À Draguignan, l’enjeu dépasse les trottoirs et les projets municipaux : pour la première fois depuis longtemps, les forces vives de la gauche et de la droite locale se mobilisent derrière un front commun, déterminées à barrer la route à l’extrême droite et à transformer le second tour en test politique majeur pour la ville
À Draguignan, le premier tour des municipales du 15 mars 2026 a sonné comme un coup de clairon. Le député RN Philippe Schreck est arrivé largement en tête avec 44,70 % des voix — 6 767 bulletins — plaçant la ville face à un choix brutal pour le second tour du 22 mars. Derrière lui, Richard Strambio, candidat divers droite avec la liste Draguignan au cœur, recueille 40,03 % des suffrages, soit 6 060 voix. La liste Les Unis pour Draguignan, menée par Christophe Terras, plafonne à 8,40 % — 1 271 voix — et se retrouve éliminée. Mais la bataille politique est loin d’être terminée.
Après Le Correspondant, et juste avant l’appel des colistiers de Gibaud, la direction du théâtre de Draguignan, des médecins, anciens élus… c’est désormais toute la gauche dracénoise qui sort du bois et hausse le ton. Message limpide : pas une seule voix de plus pour Philippe Schreck. Les socialistes, les écologistes, le PCF et les insoumis, réunis derrière Terras et balayés au premier tour, refusent de regarder passer le train. Leur score de 8,40 % acte leur élimination, mais pas leur silence. Pour eux, le moment est venu de rassembler les forces vives de la ville et de fermer la route au Rassemblement national.
L’appel est clair et frontal : faire barrage. Et concrètement, cela signifie orienter les voix de gauche vers la candidature de Richard Strambio au second tour. Non par adhésion, mais par nécessité politique. Objectif affiché : empêcher l’extrême droite de s’emparer de la mairie et défendre ce que les signataires appellent les valeurs républicaines locales.
Un tel appel reste rare dans une élection municipale, traditionnellement dominée par les débats sur la gestion de la ville : urbanisme, services publics, projets locaux. Mais à Draguignan, la perspective d’une victoire RN a changé la donne. L’initiative des Unis pour Draguignan ressemble à la tentative de construire un front républicain élargi, où des sensibilités différentes acceptent de serrer les rangs pour un objectif commun : empêcher la bascule.
Le second tour s’annonce donc électrique. Philippe Schreck, déjà député de la 8ᵉ circonscription du Var, part avec une avance solide et un score sans commune mesure avec les 12,6 % obtenus par le RN lors des municipales de 2020. Alors que dans le reste du pays, dans la plupart des villes de France, le RN n’a pas réussi sa percée, le député de la 8ᵉ circonscription du Var capitalise ici sur une dynamique locale particulièrement forte.
Mais si une part significative des électeurs de Christophe Terras et des autres listes suit l’appel au barrage, l’écart pourrait se resserrer brutalement. Draguignan deviendrait alors bien plus qu’une simple mairie disputée : un test politique grandeur nature dans ces villes moyennes du Sud-Est où le RN avance depuis des années.
Dans ce duel serré entre une droite radicalisée et une droite plus classique, les voix de gauche, et des abstentionnistes du premier tour, ainsi que les voix de François Gibaud, pourraient bien faire l’élection.
Une chose est sûre : le second tour ne sera pas une formalité.






