Le journal qui retourne le couteau dans l’info

Le Correspondant, journal d'Investigation et du grand reportage

Le journal qui retourne le couteau dans l’info

23 octobre 2021

Les mensonges qui tuent

Emmanuel Macron durant la crise sanitaire

 

A chaque crise ses mensonges. Les mensonges du gouvernement Macron, dans sa gestion de la crise du covid-19, vont certainement conduire à des poursuites. Trop de contre-vérités, d’insuffisances et de dégâts. Le Correspondant revient sur un scandale d’Etat, qui n’a pas fini de faire parler de lui.,

 

Ca devient un rituel mortifère : en 1957, une autre grippe s’est invitée en France. Vue par la presse et le gouvernement de l’époque, elle n’avait rien à voir avec la grippe espagnole, c’était à peine un rhume carabiné, porté par les vents d’Orient. Mais, vue vécue par le peuple, la grippe asiatique était un cavalier de l’enfer, qui a fauché plus de 100.000 vies. Eternel recommencement : 63 ans plus tard, le coronavirus a semé la mort dans le pays. Sa puissance est la même que celle de son ancêtre asiatique. Même épicentre – la Chine -, même vitesse de propagation, mêmes symptômes – assimilés à une grippe plus qu’à un virus mortel.

 

Autres outrages des temps : aux premières heures du coronavirus, la presse n’a vu que du vent. Le journal Ouest-France a même osé la question à ” un million de morts” : ” le covid-19 est-il très dangereux ? “, alors que les premiers cas de pneumonie, signalés en Chine, ont déjà commencé à faire frissonner les autorités sanitaires.

 

Idem du côté du gouvernement d’Emmanuel Macron. Jusqu’au jour du confinement, il a minimisé la portée du monstre qui prêtait son flanc. C’est Agnès Buzyn, l’ex-ministre de la santé, qui était chargée de relayer le message. Ce 24 janvier, c’est avec un singulier culot qu’elle a déclaré : ” le risque de propagation du coronavirus dans la population française est faible. Il est pratiquement nul”. Et qu’importe les appels à la vigilance, notamment celui de l’OMS qui venait de déclencher ” l’urgence sanitaire internationale “. Agnès Buzyn a continué à osciller de contradictions en mensonges, jusqu’à ce qu’elle rende le tablier – en pleine crise, pour briguer la mairie de Paris.

 

Même posture du côté d’Edouard Philippe. Le Premier Ministre est allé jusqu’à maintenir le match Lyon-Turin à Lyon, réunissant 3000 supporters venus d’Italie – où les infections se décuplaient. Moins d’un mois plus tard, il ajoutait un fagot à son bucher, avec le maintien des élections municipales du 15 mars. Son ex-Ministre de la Santé l’avait pourtant prévenu, depuis le mois de janvier : ” un tsunami ” est en route… Mais n’allez surtout pas lui reprocher d’avoir envoyé 21 millions d’électeurs dans l’isoloir. Quiconque caresse cette idée idiote doit s’attendre à une explication sortie droit des caisses à outils de ses services de com. “Agnès Buzyn m’a dit fin janvier que si nous étions dans le pic épidémique au moment des élections, alors il serait difficile de les organiser “, a reconnu le Premier ministre, sur le plateau du 20 h, le mardi 17 mars. ” Mais au moment où elle m’a dit ça, beaucoup de médecins n’étaient pas d’accord avec elle”. Donc, des toubibs opposés au report des élections, mais d’accord sur la fermeture des lieux publics, deux jours seulement avant ces mêmes élections ?

 

Le reste est écrit : la France se retrouve ensevelie par l’épidémie. Macron lui déclare la guerre, avec pour seule arme : la ” mise en cage ” comme solution de repli et des amendes au rabais, pour punir ” les imbéciles ” qui ne respecteraient pas les consignes bricolées, in extrémis, par le ministère de l’intérieur. Pour le reste, tout est venu à manquer : masques, blouses, lits de réanimations. Les hôpitaux étaient submergés et les médecins devaient bricoler avec des moyens ” tiers-mondistes “, pour faire face au monstre. Mais en dépit de cette évidence, les mensonges d’Agnès Buzyn ont continué : Nous avons des dizaines de millions de masques en stock en cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées, (…). Si un jour nous devions proposer à telle ou telle population ou personne à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin”. 

 

Sur France Inter, ce 18 février, Olivier Véran, nouveau ministre de la santé, vient compléter l’œuvre de sa consœur. ” La France est prête car nous avons un système de santé extrêmement solide”. Et que l’hôpital public soit souffrant de carences en tout genre, ne change rien à l’histoire : dans une autre interview, la nouvelle ” recrue ” du gouvernement reprendra mot à mot les incantations de son aînée : ” Nous avons assez de masques aujourd’hui pour permettre aux soignants d’être armés. Nous avons suffisamment de masques FFP2 pour faire face aux besoins hospitaliers et pour équiper les infirmières ou les médecins libéraux “. 

 

Les médecins ne demandent qu’à le croire. Notamment à l’Est : là-bas, les hôpitaux sont dans l’œil du cyclone de l’envahisseur. Les masques manquent : il n’y en a plus que 50 millions pour tout le pays. Les soignants ne parviennent plus à en trouver, alors qu’ils sont en contact avec les patients infectés. Les drames se sont enchaînés : deux médecins sont décédés du covid-19 – puis sept. D’autres chiffres sont tombés : 3000 soignants contaminés en France. Côté force de l’ordre, 10 000 policiers en arrêt. La France agonise. Et le gouvernement continue à maintenir l’illusion d’un système de santé solide, pour dissimuler un mal officiel. Rançon de la politique des ces dix dernières années, qui s’est déchaînée sur l’hôpital public.

 

En 2009, la France disposait d’un milliard de masques chirurgicaux et de plus de 700 millions de masques FFP2. Face à cet arsenal, le coronavirus aurait été stoppé net dans son galop. Mais Xavier Bertrand, sous le gouvernement Sarkozy, a redessiné l’horizon : il a réduit les stocks de masques et repoussé le système de santé aux limites de ses possibilités. L’arrivée au pouvoir du gouvernement Macron a donné le coup de grâce, via des coupes budgétaires drastiques. Sa réécriture de la politique sanitaire passait par la suppression des lits en réanimation – dont témoignent les nombreuses mini-révoltes sociales des personnels soignants. Les chiffres parlent : 4.172 lits ont disparu des hôpitaux, durant la deuxième année de son ” intronisation “. Une autre partie durant son passage à Bercy, en 2016, sous le gouvernement Hollande. Cette ” destruction ” a été le prélude de la catastrophe pandémique, qui fond sur le pays. En 2016, déjà, la Direction de la santé a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des hôpitaux. Avec, à la clef, des propositions concrètes pour sortir l’hôpital de sa solitude. Mais, la plupart du temps, ses requêtes se sont retrouvées au-dessous de la pile, quand elles ne sont pas perçues comme une aberration keynésienne.

 

L’actuel Directeur général à la santé, Jérome Salomon, l’avait vécu à ses dépends. En 2016, d’après le site des lanceurs d’alerte, Wikileaks, il a adressé un courriel à Emmanuel Macron, pour attirer son attention sur l’hôpital public. Celui qui n’était que directeur adjoint de la Santé écrivait alors : ” La France n’est pas prête ” pour s’adapter ” aux situation évolutives ” à cause des difficultés d’accueil ” en milieu hospitalier, en particulier si l’afflux de victimes est important, supérieur à 300 en urgence absolue “.

 

Son second mail, daté du 11 janvier 2017, était prémonitoire. Sans détour, il prédit la survenue probable d’une pandémie au risque de propagation fulgurante : ” par l’absence de maîtrise des gestes basiques d’hygiène : mouchoirs en papier jetables, lavage des mains, solutions hydro-alcooliques, port du masque par les malades généralisés en Asie et quasi inconnu en France ! “. Et quelle n’a pas été sa surprise, quand il a reçu la réponse des conseillers de Macron : ” Triste et caricatural paradoxe français “. ” Exagéré “, lui ont-ils répondu.

 

Trois ans plus tard, la Nation entière se retrouve confinée, pendant une période indéfinie, dans un pays en état de siège sanitaire, au milieu du chaos, avec des frontières bouclées. La date de la fin du confinement est repoussée tous les 15 jours, en attendant l’arrivée des 5 milliards de masques commandés par le gouvernement. C’est la condition pour lever ” l’assignation à résidence “. Or, pour l’heure, la France n’a reçu qu’une petite partie de sa commande. L’autre moitié arrivera dans quelques semaines, voire des mois. C’est ce qu’a déclaré, récemment encore, le ministre de la santé, toujours volontaire pour brandir les amulettes :  la mobilisation de ses services ” pour garantir la sécurité des français “. Sans grand succès, à en juger ses faits d’armes…  Ni à ceux de ses services : depuis le mois de février, ses brillants conseillers sont sollicités régulièrement par des entreprises françaises, qui souhaitent se mettre à contribution pour fournir ” jusqu’à 20 millions de masques par semaine “, ” des gants, des blouses, des tests de dépistages “. De quoi stopper net la thrombose mortelle du système de santé. Dans n’importe quel pays au monde, leur proposition aurait eu, au moins, un égard. Dans la stratosphère ” macronienne “, aucun conseiller n’a largué les amarres pour passer commande.

 

Ce sont nos confrères de Mediapart, qui ont planché sur le dossier. Leurs journalistes se sont rapprochés du Ministère de la Santé pour évoquer, notamment, le cas de l’une de ces entreprises, ” mais aussi à d’autres importateurs “. Leur réponse sort droit des stratagèmes de Schopenhauer, pour ” avoir raison ” : ” S’auto-désigner comme un interlocuteur sérieux n’a jamais constitué une preuve en soi que c’est bien le cas “. Autrement dit, l’entreprise pourrait manquer, le cas échéant, de ” fiabilité “. Or, précise Mediapart, ” plusieurs autres importateurs qui nous ont dit avoir été ignorés par l’État ont été officiellement référencés, depuis la fin du mois de mars, par le ministère de l’économie et des finances comme des importateurs fiables pour les entreprises françaises qui veulent acheter des masques “. Une chose est certaine : entre temps, près d’un mois s’est écoulé. Et plus de 10 000 morts …

 

Cette bureaucratie sans valeur, matinée de mensonges et d’un zeste d’esbroufe, n’aurait pas étonné l’ancien directeur de la Santé (en 2003), William Dab. Pour lui, l’administration continue à fonctionner comme en temps de paix. Dans une bureaucratie rigide. ” Alors qu’on est guerre, dans l’urgence “, a-t-il déclaré dans une interview accordée à notre confrère, Paul Benkimoun. Lui-même, William Dab, l’a vécu à ses dépends. Dès le début de l’alerte, il s’est inscrit à la Réserve Sanitaire. Une semaine plus tard, il reçoit un message lui demandant s’il était prêt ” à appuyer au plan épidémiologique une ARS [agence régionale de santé] dans un département d’outre-mer “. Il renvoie les documents demandés. Six jours après, la réponse tombe. Niet. Car son” dossier administratif n’est pas complet “ : il manque la copie de son diplôme de docteur en médecine, qui est à son bureau, inaccessible.

 

C’est à cause de ces aberrations qu’un homme s’est retourné contre le système. Son cri vient de Marseille, depuis le navire Amiral de l’IHU Méditerranée : c’est le Professeur Didier Raoult, qu’on n’a même plus besoin de présenter, tant son nom a été mâché et remâché sur les chaînes de télévision. Raoult, dans sa dégaine d’indien de l’Amazonie, mais pourvu d’un Cv de sommité dans la recherche mondiale, a l’affront de se moquer des protocoles médicaux et de proposer un médicament pour soigner le coronavirus : la Chloroquine, combinée à l’antibiotique azithromycine, coûte le prix de deux bières. Résultat d’un premier essai clinique qu’il juge efficace : sa ” victoire ” est devenue l’otage des enjeux dans le milieu de la recherche, entre ceux qui soutiennent sa ” solution d’urgence ” et les ayatollahs de l’application stricte des protocoles de recherche médicale. En première ligne, la Direction de la Santé conteste sa méthode inadaptée aux process habituels. D’autres évoquent ” la toxicité de la chloroquine “ – alors que cet ” ovni ” est connu de la médecine depuis la nuit des temps. Mais que ces incantations défilent sur tous les plateaux télé, ne change rien à la détermination de Raoult : l’homme tient debout, solide, toujours prêt à bondir contre la ” charia ” des labos. Plus tard, il a remis une couche avec, cette fois, un nouvel essai sur 80 malades. Et des résultats probants, avec 91 pour cent de guérison. Au passage, il lâche un chiffre révolutionnaire : depuis le début de l’épidémie, il n’y a eu que 46 morts dans les hôpitaux de Marseille – soit 0,77 % de mortalité contre plus de 5% dans le reste de la France. CQFD.

 

Face à ce coup de maître, mais quel cul par-dessus tête ! Au diable les dogmes scientifiques ? Exit la tyrannie protocolaire ? Le ministre de la santé a fini par larguer l’autorisation de prescrire de la chloroquine par les spécialistes. Une obole. Car la thérapie de Raoult est loin d’être généralisée. En tous cas, pas tant que l’essai Discovery n’a pas rendu son verdict. Peut-être dans une quinzaine de jours. En attendant, retour à la case départ : pas de tests, pas de masques, pas de médicament. Mais la ” mise en cage ” est prolongée : encore deux semaines devant les décomptes mortuaires des chaînes d’infos, les combats de coqs entre scientifiques et les algarades de Christophe Castaner, qui continuera à s’abriter derrière ses rhétoriques … pour masquer le mal. Et quel peste ces français, qui n’ont toujours pas confiance dans leur gouvernement.

 

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