Dimanche soir, la célèbre plage australienne de Bondi s’est transformée en théâtre d’horreur. Un père et son fils ont ouvert le feu sur près d’un millier de participants à la fête juive de Hanouka, faisant quinze morts, dont un Français, et quarante-deux blessés. Entre horreur et héroïsme, la ville de Sydney affronte un attentat antisémite qui laisse la communauté internationale sidérée.
La plage de Bondi, ce ruban de sable que Sydney expose comme une carte postale permanente, s’est figée dimanche soir à 18 h 47. À cette heure-là, le soleil déclinait encore sur l’océan, les familles s’attardaient, les enfants couraient pieds nus, et près d’un millier de personnes célébraient Hanouka, la fête juive des lumières. Puis les coups de feu ont commencé. Secs, répétés, méthodiques. Au moins quarante détonations en une dizaine de minutes. Le temps, pour beaucoup, de comprendre qu’il ne s’agissait ni de pétards ni d’un exercice, mais d’une chasse ouverte sur une foule sans protection.
Les assaillants sont un père et son fils. Deux hommes venus tirer sur des silhouettes, des corps, des vies. Quand les sirènes des secours résonnent enfin, quinze personnes sont déjà mortes, âgées de 10 à 87 ans. Une fillette succombera à l’hôpital. Quarante-deux autres blessés sont pris en charge dans la nuit, cinq entre la vie et la mort. Deux policiers figurent aussi parmi les touchés, atteints lors de l’échange de tirs qui mettra fin à l’attaque. Parmi les victimes, un Français : Dan Elkayam, 27 ans, ingénieur informatique, dont le nom est confirmé par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Un nom de plus dans la liste, un parcours interrompu loin de chez lui, sur une plage censée incarner l’insouciance.
Bondi n’est pas un lieu anodin. C’est un symbole australien, un espace ouvert, populaire, traversé chaque week-end par des milliers de promeneurs, de nageurs, de surfeurs. Dimanche soir, ce décor s’est transformé en scène de crime. Les autorités australiennes parlent rapidement d’un attentat ciblé : la célébration de Hanouka ne laisse guère de doute sur la dimension antisémite de l’attaque. Le Conseil national des imams australien appelle à l’unité et à la solidarité, tandis que la police signale, le lendemain, la découverte de têtes de porc abandonnées dans un cimetière musulman du sud-ouest de Sydney, comme si la haine, une fois lâchée, cherchait déjà d’autres terrains où s’exprimer.
En France, le parquet national antiterroriste ouvre dès lundi une enquête parallèle pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste ». Officiellement, il s’agit de permettre aux victimes et à leurs proches résidant en France d’accéder aux informations et aux dispositifs d’aide. Officieusement, c’est aussi la reconnaissance que ce qui s’est joué à Bondi dépasse les frontières australiennes. Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur demande aux préfets de renforcer la protection des lieux de culte juifs sur le territoire français.
Les suspects, désormais nommés, s’appellent Sajid et Naveed Akram. Le père, 50 ans, est abattu par la police sur la plage. Le fils, 24 ans, grièvement blessé, est hospitalisé sous surveillance. Selon la police de Nouvelle-Galles-du-Sud, Sajid Akram détenait légalement un permis pour six armes à feu, toutes utilisées lors de l’attaque. Les enquêteurs antiterroristes estiment que les deux hommes avaient prêté allégeance à l’organisation État islamique. Naveed Akram, citoyen australien de naissance, était déjà soupçonné d’être étroitement lié à un membre de l’EI arrêté en 2019 et condamné pour avoir préparé un acte terroriste en Australie. Aucun complice n’est recherché à ce stade. La violence, ici, semble avoir été contenue dans un cercle familial, refermé sur lui-même.
Dans le chaos, un homme parvient pourtant à désarmer l’un des tireurs. Son geste, filmé, commenté, partagé, est aussitôt salué comme héroïque à travers le monde. Mais à Bondi, une fois les caméras rangées, il reste surtout des traces de sang sur le sable, des chaussures abandonnées, des téléphones qui sonnent sans réponse. Et cette question sourde, qui revient toujours après les attentats : comment, dans un lieu aussi ouvert, aussi familier, la mort a-t-elle pu s’installer avec une telle facilité ? À la fête des lumières a succédé la nuit. Une nuit lourde, que même l’océan, ce soir-là, n’a pas réussi à effacer.






