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Jean Messiha découvre Jean Messiha

Jean Messiha ne découvre pas seulement qu’il a hébergé pendant deux ans 42 000 euros destinés aux familles des victimes d’Incarville. Il découvre aussi qu’il rejoint, malgré lui, ce petit club très fermé que les brigades financières connaissent bien : celui où l’on explique toujours que l’argent est arrivé sans prévenir.

Qui ose encore prétendre que Jean Messiha a versé dans l’arnaque ou l’escroquerie ? Sans doute la France mélenchoniste. La gauche islamique. Les wokistes en djellaba de luxe dégustant leur caviar décolonial entre deux réunions du comité de vigilance antiraciste. Bref, les suspects habituels.

Certainement pas Jean Messiha lui-même.

Car l’ancien porte-parole d’Éric Zemmour vient de résoudre une énigme digne des plus grands romans policiers. Quelqu’un avait désigné Jean Messiha comme bénéficiaire d’une cagnotte lancée par Jean Messiha. Quelqu’un avait fourni les coordonnées bancaires de Jean Messiha. Quelqu’un avait laissé transiter plusieurs virements vers le compte de Jean Messiha.

Et ce mystérieux individu pourrait bien être… Jean Messiha. Du moins si l’on en croit le fonctionnement habituel de GoFundMe.

Retour en mai 2024. Deux agents pénitentiaires sont tués au péage d’Incarville lors de l’évasion sanglante de Mohamed Amra. L’émotion est immense. Jean Messiha lance alors une cagnotte GoFundMe destinée aux familles des victimes. Les dons affluent. Plus de 280 000 euros sont récoltés.

Jusque-là, rien à signaler.

Là où l’histoire devient intéressante, c’est lorsqu’on apprend qu’environ 42 000 euros n’ont jamais rejoint les familles. La somme a été versée sur le compte bancaire de Jean Messiha lui-même.

Panique à bord ? Pas du tout.

Selon l’intéressé, il s’agirait d’une gigantesque méprise informatique. Une erreur de GoFundMe. Une défaillance interne. Un concours de circonstances. En somme, une sorte de bug suffisamment puissant pour contourner toutes les procédures de vérification mais suffisamment discret pour ne pas attirer l’attention du principal concerné pendant deux ans.

Car Jean Messiha affirme n’avoir jamais demandé à être bénéficiaire des fonds. Il assure également avoir découvert tardivement les virements.

Le problème, c’est que le fonctionnement de la plateforme est beaucoup moins romanesque.

Pour créer une cagnotte, l’organisateur doit renseigner son identité, fournir un numéro de téléphone, transmettre un RIB et valider différentes étapes de contrôle. Lorsqu’un bénéficiaire distinct est désigné, celui-ci doit ouvrir son propre compte et fournir lui-même ses coordonnées bancaires. L’argent n’apparaît pas par magie sur le compte du voisin.

Mieux encore : les versements ne tombent pas en une seule fois comme un héritage oublié d’un oncle d’Amérique. Ils sont effectués progressivement, avec notifications, validations et suivi via un tableau de bord.

Autrement dit, notre homme ne se serait pas seulement trompé une fois. Il aurait fallu qu’il soit victime d’une succession de miracles administratifs. Une erreur initiale. Puis plusieurs virements. Puis plusieurs relevés bancaires. Puis plusieurs notifications. Puis plusieurs mois de silence.

Une sorte de triangle des Bermudes comptable où disparaissent les alertes, les relevés et les dizaines de milliers d’euros.

Le plus remarquable est sans doute cette capacité rare à découvrir progressivement ce que l’on a soi-même organisé. Christophe Colomb avait découvert l’Amérique. Jean Messiha découvre Jean Messiha.

Lorsque l’une des veuves dépose plainte pour abus de confiance, les 42 000 euros réapparaissent finalement. Ils sont restitués fin mai 2026.

Une restitution qui ressemble un peu à ces parapluies que l’on retrouve miraculeusement après l’arrivée du propriétaire légitime.

Reste une question simple, presque triviale : comment une somme de cette importance a-t-elle pu séjourner pendant deux ans sur un compte personnel sans susciter la moindre interrogation ?

Les faits, eux, sont moins imaginatifs que les communiqués. Pour que l’argent arrive quelque part, quelqu’un doit fournir un compte. Pour qu’il y reste deux ans, quelqu’un doit ne pas le voir. Pour qu’il reparte, il faut généralement qu’une plainte arrive.

La défense de Jean Messiha repose donc sur une hypothèse fascinante : celle d’un homme expérimenté dans les collectes en ligne, suffisamment compétent pour lancer des cagnottes à six chiffres, mais incapable de remarquer pendant des mois puis des années que 42 000 euros issus d’une collecte nationale étaient tranquillement installés sur son propre compte bancaire.

Dans le domaine des explications audacieuses, la concurrence est rude. Mais celle-ci mérite probablement une place d’honneur.

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