Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Strambio chasse… les manifestants déclarés

Richard Strambio, maire de Draguignan (Var), lors d’une manifestation publique
Richard Strambio, maire de Draguignan (Var), lors d’une manifestation publique

Alors que l’insécurité s’enkyste à Draguignan, Richard Strambio, maire-candidat, a choisi de dégainer contre une manifestation pacifique et déclarée… pour “protéger la ville”

 

À l’approche des municipales, Richard Strambio a trouvé un coupable commode. Le 25 janvier, le maire de Draguignan publie sur Facebook un message alarmiste : une manifestation « non déclarée » aurait perturbé l’ordre public sur le boulevard Clémenceau.

 

Le rassemblement visé, sans jamais être nommé, était organisé par la communauté kurde de Draguignan pour dénoncer la situation à Kobané et dans le Rojava syrien. Environ 450 personnes, femmes et enfants en tête, ont défilé boulevard Clémenceau. Drapeaux colorés, slogans, chants de résistance, parcours respecté, calme maintenu. Une scène presque trop ordonnée pour attirer l’attention.

 

Richard Strambio – Poste Facebook daté du 25 janvier, dans lequel il pointe la communauté kurde pour « non-respect des obligations légales » et menace d’action judiciaire.
Richard Strambio – Poste Facebook daté du 25 janvier, dans lequel il pointe la communauté kurde pour « non-respect des obligations légales » et menace d’action judiciaire

Mais le lendemain, le maire sort la matraque… numérique. Plainte déposée, rappel à la loi, menace d’« action judiciaire immédiate ». Le ton est ferme. Le vocabulaire sécuritaire soigné. Seul hic : la manifestation était bel et bien déclarée. La préfecture du Var avait été informée et avait donné son accord. Selon l’organisateur, la mairie aussi.

 

Autrement dit, l’édifice juridique brandi par Richard Strambio repose sur du sable. Mais le plus intéressant dans cette histoire n’est peut-être pas l’erreur juridique. Le maire a dégainé un peu trop vite, sans même se renseigner. Pour le premier magistrat de la ville, au mieux, c’est un manque de professionnalisme ; au pire, une pirouette électoraliste calibrée, fake news en bandoulière, pour braconner sur le terrain de la sécurité.

 

Car à Draguignan, l’insécurité est depuis longtemps le talon d’Achille de l’édile. Trop mou, dit-on, trop laxiste, pas assez ferme : le procès est ancien, récurrent, et pas franchement infondé. La délinquance, la vraie — celle qui ne prévient ni la préfecture ni la mairie — continue de faire ses courses en ville sans badge ni autorisation.

 

Et c’est là où ca pique. La communauté kurde de Draguignan est disciplinée et sa cause est bien réelle. Kobané, symbole de la résistance contre l’État islamique en 2014. Rojava, expérience d’autonomie démocratique aujourd’hui menacée par les offensives turques. Deux noms qui parlent aux amateurs de géopolitique, mais qui suffiraient, ici, à déclencher la panique générale. Peur sur la ville.

 

Reste l’angle mort de cette histoire : Strambio choisit une cible visible, communautaire… et peu votante. Facile. Avec un timing électoral parfait : transformer un talon d’Achille — une sécurité jugée laxiste — en posture d’autorité, en fabriquant un ennemi commode — l’étranger — pour redorer un blason sérieusement écorné. On appelle ça du bricolage politique. Et sur ce terrain-là, le RN n’aurait pas fait mieux.

 

Subsiste tout de même un risque, volontaire ou non : stigmatiser une communauté pacifique et disciplinée, et finir par devenir le fac-similé de ceux qu’on prétend combattre.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Le Député RN du Var, Philippe Schreck, en présence de Marine Le Pen, trois semaines avant les attentats de Trappes

Trappes : Appels à « tirer dans le tas » sous une publication du député RN, Philippe Schreck

Six jours seulement avant le drame de Trappes, une vidéo relayée par le député RN Philippe Schreck suscitait, dans son fil de commentaires, une déferlante de propos d’une extrême violence : comparaisons racistes, amalgames visant les musulmans, appels à voter RN, fantasmes d’épuration et jusqu’à des appels à faire usage d’armes à feu. L’examen de ces échanges révèle une accumulation particulièrement préoccupante.

Les barbouzeries numériques de l’assistant RN

Au Rassemblement national, les collaborateurs ont décidément le sens des priorités. Pendant que les uns rédigent laborieusement des amendements et que les autres peaufinent des

Des étudiants albanais lors d’une manifestation antigouvernementale, à Tirana, le 13 octobre 2026

RAMA RAME, TIRANA BRÛLE

Tirana s’enfonce chaque soir un peu plus dans un brouillard de gaz lacrymogène et d’artifices traçants. Sur les grands boulevards de la capitale, la jeunesse albanaise, flanquée d’une opposition aux abois, ne réclame plus de réformes de façade ni de baisse de frais de scolarité : elle exige, d’une seule voix exaspérée, la démission pure et simple d’Edi Rama.

— Publicité —
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Aucun commentaire

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Lire la suite »
Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Aucun commentaire

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Lire la suite »