Laurent Nuñez s’est rendu à Alger pour rencontrer son homologue Saïd Sayoud. Au centre des enjeux : extraditions, obligations de quitter le territoire et protection des exilés, dans un contexte diplomatique particulièrement sensible.
À peine installé place Beauvau, Laurent Nuñez a pris la direction de Alger pour rencontrer son homologue Saïd Sayoud. Officiellement, une réunion de travail les 16 et 17 février 2026. Officieusement, une tentative de réchauffer une relation bilatérale qui alterne crispations et accalmies depuis plusieurs années.
Premier ministre français de l’Intérieur à se rendre à Alger depuis 2022, Nuñez arrive avec un agenda chargé et peu de marges de manœuvre.
Le nœud des extraditions
Au centre des tensions : les demandes d’extradition visant des opposants algériens installés en France, notamment des membres ou proches du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé organisation terroriste par les autorités algériennes.
En mai 2025, la justice française a refusé l’extradition d’Aksel Bellabbaci. À Paris, la décision est présentée comme l’expression normale de l’indépendance judiciaire. À Alger, elle est perçue comme un manque de coopération sur un sujet considéré comme prioritaire.
Les autorités algériennes ont multiplié ces derniers mois les demandes formelles de remise de certains opposants. La France, de son côté, rappelle que toute extradition est encadrée par le droit, notamment en matière de garanties procédurales et de respect des droits fondamentaux.
Les conditions de Nuñez
Autre dossier sensible : l’exécution des OQTF (obligations de quitter le territoire français). Paris attend la délivrance de laissez-passer consulaires pour procéder aux expulsions vers l’Algérie. Or, depuis l’automne 2025, ces documents seraient délivrés au compte-gouttes, voire plus du tout selon plusieurs sources administratives.
Résultat : des décisions administratives difficiles à mettre en œuvre et une tension politique croissante en France sur l’efficacité de la politique migratoire.
Dans ce contexte, l’hypothèse d’un échange implicite — coopération sur certains profils contre reprise des délivrances consulaires — circule. Elle reste officiellement démentie, mais illustre la dimension hautement politique de dossiers pourtant présentés comme techniques.
Cas sensibles et climat de défiance
Le climat est également alourdi par des situations individuelles. Le journaliste Christophe Gleizes est détenu près d’Alger depuis mai 2024. Son cas est régulièrement évoqué par les autorités françaises.
Par ailleurs, certains exilés affirment ressentir une pression accrue. Le dessinateur Ghilas Aïnouche, condamné en Algérie à trente ans de prison pour des caricatures visant le président Abdelmadjid Tebboune, a déclaré dans Marianne ne plus se sentir en sécurité.
Le cas de Ferhat Mehenni, président autoproclamé d’un « État kabyle » proclamé à Paris en décembre, alimente également les tensions, même si aucune évolution concrète n’a été confirmée.
Une relation sous conditions
Au-delà des cas individuels, la visite de Nuñez s’inscrit dans un cadre plus large : coopération antiterroriste, gestion des flux migratoires, équilibres régionaux. Autant de sujets où la coordination franco-algérienne reste jugée stratégique des deux côtés de la Méditerranée.
La question centrale demeure : jusqu’où chacun est-il prêt à aller sans donner le sentiment de céder sur ses principes ? C’est sur cette ligne étroite que se joue désormais la séquence ouverte par ce déplacement à Alger.






