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Lotfi Nezzar, un antisémite en puissance sous le parapluie espagnol

EXCLUSIF. Exilé sur la Costa Brava avec son pactole, le fils de l’ancien « homme fort » d’Alger fait fructifier Algérie Patriotique. Un site qui, entre deux envolées conspirationnistes, s'est fait une spécialité de l’antisémitisme « haut de gamme ». Et pour la justice espagnole, tout baigne.

Il est des exils qui ont le goût du sel et du champagne. En août 2019, alors que la justice militaire algérienne lui cherchait des poux — et lui promettait vingt ans de placard pour « complot contre l’État » —, Lotfi Nezzar a pris le large. Direction Ibiza, en yacht, s’il vous plaît. Papa Khaled, l’ancien ministre de la Défense et pilier de la « décennie noire », était du voyage.

Depuis, Lotfi a jeté l’ancre à Barcelone. Si l’on en croit les rapports locaux, le garçon n’est pas à plaindre : 300 millions d’euros de patrimoine, des comptes bancaires à la pelle (Santander, HSBC, BBVA…) et un pied-à-terre rue Muntaner. Un confortable matelas pour un éditeur qui, depuis 2012, gère Algérie Patriotique. Un journal « républicain » et « patriotique », jure-t-il, mais surtout très proche des vieux réseaux du DRS, les services secrets algériens.

Sur la toile, Algérie Patriotique est une mine. Pour les amateurs de théories fumeuses, s’entend. L’observatoire Conspiracy Watch, qui ne rigole pas avec la rigueur, le classe direct dans la catégorie « complotiste » de haut vol. C’est vrai qu’on y croise du beau monde : Thierry Meyssan, Alain Soral, Dieudonné… Toute la fine fleur du conspirationnisme francophone y trouve une tribune de choix.

Le « qui-perd-gagne » des théories

Le style ? Un mélange de géopolitique de comptoir et de vieilles lunes antisémites. En janvier 2023, le site s’est lâché sur l’historien Benjamin Stora, qualifié d’héritier de « commerçants véreux » à la solde des Rothschild. Même la Ligue des droits de l’homme a fini par s’étrangler. Rien n’y fait : en mars 2022, le site expliquait doctement que l’invasion de l’Ukraine par Poutine n’était qu’une manœuvre pour empêcher la création d’un « second Israël ». On n’est plus dans l’analyse, on est dans la littérature fantastique.

Nezzar ne se contente pas de refaire l’histoire, il s’occupe de l’actualité française. À la moindre loi contre l’antisémitisme, une ministre est aussitôt désignée « à la solde de Tel-Aviv ». Le « lobby sioniste » est partout, le CRIF est derrière chaque décision, et le mot « antisémitisme » n’est, selon lui, qu’un paravent pour cacher la mainmise des minorités sur les médias. Du grand art, très proche de la prose qu’on trouvait dans les années 30.

Et la justice, dans tout ça ? À Barcelone, on fait la sourde oreille. L’Espagne possède pourtant un article 510 du Code pénal, qui punit l’incitation à la haine. Mais pour les autorités locales, le contenu d’un site en français, lu à Alger et à Paris, n’est qu’un problème de voisinage lointain.

En 2020, la justice ibérique s’est bien penchée sur les affaires de Lotfi. Mais c’était pour examiner ses comptes en banque, jugés « purement commerciaux ». Sur les quinze ans de dérapages antisémites et de délires conspirationnistes, rien. Pas une convocation, pas une ligne. Lotfi Nezzar peut dormir tranquille dans son appartement barcelonais : sous le soleil d’Espagne, l’antisémitisme, quand il est en ligne, est en vacances perpétuelles.

Leco en image

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