents passer, intervenir, être là. Et ça, mine de rien, ça compte. La présence rassure les habitants et crée aussi un contact direct avec la population.
« Nous sommes dans un État de droit et chacun a son rôle. »
Le Correspondant : Mais en matière de trafic ou de petite délinquance, cela change-t-il réellement quelque chose ? On voit parfois des situations compliquées, y compris près du tribunal.
Richard Strambio : Les trafics relèvent avant tout de la police nationale. Nous travaillons en collaboration étroite avec elle, mais je ne peux pas me substituer aux prérogatives du ministre de l’Intérieur ou de la Justice. Nous sommes dans un État de droit et chacun a son rôle. La police municipale intervient surtout sur la tranquillité publique : la présence, la prévention, le contact avec les habitants. Et sur ce point, je pense que l’implantation d’un poste visible dans le centre-ville a un effet positif. Les gens savent qu’ils peuvent s’adresser à quelqu’un.
Le Correspondant : Mais pourquoi avoir supprimé cette police municipale et éteint l’éclairage public dans certains quartiers ?
Richard Strambio : Il y a eu des contraintes budgétaires et des départs d’effectifs – recruter un policier municipal prend six mois de formation. Certaines villes plus riches paient mieux, ce qui complique les recrutements. Mais nous remettons les éclairages (avec des LED maintenant) et nous renforçons la police de nuit dès que possible.
Le Correspondant : Finalement, la vraie question est : est-ce que le fait d’insister sur le thème de l’insécurité pendant cette campagne électorale n’est pas une façon de ne pas laisser le terrain aux autres formations politiques, comme pour braconner sur leur terrain avec la sécurité ?
Richard Strambio : Écoutez, je suis né à Draguignan. Dès les années 1970, on me parlait déjà d’insécurité rue de Trans quand je faisais du sport. C’est un sentiment récurrent. Je refuse d’aller sur le terrain d’un parti politique particulier. Moi, c’est ma ville et mon territoire qui m’intéressent, avec du bon sens. La sécurité, c’est comme un système immunitaire : on ne prend pas d’antibiotiques sans raison. Et en parallèle, il faut des systèmes d’alerte (incendie, inondation, etc.) – nous avons beaucoup avancé là-dessus : nouvelle caserne des pompiers, capteurs sur les rivières, caméras en temps réel, bassins de rétention, travaux …
Le Correspondant : Qu’est-ce qu’on dit aux Dracénois aujourd’hui sur l’insécurité ? Ces Dracénois qui assistent, impuissants, régulièrement, à des bagarres devant des bars du centre..
Richard Stamabio : On a progressé depuis 2014. Certains chiffres circulent, parfois farfelus (on a comparé avec le confinement, par exemple). Mais le commissaire est optimiste : la ville est globalement calme. Le sentiment d’insécurité existe, lié à la peur ou à la panique parfois. Nous avons des caméras, la police de nuit revient, des bornes d’appel près des écoles… La sécurité est l’affaire de tous : signaler, appeler si on voit quelque chose. Il faut aussi de la prévention, des médiateurs de rue dans les quartiers prioritaires.
Sur les bars et les nuisances (bagarres, consommation en public), il faut des plaintes pour agir et aller vers des fermetures administratives si nécessaire. Sans plaintes, c’est limité. La police municipale peut faire des mains courantes ou des signalements, mais les trafics relèvent de la nationale.
« Mais il faut aussi tenir compte de la configuration des rues »
Le Correspondant : Passons maintenant à un autre sujet : les transports. Vous encouragez souvent les Dracénois à marcher.
Richard Strambio : Oui, notamment dans le centre-ville. À pied ou à vélo, c’est souvent la meilleure solution pour les déplacements courts. Quand j’étais jeune, je venais déjà en vélo au centre-ville et il y avait pourtant beaucoup de circulation. Les automobilistes faisaient attention. Nous travaillons aujourd’hui sur certains aménagements pour améliorer les circulations douces. Par exemple une liaison cyclable entre le cinéma CGR, le boulevard Léon-Blum et le cœur de ville. L’idée serait de créer une continuité cohérente pour les vélos. Mais il faut aussi tenir compte de la configuration des rues, qui sont parfois étroites. Installer des pistes cyclables signifie parfois supprimer des places de stationnement, et cela suscite immédiatement des réactions.
Le Correspondant : Tout dépend de la politique qu’on veut mener : plus de vélos, moins de véhicules ?
Richard Strambio : Exactement. C’est pour cela que nous réfléchissons aussi à des parkings de délestage, notamment autour des stades Raoul-Brulat ou Léo-Lagrange, afin de permettre aux automobilistes de laisser leur voiture et de rejoindre le centre-ville à pied ou en navette. Nous avons d’ailleurs mis en place une petite navette gratuite qui circule dans le cœur de ville. Elle dessert notamment la résidence autonomie et permet aux personnes âgées de se rendre au marché. Je me suis inspiré de systèmes similaires qui existent à Aix-en-Provence ou à Avignon. Draguignan reste une ville où beaucoup de déplacements peuvent se faire à pied. Personnellement, lorsque je dois aller au centre-ville, j’y vais souvent ainsi.
Le Correspondant : On a quand même d’autres habitudes ici : on est beaucoup plus voiture que vélo. Entre nous, combien y a-t-il réellement de pistes cyclables aujourd’hui à Draguignan ?
Richard Strambio : Il y a d’abord toute la piste cyclable qui part du secteur du Le Goff, qui passe à côté de l’école des Écureuils sur le boulevard Léon-Blum et qui rejoint le CGR. C’est déjà un axe assez utilisé. Ensuite, il y a l’aménagement sur l’avenue du Pont d’Aups. Et puis, sur certains boulevards, on a mis en place un partage de la chaussée, où l’automobiliste doit laisser la place au vélo. C’est le cas notamment sur le boulevard, sur l’avenue du Col de l’Ange ou encore sur la Vosgienne. Vous savez, ce sont ces voies où l’on matérialise une circulation centrale et où, de part et d’autre, les cyclistes peuvent circuler en sécurité. On avance progressivement, mais ce sont des aménagements qui doivent tenir compte de la configuration des rues.
Le Correspondant : Mais ce qui a été réalisé jusqu’à présent reste surtout en périphérie. La vraie question, c’est : comment les cyclistes arrivent-ils jusqu’au cœur de ville ? Vous dites que les routes sont étroites, mais le boulevard Clemenceau est grand. Pourquoi n’avoir pas mis une piste ?
Richard Strambio : C’est précisément ce que nous sommes en train d’étudier depuis un moment. La difficulté est de créer une continuité vers le centre sans déséquilibrer complètement la circulation ou supprimer trop de stationnement. On regarde notamment les possibilités autour du boulevard Carnot et du boulevard Clemenceau pour permettre un accès plus direct vers le centre-ville. Après, il faut aussi tenir compte de la réalité des rues du centre, qui sont parfois assez étroites. Par exemple, rue de Trans, l’espace est limité. Il faut que les piétons puissent continuer à circuler tranquillement. On ne peut pas non plus créer des situations dangereuses. Et puis il y a maintenant un autre sujet qui complique un peu la donne : les trottinettes électriques. Elles se multiplient et il faut trouver un équilibre entre tous les usages de la rue.
Le Correspondant : Monsieur Strambio, concernant le bus interurbain et la navette en cœur de ville, comment comptez-vous assurer un service efficace et adapté aux besoins des habitants ?
Richard Strambio : Ce que j’ai demandé, c’est qu’on fasse un vrai diagnostic des besoins. Parce que si vous affrétez un bus pour deux personnes, autant utiliser une voiture. Les bus sont grands, anciens, et il faut réfléchir à comment les mettre à disposition pour que ceux qui travaillent ou se déplacent à Flayosc puissent réellement s’en servir. Flayosc, Et réciproquement. Le matin, on voit les voitures partout.
« Aujourd’hui, l’automobile est devenue la continuité naturelle de notre système locomoteur ».
Le Correspondant : D’accord, mais tout le monde n’a pas de voiture. Qu’en est-il des jeunes qui viennent d’avoir leur permis, des étudiants ou des personnes au chômage ?
Richard Strambio : Moi, ce que je demande, c’est de penser à nos jeunes, aux étudiants qui vont à la fac, et au site J-Léopold d’enseignement supérieur. Nous avons enfin voté au conseil d’agglomération une navette qui relie la gare centrale de Draguignan, la gare des Bustes et la fac. C’est un exemple concret de ce qu’on peut mettre en place pour faciliter les déplacements de ceux qui n’ont pas de véhicule.
Le Correspondant : Donc tout cela est encore au stade du diagnostic… après deux mandats. Vous avez justifié ce retard, dans la presse locale, par le manque de budget. Mais la ville a quand même trouvé les fonds pour un musée très coûteux. Comment justifiez-vous cette différence ?
Richard Strambio : Le musée, c’est différent. La ville possède des saisies révolutionnaires estimées entre 15 et 20 millions d’euros. Si nous ne réalisions pas un projet avec des conditions de conservation correctes, tout partait au Louvre. Le bâtiment date de 1750, c’est un palais d’été quasiment dans son jus. Il fallait refaire la bibliothèque au premier étage, les poutres, tout. Nous avons évité un effondrement, notamment là où se trouvait la médiathèque des enfants. Aujourd’hui, le bâtiment est sécurisé et valorisé, et la tapisserie retrouvée miraculeusement est bien protégée grâce au travail de M. Régis Fabre et de M. Péroni. Le projet culturel a aussi permis de créer une dynamique pour les commerces et les restaurants du centre-ville.
Le Correspondant : Donc, concrètement, ces choix sont faits pour protéger le patrimoine et générer de l’activité économique ?
Richard Strambio : Exactement. Plus l’on investit dans la culture, plus cela rapporte indirectement à l’économie locale. Le projet urbain global, avant d’être Action Cœur de Ville, nécessitait un projet culturel pour obtenir le label. Grâce à ces subventions du département, de la région, de la DRAC et de l’État, nous avons pu rénover les rues piétonnes, le boulevard et la place du marché.
Le Correspondant : Pourquoi ne pas avoir utiliser ces fonds pour des projets prioritaires : le logement, par exemple ? Plus de 3 000 demandeurs de logement en Dracénie, plus de 50 % qui veulent un logement à Draguignan, plus de 60 % de retraités parmi eux, et en face, seulement 750 à 800 logements sociaux attribués par an. Où en êtes-vous dans la lutte contre cette pénurie et contre l’insalubrité ?
Richard Strambio : Nous avons rénové et nous avons construit. La problématique du logement à Draguignan vient aussi du refus de certaines populations venues d’ailleurs – souvent de la côte – qui n’ont pas les moyens de se loger ici et trouvent plus facilement ailleurs. Nous ne sommes pas les seuls acteurs sur le logement social ou abordable. Il faut absolument revoir le PLU pour favoriser le cœur de ville et le réhabiliter de façon décente.
Pour moi, le logement est une question de santé publique : les mal-logés développent des pathologies allergiques, des problèmes de punaises de lit, des troubles psychologiques. Il y a aussi ces populations invisibles – je n’ai aucune animosité envers elles, c’est le rôle des services compétents. C’est un vrai problème sociétal qu’il faut affronter.
« Je n’ai pas les chiffres «
Le Correspondant : Mais concrètement, avez-vous des chiffres précis sur les logements rénovés ou construits récemment ? Parce que la demande est écrasante…
Richard Strambio : Je n’ai pas les chiffres exacts en tête, il faut demander à Michel Ponte. C’est la SAIEM, le bras armé de la mairie, une Société Publique Locale. Nous avons inauguré des bâtiments pendant nos mandats. Malgré la période COVID, des logements ont été refaits. L’immeuble incendié en 2019 est en travaux, nous allons réhabiliter tous les logements impactés. Nous avons aussi inauguré avec l’armée un bâtiment au parc Chabran, destiné à l’habitation pour les militaires. Il y a eu plusieurs réalisations concrètes. La réhabilitation coûte souvent le double du neuf.
Le Correspondant : Le PLU actuel répond-il vraiment à cette réalité démographique explosive ?
Richard Strambio : Nous l’avons refait en 2017 car il datait de 1987. Il va falloir le réactiver et le réviser pour prioriser le cœur de ville. On m’accuse de bétoniser, mais moi je veux loger des gens. Le PLU est une compétence communale. La contradiction, c’est que les propriétaires qui vendent pour permettre un collectif vous en veulent ensuite.
Le Correspondant : Justement, on vous reproche souvent de bétoniser à l’excès, de laisser les promoteurs faire leur beurre au détriment du patrimoine et des petits propriétaires…
Richard Strambio : C’est injuste. Je veux simplement loger les gens. Le neuf doit être raisonné : pas dans les quartiers déjà saturés en eau, réseaux, circulation ou parkings. Le cœur de ville est une priorité majeure. Le nombre de logements à réhabiliter dépasse largement les besoins actuels. Il ne faut pas spolier les petits propriétaires honnêtes qui peinent à entretenir leur bien – le permis de louer vise les indélicats. Nous sommes à 18 % de logements sociaux ; normalement c’est 19 %, pour l’instant nous évitons les sanctions les plus lourdes. Donc nous continuerons à construire du neuf, car la demande est forte.
Le Correspondant : Quels sont vos exemples concrets en matière de rénovation et réhabilitation ?
Richard Strambio : Il y a des logements dits « pseudo-vacants » qui sont en réalité occupés par des populations invisibles, exploitées par des gens sans scrupules qui profitent de la misère humaine. Une nouvelle substitut du procureur nous aide sur ce dossier. Nous réalisons actuellement des diagnostics. Toute la zone RHI derrière la Place aux Herbes et la montée de la Roque est en cours avec la SAIEM. Vous avez vu les maisons de la rue de l’Observance côté gauche : il faut tout reprendre là. Si ce n’était que cela, ce serait déjà un plan sur plusieurs années.
Le Correspondant : Avez-vous des chiffres précis sur ces réhabilitations ? Combien de logements ont vraiment été remis sur le marché ?
Richard Strambio : Non, je n’ai pas les chiffres.
Le Correspondant : Et sur les marchands de sommeil, combien d’affaires ont été judiciarisées ces dernières années ?
Richard Strambio : Il y en a eu plusieurs. Nous en avons perdu certaines en appel à Aix. Souvent, c’est la même personne derrière plusieurs SCI très camouflées. Cela ralentit nos projets. Avoir du logement indigne présenté comme vacant me contrarie, car nous avons besoin de ces logements. Et quand ce n’est pas vacant mais occupé dans le cadre d’un trafic d’êtres humains ou d’exploitation de la misère, c’est pénalement inacceptable.
« Moi, je saisirais l’immeuble – même si cela ne fait pas que des amis. »
Nous pouvons aider les petits propriétaires honnêtes en contractualisant avec la SAIEM pour rénover sans qu’ils perdent leur bien. L’aide à la pierre votée par la DPVA donne de très bons résultats. Mais pour les voyous, la saisie réduit déjà leurs investissements.
Le Correspondant : Certains estiment que les marchands de sommeil servent d’« homme de paille » pour justifier les retards dans les projets de réhabilitation et de relogement. Qu’en pensez-vous ?
Richard Strambio : Dès 2017, j’avais proposé – et demandé à Paris – une commission réunissant l’ARS (Agence Régionale de Santé), le procureur et les polices pour identifier, sur signalement, les carences en bien-être des habitants et savoir qui occupe ces logements. On m’a répondu que la propriété privée est un droit sacré. J’ai été contrarié : nous ne voulons pas embêter les propriétaires honnêtes qui peinent à entretenir leur bien. Nous voulons nous entraider, mais éradiquer les marchands de sommeil et les loueurs indélicats qui sont tout-puissants.
Le Correspondant : Très bien. Passons à un autre sujet : les Dracénois attendent une piscine fonctionnelle depuis longtemps. Y aura-t-il du nouveau sur ces sujets ?
Richard Strambio : Pour la piscine, ça dépend des budgets, mais je pense qu’ils seront bons, grâce aux réformes post-crise des déchets. La piscine Jean-Boiteux, dans le quartier Est, doit recevoir un nouveau bassin et être réhabilitée. Et bien sûr, celle de Jany, où j’ai appris à nager. C’est une nécessité absolue pour l’apprentissage de la natation à Draguignan, la ville-centre. Sans bassin dédié à la nage et sans rénovation de Jany, on ne peut pas avancer. Le projet pour Boiteux est sorti, l’étude continue pour Jany. C’est plus que nécessaire. J’ai eu des échanges importants avec M. Pianetti, responsable des sports à l’agglomèreration, et il confirme : il faut une piscine à Draguignan. Ça représente 15 à 20 millions d’euros, c’est bien ça ? Et je pense qu’on les trouvera.
Le Correspondant : Nous allons maintenant aborder la dernière partie de cet entretien avant de vous laisser la parole pour vous exprimer sur le sujet qui vous tient le plus à cœur. Nous allons parler du centre-ville. Que dire aux commerçants de Draguignan ? Les fermetures de rideaux s’accumulent. Comment redynamiser le centre-ville, qui reste perçu comme une ville-dortoir ?
Richard Strambio : Il y a eu deux événements graves : le transfert de la préfecture en 1974, une aberration politique qui a paupérisé la ville, et le désastre du 15 juin [inondations de 2010]. La ville-dortoir s’atténue : le matin, beaucoup arrivent pour travailler. Draguignan est une ville moyenne équilibrée.
« C’est à eux de prendre leur destin ; nous apportons appui logistique et subventions. Si on a des gens dynamiques, on ne demande pas mieux ».
Le Correspondant : Les commerçants pointent surtout les loyers trop élevés et le manque d’animations toute l’année – à part les trois fêtes récurrentes. Que comptez-vous faire de concret ?
Richard Strambio : Il nous faut un pôle à l’écoute des commerçants, car les associations passées dysfonctionnaient. Quelqu’un reprend la présidence. Nous sommes là pour les animations : apéros-concerts, festivals. Nous avons déjà refait la place du marché et les rues piétonnes (certaines depuis 1972, mais remises à niveau récemment). Ensuite, le contrat de revitalisation artisanale et commerciale permet de baisser les loyers prohibitifs quand c’est possible. La concurrence en ligne est terrifiante : les gens essaient en magasin et commandent 20-30 % moins cher en ligne.
Le Correspondant : La concurrence en ligne est un phénomène national, voire international. Que comptez-vous faire concrètement pour y remédier ?
Richard Strambio : Pour ce prochain mandat, l’office de commerce : les commerçants me disent « Monsieur le Maire, on a besoin de vous pour des antiquaires de qualité, telle manifestation sur la place du marché ou le boulevard . C’est à eux de prendre leur destin ; nous apportons appui logistique et subventions. Si on a des gens dynamiques, on ne demande pas mieux. Pendant la Fête du Dragon, organisons des choses pour attirer du monde au centre-ville : visiter le musée, brocante, resto, tour de l’horloge… J’en serais ravi.
Le Correspondant : Donc on coordonne tout ?
Richard Strambio : Vous avez prononcé le mot qui me plaît. Tout le monde parlait de façon de faire, il n’y avait pas de cohérence. Il faut une dynamique. Et maintenant qu’on a les espaces – place du marché refaite, rues piétonnes, boulevard –, il ne faut pas d’hégémonie sur un seul axe. C’est un circuit commercial démocratique, porté par les bonnes volontés.
Le Correspondant : Comme annoncé ci-haut, nous demandons à l’ensemble des candidats de s’exprimer sur leur sujet, leur projet favori pour clore cet entretien. Vous ne serez pas interrompu. Voici votre mot de la fin sur ce qui vous tient le plus à cœur pour l’avenir de Draguignan…
Richard Strambio : Les urgences n’ont jamais été fermées. Ce sont les urgences non vitales la nuit qui ont posé problème. Les urgentistes ont été en grande difficulté à cause de départs vers Fréjus-Saint-Raphaël. Quand on manque d’effectifs, c’est compliqué. Je me suis beaucoup énervé à Marseille lors d’une réunion où un urgentiste venu de Paris m’a dit qu’à Draguignan, on n’avait pas besoin d’hôpital de proximité. L’hôpital de la Dracénie couvre jusqu’au Verdon l’été ! Transférer tout sur Fréjus-Saint-Raphaël nécessiterait 5 à 10 hélicoptères pour les vraies urgences.
Grâce au conseil des médecins – le président de la CME Jean-Marc Minguet, la directrice d’alors, Mme Chassain –, nous avons mis en place une collaboration avec les urgentistes de Sainte-Anne et de Fréjus-Saint-Raphaël pour équilibrer les flux. Les pompiers ne peuvent pas tout transporter là-bas. Nous avons impliqué la médecine de ville via la CPTS, recruté des urgentistes.
« Nous appuyons l’hôpital pour en faire un centre de dialyse »
Ça a demandé du travail, mais nous avons agi. Je ne suis pas l’ARS, mais j’y suis allé souvent – départementale et régionale, où je siège – pour rappeler que nous existons. Je remercie tous les urgentistes impliqués, la médecine de ville souvent oubliée, et la clinique (même si son fonctionnement nocturne est différent). Aujourd’hui, tout est équilibré : les urgentistes sont recrutés et présents à Draguignan. Au conseil de surveillance, je fais le point régulièrement avec M. Voilmy sur les urgences.
Nous appuyons l’hôpital pour en faire un centre de dialyse. C’est important : une partie de notre population va en avoir besoin dans les années à venir. Draguignan a été choisie pour la qualité de son hôpital et la demande locale. Ça favorise aussi l’implantation de médecins. Il y a un projet privé en bonne voie pour une médecine 7 jours sur 7.
Au niveau de la DPVA, j’ai insisté pour ouvrir des zones de santé prioritaires comme à Vidauban. J’ai veillé à créer des antennes de la maison de santé dans les village environnants (Vidauban, Bargemon, Camps, Sillans…) et favorisé l’arrivée de médecins à La Motte, Flayosc, etc. J’en suis fier : ça permet la prévention dans la grande périphérie. Plus on détecte tôt, moins il y a d’allers-retours vers les centres d’oncologie comme Paoli-Calmettes ou Nice. La meilleure médecine, c’est la prévention. La région et l’ARS (Agence Régionale de Santé) ont aidé : bonnes subventions régionales et autorisation pour un nouvel IRM à l’hôpital, inauguré l’année dernière. Avant, c’était seulement au scanner et à la clinique, avec des locaux insuffisants en zone inondable.
Le Correspondant : Je vous remercie beaucoup pour cet entretien.






