Le Correspondant

Le génocide arménien : le crime qui refuse de mourir

Genocide armenien en 1915-1916

24 avril 1915. Dans la nuit de Constantinople, les soldats frappent aux portes. Des médecins, des éditeurs, des poètes, des avocats, des députés — l’élite d’un peuple — sont arrachés à leur sommeil, entassés dans des fourgons, puis assassinés dans les semaines suivantes. Ce n’était pas le début du génocide arménien. C’était l’annonce de ce qui allait suivre : la destruction méthodique, planifiée, d’un million deux cent mille êtres humains. Cent onze ans plus tard, le 24 avril 2026, des dizaines de milliers de personnes se sont recueillies à Erevan, à Paris, à Lyon, à Marseille, à Strasbourg. La Turquie, elle, n’a toujours rien reconnu

 

 

Pour comprendre le génocide arménien, il faut d’abord comprendre ce qu’était l’Arménie avant 1915 — non pas un État-nation au sens moderne du terme, mais une présence millénaire, une civilisation ancrée dans les hauts plateaux anatoliens entre le lac de Van, l’Euphrate et le Caucase. Un peuple qui avait adopté le christianisme comme religion d’État en 301 de notre ère — avant Rome — et qui avait traversé les siècles en conservant sa langue, son Église apostolique, son alphabet inventé au Ve siècle par le moine Mesrop Machtots, ses monastères perchés sur des rochers inaccessibles comme autant de bastions d’une identité que personne n’avait pu effacer.

 

Depuis le XVe siècle, les Arméniens vivaient sous domination ottomane — non sans tensions ni sans violences épisodiques, mais dans un modus vivendi fragile que l’Empire gérait à travers le système du millet, qui accordait aux communautés non-musulmanes une autonomie religieuse et juridique limitée. Les Arméniens étaient souvent commerçants, artisans, banquiers, médecins — une minorité active et économiquement visible, ce qui nourrissait à la fois leur utilité aux yeux du pouvoir ottoman et la jalousie de certaines populations voisines.

 

À la fin du XIXe siècle, l’Empire ottoman — que l’Europe appelait déjà le « grand malade » — se décomposait. Les défaites militaires, les pertes territoriales successives dans les Balkans, les dettes colossales contractées auprès des puissances européennes, la montée des nationalismes dans toutes ses provinces composites fragilisaient un édifice multiséculaire.

 

C’est dans ce contexte de désintégration que les massacres hamidiens de 1894-1896, ordonnés par le sultan Abdul-Hamid II, firent entre 80 000 et 300 000 victimes arméniennes. Un avant-goût. Le sultan rouge, comme le surnommait la presse européenne, voulait déjà briser une population qu’il percevait comme un « ennemi intérieur » potentiellement allié aux Russes. Clemenceau, à la tribune de l’Assemblée nationale française, tonnait contre ces massacres. Jaurès aussi. Le monde entendait, s’indignait — et passait à autre chose.

 

Ce contenu est réservé aux abonnés

Connectez-vous pour le déverrouiller

Soutenez une information libre et indépendante


Vos abonnements et dons financent directement notre travail d’enquête. Grâce à vous, Le Correspondant peut rester libre, indépendant et sans compromis.
Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

l’instant t
Des enfants afghans font voler des cerfs-volants.

Les cerfs-volants de Washington

On appelle ça, dans les cercles de la diplomatie américaine, une “réinstallation volontaire”. Une expression si élégante qu’elle donne presque l’illusion d’un choix. En clair

Jany Le Pen en 2016

Le jardin secret de Madame Le Pen

Il y a des histoires qui sentent bon la terre fraîche, le laurier bien taillé et la morale soigneusement ratissée. Et puis il y a

Kamel Daoud, Lauréat du Prix Goncourt 2024

Le prix du Goncourt

À Paris, on lui a donné le Goncourt. À Oran, on lui a rendu la monnaie : trois ans ferme. Kamel Daoud paie cash.  

La Première ministre italienne, Giorgia Méloni

Meloni met les robes à l’envers

Giorgia Meloni a peut-être trouvé plus discret que les centres de rétention : transformer les avocats en auxiliaires de la politique migratoire, avec prime à la

Association Territoire Solidaire de Mont de Marsan

Nourrir les invisibles autrement

À Mont-de-Marsan, une association étudiante bouscule les codes de l’aide alimentaire en misant sur le circuit court et le lien humain. Une initiative modeste en

Des enfants afghans font voler des cerfs-volants.

Les cerfs-volants de Washington

Aucun commentaire

On appelle ça, dans les cercles de la diplomatie américaine, une “réinstallation volontaire”. Une expression si élégante qu’elle donne presque l’illusion d’un choix. En clair…

Lire la suite »