Le Correspondant : Nous allons commencer cet entretien en reprenant ce que vous disiez dans la presse locale : pour renforcer la sécurité en ville, il faut renforcer la présence humaine. Qu’entendez-vous exactement par là ?
Christophe Terras : La ville est déjà correctement dotée en policiers municipaux. Nous ne sommes pas favorables à une augmentation massive de leur nombre, car cela représenterait un coût très élevé que les finances actuelles ne permettent pas. Si on pouvait doubler les effectifs, ce serait idéal, mais ce n’est pas réaliste. Pour nous, la présence humaine, c’est d’abord plus de travailleurs sociaux dans les rues du centre-ville et des quartiers, plus d’animateurs jeunesse – les jeunes eux-mêmes disent se sentir abandonnés –, et aussi des professionnels de la santé pour répondre aux problématiques d’addictions (drogue, alcool) et de troubles psychologiques très présents.
Le Correspondant : Donc, vous privilégiez plutôt la prévention à la répression. Est ce que cela va suffire ?
Christophe Terras : Quand les habitants se plaignent d’« insécurité » à Draguignan, ils ne parlent pas de délinquance ordinaire. Ils se plaignent en réalité de la présence des SDF, du comportement de certains individus qui leur font peur, mais qui ne vont pas les agresser. Ils parlent des comportements déviants, de la mendicité agressive, des addictions – des problèmes que la police ne résout pas seule. Lors du débat télévisé, France 3 avait fait un micro-trottoir sur l’insécurité : sur trois personnes, deux parlaient des clochards et de la circulation, une seule de sécurité au sens classique. Et face à ce type de problèmes, il faut accompagner, soigner, prévenir. Et certainement pas réprimer.
« Les statistiques du ministère de l’Intérieur le montrent clairement. »
Le Correspondant : Par conséquent, vous dites donc qu’il n’y a pas de violence en ville ?
Christophe Terras : Non, pas du tout. Les statistiques du ministère de l’Intérieur le montrent clairement. Si on regarde sur les années 2015, 2016, 2017 et après, la tendance est stable, voire à la baisse sur pas mal de faits. Violence, cambriolage, trafic… tous les indicateurs principaux sont stabilisés. Certains ont un peu augmenté selon les années, mais quand on lisse sur la longue période, il n’y a pas d’évolution sensible à la hausse ; c’est plutôt une régression. Et Draguignan est plutôt bien classé.
Le Correspondant : Conséquences : vous allez recruter des travailleurs sociaux. Combien de personnes ? Quel rôle précis ? Avez-vous un chiffrage ?
Christophe Terras : Non, pas encore de chiffre précis, parce qu’il faut d’abord reprendre tout le dossier. Il y a des problèmes avec l’AVF, il faut renégocier avec eux et avec les bailleurs sociaux. Les bailleurs ne mettent pas assez de moyens : animateurs, agents de tranquillité… Donner un chiffre aujourd’hui ne serait pas sérieux. On va mouiller tous les acteurs sociaux. Ça va avoir un coût sur la ville, mais beaucoup moins que doubler le nombre de policiers. La ville portera probablement 2-3 personnes, pas plus. I
Le Correspondant : Comment imaginez vous, dans cette configuration, le rôle de la police municipale et de la police nationale ?
Christophe Terras : La coordination existe déjà entre les deux entités, mais chacun dans son rôle. La police nationale fait les descentes au Quartier des Collines par rapport au problème de la drogue ; la municipale ne peut pas intervenir directement là-dedans. Par contre, par ses rondes, elle repère des choses qui ne seraient pas normales – tags sur des véhicules de la ville, signaux inquiétants – et cela permet d’alerter. Les travailleurs sociaux seront là pour prévenir et accompagner. C’est une collaboration nécessaire, mais chacun reste dans ses missions.
Le Correspondant : Dans ce cadre, allez-vous quand même renforcer les patrouilles nocturnes de la police municipale, notamment aux endroits où il y a des bagarres et du trafic ?
Christophe Terras : On ne remet pas en cause la nécessité de leur présence. Une réorganisation est peut-être possible. Mais il faut pouvoir recruter des agents qui accepteront le travail de nuit. Il paraît que la ville a un mal fou à en trouver et, cerise sur le gâteau, il y aurait même eu des démissions dans les rangs de la municipales.
« Le sentiment d’insécurité est plus fort dans le discours politique »
Le Correspondant : hormis le recrutement de deux ou trois travailleurs sociaux, avez vous d’autres projet qui permettront de sécuriser la ville ?
Christophe Terras : Quand on discute avec les commerçants du centre-ville ou les habitants, il y a quelque chose dont on parle peu : l’éclairage urbain qui s’arrête à 23 h dans certaines rues. Officiellement pour la biodiversité, mais en réalité pour des raisons économiques. Ça crée une vraie peur, surtout pour les femmes qui rentrent tard du théâtre. Une épouse que je connais ne rentre plus à pied parce que sa rue est sombre. Nous voulons revenir là-dessus : maintenir l’éclairage plus tard au moins les soirs d’événements, le week-end. Des applications existent pour allumer à la demande, avec détecteurs de présence. Les personnes qui se sentent vraiment en insécurité, ce sont souvent les jeunes femmes. C’est sur elles que nous voulons intervenir en priorité, et l’éclairage en fait partie.
Le Correspondant : Parlez-nous un peu plus de cette application…
Christophe Terras : C’est une application qui permettrait aux habitants d’allumer ou d’éteindre eux-mêmes leur lampadaire, ou du moins de gérer l’éclairage public de manière très localisée. Ce type de dispositif existe déjà dans certaines communes en France, notamment avec des systèmes d’éclairage public à la demande (comme l’application “J’allume ma rue” dans certaines villes). Mais au-delà de l’outil technique, ce qui nous intéresse surtout, c’est le principe de participation.
Notre programme est résolument participatif. On veut associer au maximum les habitants aux décisions, surtout quand elles touchent au budget et à la fiscalité. Concrètement, il n’y aura aucune augmentation d’impôts décidée sans un vrai débat public et sans que les habitants aient leur mot à dire. On parle bien d’habitants, pas seulement de “citoyens” au sens restreint : tout le monde qui vit ici est concerné.
Le Correspondant : Les initiatives sont louables. Mais comment comptez-vous financer toutes ces mesures ?
Christophe Terras : Bien sûr, il faudra regarder le coût. Mais on est clairement dans le registre de l’investissement, pas du fonctionnement courant. Et sur l’investissement, la ville dispose encore de marges de manœuvre. On ne critique pas forcément ce qui a été réalisé par les équipes précédentes (M. Strambio ou M. Guillaume), mais la réalité, c’est que ces marges existent. Une application pour permettre aux gens d’allumer ou d’éteindre l’éclairage selon leurs besoins, ça représente un investissement initial.
Mais ensuite, les coûts de fonctionnement restent très limités. Surtout si ça permet de maintenir – voire d’étendre – l’extinction nocturne de l’éclairage public, ce qui génère des économies d’énergie importantes et réduit la pollution lumineuse. Et surtout, ça permettrait d’éviter les inégalités entre quartiers : pourquoi certains secteurs resteraient éclairés toute la nuit alors que d’autres seraient plongés dans le noir ? Notre objectif, c’est que toute la ville soit traitée de façon équitable et cohérente, avec les habitants associés aux choix. On discute du montant exact, on évalue les impacts, mais on est convaincus que c’est une piste à la fois moderne, économique et vraiment participative.
« On parle de 10 à 15 ans pour changer vraiment les choses »
Le Correspondant : Sur quelle période verra-t-on des résultats ?
Christophe Terras : C’est un travail de très longue haleine. Les animateurs dans les quartiers, les travailleurs sociaux, la prévention du trafic : on parle de 10-15 ans pour changer vraiment les choses. Il faut commencer tôt avec les 7-10 ans. À Marseille, le trafic est structuré ; à Draguignan, il ne l’est pas encore, mais c’est un territoire attractif pour les réseaux. Il faut empêcher que ça s’installe.
J’ai rencontré Arnaud Kessassi : ses thèses sur la prévention par le social et la culture sont très intéressantes. Ce ne sont pas ceux qui crient « plus de policiers » qui sont menacés de mort ; ce sont les familles qui voient leurs enfants disparaître. Nous voulons développer la culture urbaine dans les quartiers : slam, hip-hop, graffiti, rap. Créer des lieux de vie autogérés mais encadrés, rouvrir des espaces abandonnés comme à Saint-Hermentaire. Les jeunes des quartiers ne vont pas au théâtre ni au musée, pourtant gratuit. Il y a tout un travail à faire pour les attirer et couper petit à petit les filières.
Le Correspondant : Et la vidéo-surveillance, on en fait quoi ? On garde ce qui existe, on supprime ? Car si l’on se base sur une interview que vous avez donnée à la presse locale, vous dites qu’elle n’est pas efficace.
Christophe Terras : Grenoble a mené une étude dans l’ensemble de son agglomération. C’est la plus connue. Elle conclut que seul 1,13 % des enquêtes totales ont bénéficié d’une aide des enregistrements vidéo. À Nice, M. Estrosi avance 60 % de résolution, ce qui ne correspond pas à la réalité.
Le Correspondant : L’étude grenobloise (commandée par le Centre de recherche de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale, publiée en 2021) confirme effectivement qu’une seule enquête est élucidée sur 20 grâce à la vidéo. Mais aucune autre étude n’est venue étayer l’inefficacité de la vidéosurveillance… comment pouvez-vous décider de ne pas étendre le dispositif, au risque de passer à côté d’élucidations potentielles ? Par exemple, l’étude grenobloise montre quand même des taux un peu plus élevés sur les vols liés aux véhicules (autour de 7-11 % d’indices dans certains cas) ou les cambriolages.
Christophe Terras : Je suis persuadé que c’est dissuasif dans certains cas. Mais les chiffres globaux restent trop faibles pour influencer vraiment le taux d’élucidation sur un territoire. Si c’était vraiment efficace à grande échelle, on en mettrait plus. Mais avec un budget limité, on préfère investir dans d’autres priorités : présence humaine, social, animation. Et puis il y a la question des libertés individuelles : on voit en Chine ce que donne la vidéosurveillance de masse avec reconnaissance faciale. Ça peut dériver très vite. Pour nous, la sécurité est la première des libertés, mais pas au prix d’un Big Brother permanent.
« On assume nos idées, on est clairement marqué idéologiquement »
Le Correspondant : C’est aussi une question d’idéologie donc…
Christophe Terras : On assume nos idées. On est clairement marqués idéologiquement, on n’a pas honte de nos valeurs. La liberté individuelle compte énormément pour nous.
Le Correspondant : On passe maintenant à l’’écologie et à la réduction des déchets. Concrètement, que proposez-vous ?
Christophe Terras : Notre priorité est simple : produire moins de déchets. Aujourd’hui, les ordures ménagères résiduelles – ce qu’on appelle les OMR – représentent environ 32 000 tonnes par an. Or, on estime que près de 70 % de ce qui se trouve dans ces poubelles n’y a pas sa place. Cela signifie que la majorité de ces déchets pourrait être triée, recyclée ou compostée. Si nous améliorons réellement le tri, cela permettra non seulement de réduire l’impact environnemental, mais aussi de faire des économies importantes pour la collectivité.
Le Correspondant : Quels types de déchets devraient être mieux triés aujourd’hui ?
Christophe Terras : Il y a d’abord les emballages, qui doivent être triés systématiquement. Mais il y a aussi tout ce qui peut être réparé ou réutilisé. Et surtout, il y a les déchets organiques, les biodéchets. Or la loi impose désormais aux collectivités de proposer une solution pour ces déchets alimentaires. Aujourd’hui, dans de nombreux quartiers, cette solution n’existe tout simplement pas. C’est un retard qu’il faut rattraper.
Le Correspondant : Quelles solutions proposez-vous pour les biodéchets, notamment en centre-ville ou dans les immeubles sans jardin ?
Christophe Terras : Nous proposons d’installer des points de collecte de biodéchets dans toute la ville. Des bacs accessibles où les habitants pourraient venir déposer leurs déchets alimentaires. Ce système existe déjà dans de nombreuses villes. Par exemple, à Annecy ou à Lyon, on trouve ces bacs un peu partout. L’objectif est ensuite de récupérer ces déchets pour les transformer en compost.
Le Correspondant : Vous évoquez également un retour partiel de la collecte à domicile. Pourquoi ?
Christophe Terras : Parce que la suppression de la collecte à domicile a créé beaucoup d’incompréhension. Dans certains quartiers, le camion passe encore, dans d’autres non. Résultat : certains habitants ont arrêté de trier, estimant que l’effort demandé était injuste. Quand les gens doivent prendre leur voiture pour aller jeter leurs déchets, cela décourage. Nous pensons donc qu’il faut réintroduire une collecte régulière pour certains déchets, notamment les emballages.
Le Correspondant : Cela ne risque-t-il pas d’augmenter les coûts ?
« Nos politiques sont largement financées par l’ADEME, notamment grâce aux taxes sur l’enfouissement des déchets »
Christophe Terras : Pas forcément. Si l’on collecte les emballages une fois par semaine, cela peut encourager le tri et réduire fortement le volume des ordures ménagères résiduelles. Moins d’OMR signifie moins de transport et moins de traitement, donc des économies. Le tri peut aussi simplifier la vie des habitants.
Le Correspondant : Comment comptez-vous inciter les habitants à mieux trier ?
Christophe Terras : Il faut relancer une vraie politique de sensibilisation. Nous proposons de réembaucher des ambassadeurs du tri, qui iraient directement à la rencontre des habitants pour expliquer les bons gestes. Ces politiques sont largement financées par l’ADEME, notamment grâce aux taxes sur l’enfouissement des déchets. Il existe donc des aides importantes pour les collectivités qui innovent dans ce domaine.
Le Correspondant : Mais dans les faits, on demande de plus en plus de gestes aux habitants : trier les emballages, déposer les biodéchets, aller aux points de collecte… Certains diront qu’on fait reposer la politique des déchets sur les citoyens, y compris sur les personnes âgées. Est-ce vraiment réaliste ?
Christophe Terras : Dans les quartiers pavillonnaires, beaucoup de personnes compostent déjà dans leur jardin. Sur les hauteurs par exemple, les habitants ont souvent un jardin et ils le font déjà, et ils le font très bien. Mais il faut aussi accompagner les gens et proposer des services pratiques.
Le Correspondant : Justement, dans certains quartiers en hauteur ou dans les rues étroites du centre ancien, la collecte peut être compliquée pour les camions. Comment comptez-vous gérer cette contrainte ?
Christophe Terras : Il faudra adapter les solutions. Dans certaines villes, on utilise des véhicules plus petits pour accéder aux rues étroites. On peut aussi mettre en place des points de regroupement à proximité. L’idée est d’avoir une organisation adaptée quartier par quartier.
Le Correspondant : Vous évoquez aussi un service pour les déchets verts. De quoi s’agit-il ?
Christophe Terras : Aujourd’hui, la déchetterie est saturée par les déchets verts. Nous proposons de mettre en place un service de broyage à domicile. Le principe est simple : on vient broyer les branches et les végétaux directement chez les habitants, et ils récupèrent le broyat pour leur jardin. C’est plus pratique pour eux et cela évite de surcharger la déchetterie.
Le Correspondant : En combien de temps peut-on espérer voir des résultats sur la réduction des déchets ?
Christophe Terras : Certaines mesures peuvent produire des effets assez rapidement. Par exemple, les ambassadeurs du tri ou la collecte des biodéchets ont montré leur efficacité dans d’autres villes. Bien sûr, l’objectif du zéro déchet est un objectif de long terme. Mais on peut déjà réduire significativement les volumes en quelques années.
Le Correspondant : Vous évoquez aussi une mesure plus originale : les couches lavables. La mesure peut surprendre. Aujourd’hui, beaucoup de gens ne prennent déjà plus le temps de faire réparer un appareil électroménager ou une voiture. Dans une société très tournée vers le jetable, parler de couches lavables, n’est-ce pas un peu utopique à court terme ?
Christophe Terras : Les couches jetables représentent une part importante des déchets. Un bébé en utilise énormément, et c’est aussi un coût élevé pour les familles. Nous proposons de créer un service communal de distribution et de collecte de couches lavables. La collectivité pourrait les fournir, les récupérer et les laver. Il existe des freins psychologiques, c’est vrai. Mais dans les villes où cela a été mis en place, les résultats sont encourageants. Il faut surtout montrer que cela permet des économies pour les familles et pour la collectivité, car chaque tonne de déchets traitée coûte cher.
« Il faut donc faire un vrai travail de pédagogie pour que chacun comprenne sa part de responsabilité »
Le Correspondant : Vous vous inspirez d’exemples d’autres villes ?
Christophe Terras : Oui, bien sûr. Annecy est par exemple très avancée sur ces questions. Beaucoup de villes développent déjà les biodéchets, les couches lavables ou le broyage à domicile. Aujourd’hui, notre territoire est en retard. La loi qui limite la mise en décharge existe depuis plus de vingt ans. Il est temps d’agir.
Le Correspondant : Au fond, votre objectif est aussi de changer le rapport des habitants aux déchets ? Au risque d’encombrer leur quotidien…
Christophe Terras : Pendant longtemps, les déchets ont été perçus comme quelque chose qui disparaissait une fois la poubelle déposée. Mais en réalité, leur traitement a un coût écologique et financier très important. Il faut donc faire un vrai travail de pédagogie pour que chacun comprenne sa part de responsabilité.
Le Correspondant : Parlons du logement. Que proposez-vous concrètement pour répondre à la crise que connaît Draguignan ?
Christophe Terras : Déjà, il faut atteindre les objectifs de la loi SRU. Draguignan n’est pas un mauvais élève si on compare avec d’autres communes du Var, mais on n’y est pas encore. On manque encore de logements sociaux, et la ville paie des pénalités. 60 000 euros en 2024, un peu plus les années précédentes, soit plusieurs centaines de milliers d’euros. Sur un mandat, cela peut représenter plus d’un million, voire deux millions d’euros. C’est de l’argent perdu simplement parce qu’on ne respecte pas les objectifs de la loi. Mais la situation est quand même en amélioration. Pour nous, il faut atteindre au minimum ces objectifs, et surtout travailler sur la réhabilitation du parc existant.
Le Correspondant : Pourquoi cette priorité à la réhabilitation ?
Christophe Terras : Parce que le foncier devient rare. Les espaces où l’on peut construire ne sont plus très nombreux. Et dans certains quartiers, des habitants ont l’impression que la ville est livrée aux promoteurs qui viennent construire et faire leur beurre. Par exemple, dans les quartiers pavillonnaires, il y a plusieurs programmes qui ont été lancés ou qui vont l’être, comme route de Montferrat. Dans ces programmes, le logement social n’est pas majoritaire. Les promoteurs en font parce qu’ils y sont obligés par la loi, mais c’est souvent du logement intermédiaire, rarement du logement très social.
Le Correspondant : Mais ces opérations permettent quand même de construire des logements supplémentaires. Pourquoi vouloir les freiner ?
Christophe Terras : Parce qu’en réalité cela ne répond pas forcément au problème des Dracénois. Les logements qui sont construits sont souvent occupés par des gens qui viennent de l’extérieur. Sur la côte, les prix sont devenus très élevés. Draguignan devient donc une solution pour ces gens-là. Mais cela ne règle pas forcément la question du logement pour les habitants de la ville. Aujourd’hui, la ville arrive aussi à un seuil : il y a des questions d’eau, de circulation, d’artificialisation des sols. On ne peut pas continuer à agrandir la ville indéfiniment.
Le Correspondant : Vous évoquez aussi des dégradations dans certains immeubles. Mais ces situations d’insalubrité concernent surtout le parc ancien. De leur côté, les promoteurs construisent du neuf et ne sont pas concernés par ces problèmes.
Christophe Terras : Oui, bien sûr. Les promoteurs construisent du neuf, donc on n’est pas sur les mêmes problématiques. Mais la question que je pose, c’est celle de l’équilibre. On a aujourd’hui un parc existant qui se dégrade dans certains quartiers, et c’est aussi là-dessus qu’il faut agir.
Le Correspondant : Justement, combien de personnes attendent aujourd’hui un logement à Draguignan ?
Christophe Terras : Je ne connais pas les chiffres exacts… je les avais eus, mais je les ai oubliés.
Le Correspondant : Les demandes se situent autour de 3 000 par an dans l’agglomération, dont environ la moitié vise Draguignan.
Christophe Terras : Voilà. Et même si on atteint les objectifs de la loi SRU, cela ne suffira pas à répondre à cette demande. Les 25 %, c’est le minimum légal. Mais la réalité, c’est qu’il y a beaucoup de Dracénois qui ont des difficultés à se loger. Et il ne faut pas oublier non plus ceux qui vivent déjà dans le parc social.
« Nous pensons la ville sur le long terme »
Le Correspondant : Pourquoi ?
Christophe Terras : Parce que le parc social est parfois très dégradé. On l’a vu en allant faire du porte-à-porte : des VMC en panne depuis longtemps, de la moisissure sur les murs… Dans certains cas, les logements sont dans un état qui pose de vraies questions. C’est pourquoi il faut réhabiliter les logements existants. Et si certains immeubles sont trop dégradés, il faudra peut-être envisager de les démolir pour recréer des espaces plus agréables et améliorer la qualité de vie dans le centre-ville. Nous pensons la ville sur le long terme.
Le Correspondant : Vous avez évalué le coût d’une telle politique de réhabilitation ?
Christophe Terras : Non, pas précisément. On s’est renseigné auprès de professionnels du bâtiment qui nous ont dit que cela pouvait coûter plus cher que de construire du neuf. Mais il existe des aides pour le logement social : les prêts bonifiés de la Caisse des dépôts, les subventions de l’État, de la région…
Le Correspondant : Mais la collectivité doit généralement participer à hauteur d’environ 30 %, soit plusieurs millions d’euros par opération.
Le Correspondant : Passons aux transports maintenant. Pas de pistes cyclables, des bus qui s’arrêtent tôt, des citoyens qui sont obligés de prendre leur voiture quand ils en ont. Que ferez-vous concrètement pour améliorer les déplacements à Draguignan ?
Christophe Terras : D’abord, il faut rappeler que les transports relève de la compétence de la DPVa et pas de la ville. Malheureusement, la DPVa n’a pas rempli sa mission. Regardez le centre-ville : il n’y a quasiment pas de pistes cyclables à Draguignan, alors même que loi impose d’en prévoir lors de toute rénovation de rue, mais on rénove toutes les rues sans en faire. Regardez la rue qui mène à Notre-Dame-du-Peuple, récemment refaite : aucune piste. C’est un scandale. Avec nous, chaque rue réhabilitée aura obligatoirement une piste cyclable.
Le Correspondant : Où allez-vous construire ces pistes cyclables ? Partout dans la ville ?
Christophe Terras : oui, partout où c’est possible, mais surtout à chaque fois qu’on rénove une rue. On installera des pistes là où il n’y en a pas. On va rénover plusieurs rues chaque année et on intégrera systématiquement les pistes.
Le Correspondant : Donnez-nous un exemple concret. Un plan, un tracé…
Christophe Terras : On n’a pas encore de tracé définitif rue par rue, c’est vrai. Mais la règle sera simple : à chaque réhabilitation de rue, on en intègre une. On pourra prendre de la place sur le trottoir, passer en sens unique sur certaines portions, ou réduire les voies voitures. C’est progressif, on avance année après année avec les rénovations programmées.
Le Correspondant : Sait-on combien coûte une piste cyclable ? Avez-vous un chiffre précis ?
Christophe Terras : Quand on rénove déjà la rue, c’est intégré dans l’enveloppe globale, donc ça ne coûte pas beaucoup plus. Sans subvention, on est autour de 200 000 euros, mais avec les aides de l’État et des régions, c’est nettement moins. Les parkings à vélos et les pistes cyclables bénéficient de subventions importantes. C’est une politique très soutenue financièrement.
« On étudiera des parkings-relais en périphérie avec des navettes vers le centre, par exemple sur le site de l’ancienne prison »
Le Correspondant : En réalité, les coûts moyens en France urbaine tournent plutôt entre 200 000 et 600 000 euros par km selon la complexité (séparateurs, largeur, etc.), et parfois plus si on touche à la voirie existante. Vous confirmez ce genre d’ordre de grandeur, ou vous avez un chiffrage plus précis pour Draguignan ?
Christophe Terras : Oui, on est dans ces ordres de grandeur quand on intègre aux rénovations existantes. Mais les subventions font vraiment baisser la note ces aménagements et sont largement subventionnés. Ce qui donne, au final, un coût net reste raisonnable quand on les intègre à une rénovation en cours. De toute façon, on ajustera au cas par cas, c’est un plan sur plusieurs années.
Le Correspondant : En attendant, parlons voitures et parkings. Allez-vous réduire les places en centre-ville pour favoriser les modes doux ?
Christophe Terras : En tous cas, on n’en construira plus en centre-ville. Construire des parkings supplémentaires crée un appel d’air permanent : plus on en fait, plus il y a de voitures, et plus on en a besoin. C’est une fuite en avant, comme pour les routes. Il faut l’arrêter. À la place, on étudiera des parkings-relais en périphérie avec des navettes vers le centre, par exemple sur le site de l’ancienne prison. Ça pourrait très bien fonctionner les jours de marché pour délester la circulation en centre.
Le Correspondant : il parait qu’il n’y a pas assez de bus, pas assez de chauffeurs, et pas assez d’argent pour en recruter ou en acheter…
Christophe Terras : Aujourd’hui, on voit des bus énormes circuler avec parfois deux ou trois personnes, hors périodes scolaires. Ça consomme beaucoup de carburant et pose des problèmes dans certains virages ou places étroites. Notre proposition est de passer à des minibus plus fréquents, augmenter la cadence – même si certains départs sont peu remplis au début. 10, 20 ou 30 minutes d’intervalle, ce n’est pas la même chose. Et surtout, une application en temps réel pour les horaires : on sait quand le bus arrive, on peut planifier depuis chez soi. À la gare des Arcs par exemple, si le TER est en retard, le bus attendrait l’arrivée réelle au lieu de partir à l’horaire théorique. Ça rendrait le service vraiment utile et inciterait les gens à l’utiliser.
Le Correspondant : Sait-on combien coûte un bus urbain avec chauffeur par an ? Avez-vous un chiffre ?
Christophe Terras : Ça tourne entre 300 000 et 700 000 euros par an pour un bus avec chauffeur.
Le Correspondant : C’est effectivement dans cette fourchette réaliste en France (souvent 400–800 k€ selon taille et usage). Comment financez-vous ça sans plus de reversements de DPVa, qui est déficitaire dans le domaine du transport ?
« On veut faire sortir la culture dans la rue pour animer la ville »
Christophe Terras : C’est précisément pour ça qu’on revient toujours à DPVa. La ville ne touche que 33 euros par habitant de l’agglo, contre 240 euros en moyenne nationale. Avec si peu, on ne peut pas compenser ce qui a été délégué à l’agglo sans créer des doublons. DPVa doit assumer pleinement ses compétences : transports, déchets… Aujourd’hui, c’est insuffisant sur tous ces sujets.
Le Correspondant : Très bien. On va maintenant passer à la dernière étape de cette interview, on laisse la parole au candidat pour s’exprimer librement sur son projet phare, sans interruption. À vous la parole…
Christophe Terras : Merci. Notre projet phare, c’est redonner vraiment le pouvoir aux habitants à travers une démocratie participative sincère. Il faut redonner la parole aux gens. Tous ceux qu’on rencontre – commerçants, parents d’élèves, habitants des quartiers, lors du porte-à-porte – disent la même chose : on ne les écoute pas, les élus sont trop loin. Ils ne se plaignent pas forcément d’insécurité ou de circulation en premier ; ils disent qu’il y a du bon sens à appliquer, mais qu’on ne les entend pas.
C’est là qu’il faut changer. Nous faisons confiance à l’intelligence collective. Certains trouvent ça risqué : « Et si les gens disent non à la rénovation des écoles ? » Mais franchement, interroger les parents d’élèves sur des projets d’écoles, ils diront oui si c’est sensé. Si nos idées sont pleines de bon sens, les gens accepteront. Et s’ils ne sont pas prêts, on discutera, on négociera. On est prêts à prendre ce risque.
Côté culture, on veut faire sortir la culture dans la rue pour animer la ville. Draguignan a un vrai potentiel culturel : musée en centre-ville, théâtre, expositions départementales… Mais tout reste cloisonné. Les commerçants nous disent : « Il y a des spectacles au théâtre, mais on n’en profite pas, tout ferme après. » Les spectateurs sortent déçus. Il faut donc un festival des arts de la rue, d’improvisation, de cirque… On regarde ce qui marche ailleurs en France. Aurillac, au début, on les prenait pour des extraterrestres, et aujourd’hui c’est une des plus grandes animations du genre. Avec notre climat – même si l’hiver a été capricieux –, on peut faire ça dans la rue sans prendre un pari trop risqué.
On pourrait aussi repenser le marché de Noël : les commerçants préféreraient qu’il soit sur la place du marché pour créer de l’animation et de la circulation. Actuellement, il est isolé, les gens restent là sans profiter du reste. Et pour le marché hebdomadaire : il bloque toute animation le week-end, car le samedi matin il occupe la place jusqu’à 14 h. Les commerçants viennent avec des projets d’animation, on leur répond « attention, samedi il y a marché ». Du coup, plus rien le week-end, ou seulement le dimanche, ce qui n’intéresse personne. Ils veulent que ce soit le samedi. On pourrait couper la circulation sur le boulevard le samedi pour libérer la place, dynamiser le centre et permettre plus d’animations. C’est du bon sens, ce sont les commerçants qui le disent. On n’a pas la volonté de tout imposer d’en haut ; on écoute.
Le Correspondant : Merci pour cette intervention libre et détaillée. Merci d’avoir répondu à nos questions.






