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Anna Politkovskaïa : La conscience supprimée de la Russie

Le film Words of War (2025), récemment diffusé sur Canal+, n’est pas seulement un biopic de plus sur une journaliste courageuse. C’est un rappel brutal, presque inconfortable, de ce que la Russie a produit — et broyé — de plus précieux : une voix qui refusait de se taire. Réalisé par James Strong, avec Maxine Peake dans le rôle d’Anna Politkovskaïa, le long-métrage suit la trajectoire d’une femme qui, au lieu d’observer la guerre de loin, a choisi d’y entrer. Et d’y rester.
Anna Politkovskaïa, journaliste russe d’investigation assassinée à Moscou en 2006.
Anna Politkovskaïa, journaliste russe d’investigation assassinée à Moscou en 2006.

Le 7 octobre 2006, dans la cage d’escalier d’un immeuble anonyme de Moscou, la conscience de la Russie s’effondre entre deux étages. Quatre balles. Une dans la poitrine. Une dans l’épaule. Une dans la tête. Et une dernière, comme une signature.

Dans l’ascenseur, les policiers retrouvent un pistolet Makarov et plusieurs douilles. Le message est limpide. Il ne s’agit pas seulement d’assassiner une femme. Il s’agit d’exécuter un avertissement.

Ce jour-là, Vladimir Poutine fête son cinquante-quatrième anniversaire. Le symbole est si grossier qu’il en devient presque obscène.

La victime s’appelle Anna Politkovskaïa.

Pendant dix ans, elle a raconté ce que presque personne ne voulait entendre. Et c’est peut-être cela, le plus tragique. Parce qu’Anna n’a pas été tuée pour avoir menti. Elle a été tuée pour avoir dit la vérité. Une vérité que le monde entier connaît aujourd’hui. Une vérité que le monde entier préfère parfois oublier.

En octobre 1999, lorsque débute la seconde guerre de Tchétchénie, la plupart des Russes regardent ailleurs. Le pays sort du chaos des années Eltsine. Les oligarques pillent l’État. La pauvreté explose. Les humiliations s’accumulent.

Puis apparaît Vladimir Poutine. Petit homme gris venu des services secrets. Ancien lieutenant-colonel du KGB. Promesse d’ordre. Promesse de stabilité. Promesse de grandeur retrouvée. La Russie est prête à lui pardonner beaucoup. Très beaucoup. Peut-être même l’impardonnable.

La Tchétchénie, laboratoire de la peur

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