Le journal qui retourne le couteau dans l’info

30 janvier 2023

Vénézuéla : les fantômes de la jungle de Darien

Rien ne va plus au pays de Nicolas Madero : manque de médicaments, de nourritures ou de moyens de transport, rappellent les médias occidentaux. Human Rights Watch s’alarme dans son dernier rapport : elle a retrouvé des cadavres dans la jungle de Darien. Ce sont des Vénézuéliens qui fuient la disette. Ils partent pour le Panama, la Colombie ou le Mexique, là où ils peuvent atteindre les frontières américaines. Mais dans les mangroves, ils tombent souvent sur une mauvaise surprise : des bestioles mortelles, des trafiquants ou des violeurs embusqués.

 

Human Rights a identifié l’origine du mal : « L’obligation de visa imposée par les pays voisins pour les Vénézuéliens » pousse les migrants à jouer les « Robinson » dans la jungle de Darien, au lieu de prendre l’avion jusque dans les pays voisins et de traverser la frontière américaine, pépère.

 

L’affaire est remontée dans la plupart des grands médias, comme autant de pixels dans une photo de presse. Courrier International, comme à son habitude, est l’un des premiers à le dire. Regardez là-bas, au Venezuela, Madero a tellement rétréci son pays que son peuple, qui crève la dalle, va trouver de la respiration chez les « gringos » et qu’au final, il ne lui arrive que des malheurs sur le chemin.

 

En évidence, la faute vient de Madero comme, hier, exclusivement de Chavez. Pas d’un autre. Au pire, elle est partagée par les autres pays latins qui ont décidé de mettre le Venezuela à l’amende, en ayant restreint l’octroi des visas. C’est ce qui en train de se passer avec l’affaires des transfuges vénézuéliens, effectivement nombreux à prendre la tangente et à se faire malmener dans la jungle de Darien, seule voie de passage vers le « rêve américain ».

 

Cette lecture du malheur est vraie, mais pas tout à fait. Spécialiste des affaires de l’immigration, notre correspondant à Caracas suit le dossier depuis de nombreux mois. Il pointe une autre responsabilité. Celle des Américains du Nord, « qui ont exigé des autres pays d’Amérique du Sud l’obligation d’imposer un visa pour se déplacer dans la région ». L’objectif est de bloquer les migrants dans leurs pays, loin des frontières américaines.

 

Le département d’Etat ne s’en cachent. Devant le Sénat américain en mai 2022, un responsable déclare : « Lorsque les Etats Unis constatent une augmentation du nombre de personnes de la même nationalité, arrivant pas la frontière sud, ils demandent aux pays voisins de trouver une solution dans le domaine du partenariat », pour éviter que « la route ne soit déviée ».

 

Voilà qui devrait être couronné d’un prix Nobel : faute de pouvoir obtenir un visa ou même un passeport dans leur pays – sans graisser la patte à un fonctionnaire -, les Vénézuéliens sont « déviés » en grand nombre vers l’enfer de Darien. En 2022, près d’un demi-million de migrants ont transité par la forêt, souvent rackettés par les passeurs, payés pour « leur permettent d’éviter les zones dangereuses et de passer moins de jours dans la jungle ».

 

Cout de la traversée : trois cents dollars par tête. C’est le prix pour se glisser dans un bateau clandestin de la Colombie au Panama. Mais ceux, plus nombreux, qui ne cassent pas la tirelire, doivent faire cavaliers seuls. Et crapahuter pendant pas moins d’une dizaine de jours dans la boue. La plupart du temps, ils n’atteignent jamais leurs destinations. Les chiffres sont glaçants : en 2021, environ 51 personnes y ont perdu la vie. Tués par la nature ou les bandits. Certains corps ont été découverts dans la mangrove. Les rescapés, pour la plupart, traumatisés.

 

Au Panama, rencontrée par Médecins Sans Frontières, une jeune femme, enceinte, saigne : elle a été agressée dans la jungle. En Colombie, une autre femme Vénézuélienne raconte être tombée sur des hommes encagoulés, qui l’ont « volée ». Embrouillées, elles n’en disent pas plus … mais le diagnostic est formel : « elles ont été violées ».

 

Comme elles, 89 autres femmes ont été « abusées sexuellement » le mois dernier. Dont de nombreux enfants, partis seuls ou séparés de leurs parents au cours du périple. En Colombie, à Necoclí, ils dorment sur la plage et, le jour, ils ramassent les ordures pour gagner quelques pesos et continuer le « voyage ». Au Mexique, ils n’ont même pas le droit à la « misère de la rue ». Environ 7000 personnes sont jetées dans des cellules bourrées de trafiquants, pour « entrée illégale sur le territoire ». Les demandes d’asile n’aboutissent jamais. En attendant la décision des autorités compétentes, les candidats doivent végéter dans des conditions inhumaines, pendant plusieurs années…

 

Mais il n’y a pas de quoi être aigris, dira-t-on. Voici un peu plus d’un mois, le 10 juin 2022, les dirigeants du Mexique – comme ceux du Costa Rica ou du Panama – ont fait une virée de l’autre côté de la frontière. Et, entre deux cocktails, ils ont signé la déclaration de Los Angeles sur la migration et la protection. Avec la promesse de « permettre aux personnes de migrer et de demander l’asile en toute sécurité et légalement ». Le tout est servi sous l’œil bienveillant du meilleur ami des migrants vénézuélien : Joe Biden, l’homme qui lutte pour que «  les  routes ne soient pas déviées ».

 

 

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