Giorgia Meloni a peut-être trouvé plus discret que les centres de rétention : transformer les avocats en auxiliaires de la politique migratoire, avec prime à la clé.
À Rome, le gouvernement de Giorgia Meloni ne manque pas d’imagination quand il s’agit d’immigration. La dernière trouvaille, glissée dans un projet de loi sécuritaire adopté au Sénat le 17 avril et examiné à la Chambre ce 22 avril, a d’abord filé sous les radars. Il faut dire qu’au milieu des dispositions sur les manifestations, les mineurs et les contrôles, la petite nouveauté avait l’air presque anodine. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’elle concernait… les avocats.
Le principe tient en quelques lignes budgétaires : 246 000 euros en 2026, puis 492 000 euros par an. À la clé, une rémunération pouvant atteindre 615 euros par dossier. Condition sine qua non : le migrant doit effectivement quitter le territoire. L’avocat, lui, est chargé de l’accompagner dans ses démarches administratives. Et ne sera payé qu’une fois la mission accomplie.
Dit autrement, la défense ne s’arrête plus au droit. Elle se prolonge jusqu’à la sortie.
La nuance n’a échappé à personne dans les milieux judiciaires italiens. Le Conseil national du barreau assure n’avoir jamais été consulté, tout en se découvrant gestionnaire du dispositif. L’Union des Chambres criminelles rappelle, avec un sens certain de l’euphémisme, qu’un avocat n’est pas censé être rémunéré pour atteindre un objectif fixé par l’État. Quant à l’Association nationale des magistrats, elle juge la mesure « consternante » et, plus gênant encore, contraire à la logique même de la défense.
Au passage, le texte réduit l’accès à l’aide juridictionnelle pour contester les expulsions. Une économie de moyens qui tombe à point nommé : moins de recours, plus de départs, et quelques honoraires à la clé pour ceux qui accompagnent le mouvement.
Dans l’opposition, Riccardo Magi évoque des « systèmes de récompense » d’un autre âge. D’autres parlent d’une confusion des rôles. L’avocat, figure de la contradiction, invité à faciliter l’exécution. La procédure gagne en fluidité ce qu’elle perd en équilibre.
Reste que le coût global du dispositif demeure modeste. Trop modeste pour transformer à lui seul la politique migratoire italienne. Ce qui laisse penser que l’essentiel est ailleurs : dans le signal envoyé. Celui d’un État qui ne se contente plus d’organiser les départs, mais qui sollicite désormais les auxiliaires de justice pour les rendre possibles.
La robe n’a pas changé de couleur. Mais elle commence, doucement, à changer de fonction.






