Ce qui devait être une apothéose du football africain s’est transformé en farce arbitrale à huis clos moral. Entre un but sénégalais effacé d’un coup de sifflet suspect, une VAR portée disparue et un penalty marocain tombé du ciel dans le temps additionnel, la finale de la CAN 2025 a viré au chaos. Puis le Sénégal a fini par s’imposer 1–0 dans les prolongations, au terme d’une soirée que la CAF préférera sans doute classer « sans suite ».
Il y a des finales qui entrent dans l’Histoire. Et puis il y a celles qui entrent dans le dossier « affaires classées », rangées entre une note confidentielle de la CAF et un replay jamais diffusé. La finale de la CAN 2025, disputée au Maroc entre le Sénégal et le pays hôte, appartient résolument à la seconde catégorie. Une soirée de football africain transformée en vaudeville arbitrale, avec figurants en colère, VAR portée disparue et trophée remis sous escorte morale.
Le scénario ? Du grand art. À la 95e minute, le Sénégal marque. Un vrai but. Net. Propre. Un duel aérien banal, un ballon qui finit au fond, des Lions de la Teranga qui exultent… et un arbitre qui siffle autre chose. Faute imaginaire sur Achraf Hakimi, version « contact paranormal ». Les ralentis ? Accablants. La VAR ? Absente. En RTT, probablement. À ce stade, on ne parle plus d’erreur d’arbitrage mais d’ellipse scénaristique.
Deux minutes plus tard, changement de décor. À la 97e, penalty pour le Maroc. Faute sur Ibrahim Diaz : une main un peu trop intrusive sur l’épaule, suffisante pour déclencher l’orage. Cette fois, pas d’hésitation, pas d’écran, pas de scrupule. Le sifflet, jusque-là discret, se mue en clairon national. Le message est passé, inutile d’insister.
Les Sénégalais quittent le terrain. Sadio Mané en tête, regard noir et dignité froissée. Les tribunes s’en mêlent. Invasion de pelouse, cris, projectiles, sécurité débordée. Le stade devient une arène. Vingt minutes de chaos, de palabres, de négociations dignes d’un sommet de l’Union africaine. On discute, on promet, on menace, on supplie. Le football attend dans le couloir.
Retour sur le terrain. Ibrahim Diaz s’avance pour tirer le penalty de la discorde. Et là, ultime pirouette du destin : frappe molle, sans conviction, directement dans les bras d’Édouard Mendy. Comme si même le ballon refusait de se rendre complice.
Cette finale n’est pas une anomalie. Elle est l’aboutissement logique d’une compétition où l’arbitrage a souvent parlé avec l’accent local. Dès les phases de groupes, certains matchs — Maroc–Tanzanie pour ne citer que lui — ont donné lieu à des décisions incompréhensibles, des penalties évidents oubliés, des VAR subitement myopes. Joseph-Antoine Bell, ancien gardien et consultant, l’a résumé cruellement : « La VAR empêche d’accuser l’arbitre… sauf quand on ne s’en sert pas. »
La Fédération sénégalaise avait pourtant tiré la sonnette d’alarme avant la finale : problèmes de sécurité, billetterie erratique, organisation approximative. Des détails, sans doute. Jusqu’au moment où les détails décident d’un titre continental.
Sur les réseaux sociaux, le mot « truqué » a circulé plus vite qu’un ballon dans la surface. Appels à une enquête FIFA, soupçons de corruption, malaise jusque dans les rangs marocains, où certains supporters reconnaissent à demi-mot que l’arbitrage a parfois penché dangereusement. La presse internationale parle d’« arbitrage catastrophique ». Traduction diplomatique de « foutage de gueule ».
La CAF promet des enquêtes. Toujours. Comme on promet un rapport après un scandale : pour gagner du temps et perdre la mémoire. Mais ce soir, malgré la victoire in extremis du Sénégal — 1–0 en prolongation — le football africain a perdu davantage qu’une finale : il a perdu le droit de faire semblant..





