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12 avril 2021

Les diafoirus du coronavirus

Le cas des pays asiatiques, dans la gestion de la crise du covid-19, jette une lumière crue sur les insuffisances et les incohérences de la France et de l’Italie. Leur réponse au coronavirus a été un désastre.

C’est désormais une vérité de La Palice : la gestion de la crise sanitaire, par certains pays occidentaux, a abouti à la punition de tout un peuple, par la mort à grande échelle. Et c’est un euphémisme, quand on regarde le dernier bilan des victimes du covid-19 en Europe, en comparaison avec les pays asiatiques : près de 20 000 morts en France et beaucoup plus en Italie. Loin devant Taïwan- avec ses 216 décès -, le Japon, la Corée du sud … ou la Chine, le premier pays à avoir été surpris par l’épidémie, quand elle a surgi sur son territoire, novembre dernier. Elle est devenue le symbole planétaire de la lutte contre le coronavirus. Et ce n’est pas sa grande muraille qui l’a protégée.

 

Dès le 22 janvier, et avec seulement 548 malades, la Chine a mis en place un dispositif sur mesure. Immédiatement, la ville de Wuhan, épicentre du virus, était complètement isolée. Ses 56 millions d’habitants mis sous cloche, la circulation des véhicules interdite. Partout dans les villes voisines, les personnes infectées sont localisées et pistées, à travers des applications mobiles qui permettent de connaitre les déplacements des individus. A Pékin et à Shanghai, la police patrouille avec des caméras thermiques, toutes les personnes qui présentent une température supérieure à 38 degrés sont repérées et dépistées. Même dispositif dans les autres grandes villes chinoises. Nul ne peut y pénétrer, sans laisser-passer, et toutes les festivités ont été reportées ou annulées. Résultat : depuis le 26 février, le nombre de contaminations quotidiennes chute. Au total, la Chine dénombre, uniquement, 3 000 morts sur les 80 000 personnes infectées, mais ce bilan est contesté dans l’hexagone : on parle d’un bilan beaucoup plus élevé. Quoi qu’il en soit, après 77 jours de confinement, la vie a repris ses droits dans le pays, y compris à Wuhan, point de départ de la pandémie.

 

Mieux vaut prévenir que guérir

C’est également le cas à Taïwan. Ce pays de 23 millions d’habitants a commencé à croiser le fer, dès l’apparition coronavirus dans le pays. Au programme : contrôles médicaux, identifications des cas positifs et la quarantaine obligatoire pour tous les voyageurs, qui arrivaient des pays étrangers, plus particulièrement la Chine continentale, l’Europe et les Etats Unis. Ces mesures, prises dans l’urgence et par anticipation, sont couronnées de succès. Au 24 mars, on comptabilisait seulement 215 cas de contamination sur l’île. Et 2 décès… C’est l’un des taux de mortalité les plus faibles de la planète. Il se place juste derrière la Corée du Sud, qui n’a enregistré que 120 décès, pour un peu plus de 9000 cas confirmés. Là-bas, point de confinement, ni de fermetures des lieux publics. Mais production massive de masques, désinfection des lieux publics, dépistages systématiques de la population et prises de températures à l’entrée des bâtiments publics.

 

Plus surprenant encore, les pays africains rayonnent sur le front du coronavirus. C’est avec une admirable célérité qu’ils ont lancé l’assaut, avec des mesures fortes, calquées sur le modèle asiatique : Etat d’urgence, catastrophe nationale, confinement dans les grandes villes… Ailleurs, sur le continent, tous les établissements scolaires sont fermés, les rassemblements religieux interdits et les vols internationaux suspendus. Le Maroc a généralisé le port du masque et est allé jusqu’à s’endetter auprès du FMI, pour la première fois de son histoire, pour esquiver le massacre.

 

C’est la déclaration, ce 11 mars, du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, « sur le niveau de dangerosité de la maladie », qui a déclenché la vigilance de la plupart des pays du monde. En Europe, c’est l’Allemagne qui a réagi rapidement. Et efficacement. Après avoir suspendu tous ses vols, elle a mis en place d’impressionnantes campagnes de dépistage de la population, avec l’objectif de tester 500 000 personnes, toutes les semaines. C’est aussi le cas en Autriche et en Slovénie. A chaque voyageur, qui traversait leur frontières, un certificat médical est réclamé. Idem au Portugal, qui ne connait pas du tout la même évolution sanitaire face au covid-19. Depuis le début de l’épidémie, le pays de Marcelo Rebelo de Sousa comptabilise seulement 600 décès. Un chiffre qui correspond au nombre de morts quotidien chez le voisin espagnole. Mais ce succès n’est pas tombé du ciel. Dès qu’il avait enregistré son premier décès, en mars dernier, le Portugal s’est mis à l’abri. Avec fermeture des frontières, fermeture des écoles, mise en place de l’état d’urgence. Récemment, il est allé jusqu’à régulariser les sans-papiers, pour leur permettre d’accéder aux allocations familiales et de rester ” chez eux”.

 

Test or not test

Derniers de la classe dans cette guerre mondiale contre le coronavirus, la France et l’Italie ont baissé bas leur auréole de responsabilité. Elles ont longtemps hésité avant de prendre au sérieux la menace. C’est vrai qu’à la date du 30 janvier, l’ordre était donné à Air France de suspendre ses liaisons vers Pékin et Shanghai; c’est vrai qu’à compter de cette date, les touristes ne sont plus acceptés en France, et seules les personnes justifiant d’un impératif médical ou d’une obligation professionnelle peuvent encore entrer. Mais, jusqu’à fin février, trois compagnies aériennes chinoises continuaient à assurer leurs vols vers la France. Quotidiennement, 1000 passagers, venus de Chine, débarquaient à Roissy. Et, sur les postes frontières, aucun contrôle médical n’est effectué.

 

Quant aux testes de dépistage, ils sont réservés exclusivement aux malades sévères. En tout, l’Italie n’aurait réalisé que 165 000 tests et la France était limitée à 9 000 tests par jour. Toutes les personnes qui ont manifesté des symptômes légers sont renvoyées chez elles. En attendant qu’elles guérissent d’elle-même ou que leur état s’aggrave. C’est ainsi que le confinement des populations est devenu la dernière issue de secours. Mais, là encore, la décision était prise beaucoup trop tard. Quand l’Italie a décidé de mettre sous cloche, 9172 cas de contaminations sont déjà recensés dans le pays. Au moment du confinement en France, ce 19 mars, on dénombrait 6633 malades, 148 morts et plus de 400 personnes placées en réanimation dans les hôpitaux français. Conséquences évidentes : la quarantaine, présentée comme la solution miracle, est devenue quasi inopérante. Et le virus continue à infecter les populations, façon boa constrictor, avec des hôpitaux en charge, des malades à la pelle et des morts à la chaîne.

Désormais : les pays “développés” sont engagés dans une mécanique infernale, là où les pays asiatiques, comme la Chine, longtemps méprisée, souvent avec morgue et dédain, ont réussi le pari de la vie. Bien sûr, la culture confucéenne a été un facteur de réussite dans cette lutte contre la pandémie. Elle compte la discipline, le travail acharné, l’intérêt du groupe, le respect de l’autorité… Bien sur, la surveillance numérique ne fait sourciller personne en Chine, alors qu’en France, la question a déjà commencé à donner de la bave aux lèvres. Pour autant, cela ne justifie pas les écarts de nos gouvernements.  Pas sa prise tardive des décisions, pas le sacrifice d’une partie d’un peuple, comme c’est le cas du gouvernement français qui a envoyé 21 millions d’électeurs dans les bureaux de vote, ce 17 mars, date du premier tour des élections municipales. Et deux jours seulement après la fermeture des lieux publics …  Ces fautes, comme celles du gouvernement italien, sont nombreuses et évidentes. Et elle ne sont seulement politiques, pas seulement juridiques, elles sont humaines. Même trop humaines, puisqu’elles ont provoqué la mort de plus de 22 000 français et 27 000 italien. 

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