Quatre mois après une défaite serrée, le climat politique dracénois s’alourdit. Sur les réseaux sociaux, un proche de la liste Schreck-Gibaud, cette alliance locale sous bannière du Rassemblement National, affirme que le recours électoral est « en bonne voie ». Si l’optimisme est un droit, une telle assurance, si elle venait à se confirmer, soulèverait des interrogations explosives sur l’impartialité de la justice administrative et l’hermétisme, pourtant sacré, du secret du délibéré.
À Draguignan, la démocratie a-t-elle changé de calendrier ? Tandis que le tribunal administratif de Toulon étudie le recours déposé fin mars 2026, dans les jours suivant la proclamation des résultats, pour contester la réélection de Richard Strambio, le maire sortant qui a conservé son siège avec seulement 206 voix d’avance, une petite phrase, lâchée au détour d’un commentaire Facebook, vient faire vaciller la confiance en la sérénité des institutions.
Kader Merimeche, colistier RN de Julie Lechanteux à Roquebrune-sur-Argens et soutien affiché de la liste Schreck-Gibaud, a cru bon d’adresser un message aux Dracénois : « Chers amis Dracénois, ne perdez pas espoir, le recours en annulation est en bonne voie. Vous aurez prochainement la chance de pouvoir vous exprimer à nouveau. »
La formule est tout sauf anodine. Elle ne relève pas du simple vœu pieux d’un militant, mais de l’affirmation d’une issue judiciaire préétablie. Face à la bronca provoquée par ces propos, le silence de François Gibaud, qui héberge cette déclaration sur sa propre page, est assourdissant. Plutôt que de recadrer son soutien ou de réaffirmer sa confiance aveugle en l’impartialité du juge, le candidat laisse planer une ambiguïté délétère.
Dans la justice administrative, le délibéré est une enceinte close. Aucun candidat, aucun élu, aucun proche n’est censé avoir accès à une once d’information sur le sens d’une décision avant sa notification officielle. Dès lors, deux hypothèses s’affrontent, et aucune n’est reluisante.
Soit Kader Merimeche pratique la méthode Coué pour galvaniser une base militante déboussolée, une forme de politique politicienne bas de gamme où l’on manie l’espoir des électeurs en faisant miroiter une victoire judiciaire qui n’est qu’un mirage. Soit, par extraordinaire, cette affirmation se révélait fondée par la suite, et le scandale serait total.
Comment une partie au litige pourrait-elle être au courant de l’issue d’un recours avant même qu’il ne soit tranché ? Une telle situation ferait voler en éclats le principe d’indépendance de la décision administrative et jetterait une ombre indélébile sur le travail des magistrats toulonnais.
Face à l’interpellation de Richard Tylinski, 16e adjoint au maire en charge des quartiers Nord et Est et figure de la majorité municipale actuelle, la réponse de l’intéressé est un simple « si ça peut vous faire plaisir ». Il évacue le fond du problème pour se réfugier dans le » brouillard », évitant soigneusement de préciser la source de cette « bonne nouvelle ».
Si la justice administrative doit rester le garant de la sincérité du scrutin, elle ne doit pas devenir un instrument de spéculation politique. Le tribunal administratif de Toulon, par sa discrétion, protège le droit. Mais à Draguignan, le silence de ceux qui prétendent savoir est en train de miner la légitimité des institutions.
Si le recours aboutit, les observateurs ne se demanderont pas seulement si les griefs étaient fondés. Ils se demanderont, avec une légitime méfiance, comment cette issue a pu être annoncée avec une telle désinvolture par le camp requérant.
Ce sera alors la confiance des citoyens, dans leur démocratie locale, la seule vraie perdante.





