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Cahuzac fait mentir Schreck

Compte rendu du meeting du député RN, Philippe Schreck, candidat aux municipales à Draguignan, dans la presse locale
Compte rendu du meeting du député RN, Philippe Schreck, candidat aux municipales à Draguignan, dans la presse locale

Lors d’un meeting de campagne à Draguignan, le député RN Philippe Schreck a dénoncé les prétendues « dépenses folles » de la politique culturelle locale. Théâtre, musée, expositions : à l’entendre, la culture aspirerait les finances municipales. Mais lorsque l’on ouvre les documents budgétaires, l’histoire devient un peu moins spectaculaire. Et les chiffres racontent autre chose.

 

Dans une campagne électorale, les chiffres ont parfois la vie dure. Certains les gonflent, d’autres les oublient, d’autres encore les arrangent. À Draguignan, le député RN Philippe Schreck a choisi une méthode plus originale : les multiplier.

 

Le 5 mars 2026, lors d’un meeting au complexe Saint-Exupéry devant près de 700 personnes, le candidat de la liste « Draguignan autrement » s’en est pris à la politique culturelle de la majorité sortante. À l’en croire, la ville dilapiderait joyeusement ses finances dans les arts : « 1 million par an pour le théâtre, 12 millions pour le musée, 1,5 million pour son fonctionnement, 450 000 euros pour l’exposition Rembrandt. »

 

Autrement dit : à entendre le député, la culture serait devenue un aspirateur à finances publiques.

 

Dans la salle, certains ont applaudi. Les chiffres impressionnent toujours, surtout lorsqu’ils tombent en rafale. Sauf que les comptes racontent une autre histoire.

 

Synthèse du meeting de Philippe Schreck, candidat aux municipales à Draguignan, dans la presse locale
Synthèse du meeting de Philippe Schreck, candidat aux municipales à Draguignan, dans la presse locale

Les chiffres ne mentent pas.

Pendant que la campagne s’emballait, Le Correspondant a fait ce que la politique locale redoute le plus : ouvrir les documents financiers. Et les chiffres ont une fâcheuse habitude : ils ne votent pas.

 

Première surprise : contrairement à ce que laisse entendre le discours de campagne, le théâtre n’est pas un équipement municipal classique. Inauguré le 28 juin 1975, rénové en profondeur puis rouvert le 19 octobre 2018, il est géré depuis le 10 mai 1996 par l’association Théâtres en Dracénie, qui fête ses trente ans lors de la saison 2025-2026.

 

Autre détail qui complique un peu la démonstration : depuis la création de la communauté d’agglomération dracénoise le 31 octobre 2000, dans le sillage de la loi Chevènement, la compétence culturelle a été transférée à l’intercommunalité. Ce mouvement a été consolidé par les lois territoriales successives, notamment MAPTAM (2014) et NOTRe (2015). En clair : le théâtre relève aujourd’hui de la Dracénie Provence Verdon Agglomération (DPVA), et non de la mairie de Draguignan.

 

Le théâtre paie… la collectivité

Son financement repose sur un mécanisme classique de cofinancement public associant l’agglomération, l’État via la DRAC, la région et le département. La mairie de Draguignan ne finance donc pas directement la structure.

 

Mieux encore : le théâtre  paie.

 

Chaque année, l’association reverse environ 50 000 euros à l’agglomération pour l’occupation des locaux et certaines charges, et prend en charge une partie du salaire d’un agent chargé du bâtiment. Autrement dit, le théâtre paie pour utiliser les lieux — et contribue même à leur fonctionnement.

 

Dans ces conditions, affirmer que la mairie finance le théâtre relève moins de la comptabilité que de la littérature budgétaire de meeting.

 

Certains rétorqueront que la commune participe indirectement au financement via sa contribution au budget de l’intercommunalité. C’est vrai… mais seulement en partie. Cette contribution sert à financer l’ensemble des compétences intercommunales : eau, déchets, transports, développement économique et, parmi bien d’autres politiques publiques, la culture.

 

Les chiffres à l’échelles réelle

Les documents budgétaires montrent en réalité un modèle assez classique. Le budget global de fonctionnement de la DPVA tourne autour de 62,6 millions d’euros en 2025. Dans cet ensemble, la subvention de l’agglomération au théâtre représente 692 259 euros, soit un peu plus de 1 % du budget intercommunal.

 

Le reste du financement provient de l’État, de la région et du département. Le théâtre génère également ses propres recettes : 635 312 euros, principalement issues de la billetterie et des activités culturelles.

 

Autrement dit, le modèle économique du théâtre repose à la fois sur les financements publics et sur son activité artistique.

 

Contrairement à certaines affirmations entendues en campagne, la culture ne constitue donc pas un gouffre financier pour l’agglomération. C’est même plutôt l’inverse lorsqu’on mesure l’activité réelle du théâtre.

 

La saison 2024-2025 a battu un record avec 38 005 spectateurs et un taux de remplissage de 89,77 %. Elle a accueilli 15 728 élèves dans des représentations scolaires et organisé près de 800 heures d’ateliers et de médiation dans les établissements scolaires.

 

Quand la culture fait tourner l’économie locale

Cette activité génère aussi des retombées économiques locales très concrètes. Chaque saison, 565 artistes, techniciens et personnels administratifs sont accueillis à Draguignan. Leur présence représente environ 58 961 euros d’hébergement dans les hôtels de la ville et 41 612 euros de restauration sur place, sans compter les transports et les dépenses des spectateurs dans les bars, restaurants et commerces du centre-ville.

`

Autrement dit, le théâtre injecte de l’activité dans l’économie locale bien plus qu’il ne la tarit.

 

La saison 2025-2026 promet d’ailleurs près de120 spectacles, des ateliers pour des milliers d’élèves et une programmation anniversaire pour les trente ans de la structure, ainsi que le festival de danse L’Imprudanse, organisé entièrement à Draguignan pendant trois semaines.

 

Un théâtre vivant, ancré dans l’éducation — avec spécialité théâtre au baccalauréat au lycée Jean-Moulin, options dans plusieurs établissements et partenariats pédagogiques avec l’INSPE — et qui irrigue le territoire. Rien de très révolutionnaire. Sauf peut-être pour ceux qui préfèrent les tribunes de meeting aux lignes d’un budget.

 

Vaudeville politique

Car ce n’est pas la première fois que Philippe Schreck s’en prend au théâtre. Dans ses tribunes du bulletin municipal, le député RN a déjà dénoncé certaines dépenses culturelles jugées « superflues ». Vieille tradition politique : taper sur la culture rapporte toujours quelques voix.

 

Reste une hypothèse plus personnelle. La compagne du député, Sarah Bouzereau, a travaillé au théâtre avant d’en partir dans le cadre d’une rupture conventionnelle. La situation a quelque chose de délicieusement paradoxal : la femme d’un député RN employée dans un théâtre souvent caricaturé comme « de gauche », financé par des institutions publiques… et régulièrement critiqué par son mari.

 

À Draguignan, la politique culturelle prend parfois des airs de vaudeville.

 

Leçon de comptabilité

Et puisqu’on parle de finances, un dernier souvenir mérite d’être rappelé. Avant d’être député, Philippe Schreck fut bâtonnier du barreau de Draguignan puis président de la CARPA. À l’époque, près de 200 000 euros avaient été engagés dans des placements pour le moins aventureux, notamment dans la société Bourbon, aujourd’hui en faillite. Lorsque Le Correspondant avait enquêté, le député et son entourage avaient crié à la diffamation.

Une enquête interne de la CARPA avait finalement confirmé ces investissements. Et bien. au-delà.

 

Encadré

Les chiffres du théâtre :

Budget 2024 de l’association Théâtres en Dracénie :
2 167 427 € HT

Subventions publiques :
1 532 115 € HT (environ 70 %)

Répartition :
DPVA : 692 259 €
État (DRAC) : 350 140 €
Région Sud : 274 241 €
Département du Var : 215 475 €

Contribution du théâtre à la collectivité :

environ 50 000 € par an de charges.

Recettes propres : 635 312€


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