En Alabama, on sait être efficace : on s’apprête à exécuter un homme… qui n’a tué personne.
Charles « Sonny » Burton, 75 ans, attend depuis plus de trente ans dans le couloir de la mort. Jeudi, sauf miracle de dernière minute, l’État américain prévoit de régler l’affaire définitivement. Le détail un peu embarrassant ? Burton n’est pas l’homme qui a tiré.
Retour en 1991. À Talladega, six compères braquent un magasin de pièces automobiles. L’un d’eux, Derrick DeBruce, tire dans le dos d’un client, Doug Battle, et le tue. Burton reconnaît être entré armé dans la boutique et avoir vidé un coffre avant de filer. Mais au moment du coup de feu, il est déjà dehors.
Qu’importe. En Alabama, on dispose d’un outil juridique bien pratique : le « felony murder », ou meurtre concomitant à un crime. Traduction : si vous participez à un braquage et que quelqu’un tue quelqu’un d’autre pendant l’opération, vous héritez du meurtre au passage. Même si vous n’avez pas touché à la gâchette.
Résultat : Burton est condamné à mort.
L’homme qui a réellement tiré a finalement vu sa peine transformée en prison à vie après qu’un tribunal a jugé que son avocat l’avait mal défendu. Il est mort en détention en 2020. Le tireur est donc mort… et celui qui n’a pas tiré risque toujours l’exécution. Logique implacable.
Depuis sa cellule, Burton répète qu’il ne savait pas qu’un meurtre allait avoir lieu. « Je ne devrais pas mourir pour quelque chose que je n’ai pas fait », souffle-t-il au téléphone à NBC. Argument juridique fragile face à une machine judiciaire lancée depuis trois décennies.
Ironie supplémentaire : même la fille de la victime, qui avait 9 ans au moment des faits, demande aujourd’hui la clémence. Plusieurs jurés qui avaient voté pour la peine de mort disent également regretter leur décision. Six d’entre eux ont signé des déclarations pour demander qu’on épargne Burton. L’une d’elles résume la situation : la peine de mort est « trop sévère pour quelqu’un qui n’a pas appuyé sur la gâchette ».
Mais pour les autorités de l’Alabama, tout va très bien. Le procureur général rappelle que l’exécution est « attendue depuis trop longtemps ».
En matière de justice expéditive, certains États américains ont décidément le sens de la ponctualité. Même quand il s’agit de finir le travail sur la mauvaise personne.






