À Draguignan, il y a les séismes naturels… et puis il y a les municipales. Les premiers font trembler les murs, les seconds fissurent les listes. Et ces jours-ci, la liste de François Gibaud ressemble moins à un projet politique qu’à un immeuble en cours d’évacuation.
Le 15 mars au soir, après un score aussi discret qu’un conseiller municipal en fin de mandat (6,87 %), François Gibaud décide de faire ce que tout candidat en difficulté fait… ou presque : se rallier. Mais pas à n’importe qui. Direction la liste RN de Philippe Schreck, avec une fusion pliée en moins de 48 heures, soit plus vite qu’un compromis de copropriété.
Problème : ses colistiers découvrent l’opération comme les lecteurs du journal, avec le café du matin et une légère amertume.
La fidélité version porte de sortie
Dernier départ en date : Laure Follin-Arbelet Pouzergue, 8e de liste, qui n’a visiblement pas confondu loyauté et discipline de caserne. Sur Facebook, elle dégoupille un texte qui cite Camus et vise Gibaud, un mélange rare entre philosophie et règlement de comptes local.
Elle explique, en substance, que suivre un chef qui change de ligne, c’est comme rester dans un train qui a changé de destination sans prévenir : on peut appeler ça de la fidélité… ou du tourisme politique forcé.
Sa conclusion ? Refuser de se renier, ce n’est pas trahir. Une position qui, à Draguignan, commence à faire école.
Une liste qui fond plus vite que ses électeurs
Avant elle, d’autres avaient déjà pris leurs distances :
Frédéric François, premier à claquer la porte,
Isabelle Dert Bono, 6e,
Christophe Magda,
et quelques anonymes devenus subitement très discrets.
Le motif est toujours le même : un ralliement au RN découvert sans concertation, alors que la campagne promettait « pas d’extrême droite ». À ce stade, ce n’est plus une promesse non tenue, c’est une reconversion professionnelle.
Le virage « sans étiquette »… mais avec GPS souverainiste
Pendant ce temps, Alain Vigier tente d’expliquer que tout cela n’a « pas de coloration nationale ». Une affirmation aussitôt nuancée par ses propres publications, où il félicite chaleureusement Nicolas Dupont-Aignan, figure bien connue du souverainisme.
En clair : officiellement, on fait du local. Officieusement, on regarde quand même beaucoup vers Paris… et un peu vers Yerres.
Second tour : addition ou soustraction ?
Sur le papier, la fusion Gibaud–Schreck devait renforcer la droite face au maire sortant Richard Strambio. Mais à force de départs, la coalition ressemble à une addition à trous.
Les dissidents, eux, appellent carrément à ne pas voter pour le nouveau ticket. Une stratégie audacieuse : faire campagne contre sa propre ancienne liste, c’est l’équivalent politique de scier la branche… après avoir sauté.
Morale provisoire
À Draguignan, la campagne aura au moins permis une redécouverte philosophique : la fidélité n’est pas toujours là où on l’attend. Parfois, elle s’exprime même en quittant la pièce.
Quant à François Gibaud, il lui reste quelques jours pour recoller les morceaux. À condition qu’il en reste suffisamment pour faire un puzzle.
Sinon, il pourra toujours méditer cette autre leçon locale : en politique, les alliances rapides font parfois des séparations encore plus rapides.








