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Sonia Mabroub : La grande évasion

Sonia Mabrouk fait ses adieux au duo CNews – Europe 1 : entre éthique et stratégie, elle quitte le groupe Bolloré après plus de dix ans, laissant derrière elle applaudissements et interrogations sur son futur dans le paysage médiatique français

Sonia Mabrouk quitte CNews et Europe 1, entre geste éthique et repositionnement stratégique. Un sacré bond idéologique dans le paysage médiatique français

 

On connaissait les claquements de porte en douce, les « au revoir » stratégiques et les « départs d’un commun accord ». Mais là, c’est une sortie avec bande-son morale et violons d’éthique. Le 6 février 2026, Sonia Mabrouk quitte CNews. Une semaine plus tard, le 13 février, elle rompt aussi avec Europe. Fin d’un compagnonnage de plus de dix ans avec le groupe Bolloré.

 

Sonia retrouve Mabrouk

Motif affiché : la « cohérence ». En cause, le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini malgré ses condamnations définitives pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Dans un communiqué transmis à l’AFP, la journaliste invoque son « attachement » à Europe 1, mais choisit de partir. Les applaudissements n’ont pas tardé : sur les réseaux sociaux, on salue un « geste courageux », une « journaliste intègre », presque une statue de la probité en tailleur strict.
Cohérence… ou timing parfait ?

 

Il faut dire que le contexte s’y prêtait. L’affaire Morandini traîne comme un sparadrap judiciaire, et le maintien à l’antenne faisait grincer jusqu’aux couloirs capitonnés. Mabrouk, qui n’a jamais fui les postures tranchées, a su se placer du côté de la morale professionnelle.

 

Mais dans les rédactions, certains chuchotent. Départ éthique, certes. Mais aussi repositionnement stratégique ? En 2025, la journaliste aurait été approchée par BFMTV. D’autres évoquent des tensions internes ou un désir de prendre l’air loin d’une antenne régulièrement accusée de radicaliser le débat public.

 

Car quitter un grand groupe audiovisuel sans filet suppose, en général, une solide sécurité financière. Or Sonia Mabrouk n’est pas exactement contrainte de compter les capsules de café.

 

Loin de l’image de la journaliste précaire, Sonia Mabrouk est issue d’une famille tunisienne influente : son grand-père Mongi Mabrouk fut ministre sous Habib Bourguiba, et son oncle Hédi Mabrouk occupa des fonctions diplomatiques de premier plan.

 

À Paris, elle a hérité d’un appartement cossu près de la Tour Eiffel, rénové avec soin et présenté dans la presse magazine. Design épuré, tableaux orientalistes, équipements de sport dernier cri : le « cocon familial » a des airs de showroom. De quoi relativiser le risque d’une démission fracassante.

 

Refaire sa virginité médiatique ?

La vraie raison de son départ est peut-être ailleurs. Arrivée en France à 17 ans, naturalisée en 2010, la journaliste a bâti sa réputation sur un style frontal. À l’antenne, immigration, islamisme, identité nationale : les thèmes étaient servis chauds, souvent épicés. Son ton direct lui a valu des comparaisons avec Pascal Praud, autre figure maison.

 

Ses détracteurs l’accusent d’alimenter des narratifs conservateurs, voire de stigmatiser les musulmans, tout en revendiquant une posture de « musulmane laïque ». Dans son livre Insoumission française, elle pourfend le « wokisme » et le communautarisme, se posant en défenseuse d’une République intransigeante.

 

Pour les uns, elle incarne une parole libre. Pour les autres, elle a longtemps servi de caution respectable à une ligne éditoriale très marquée.

 

En quittant CNews et Europe 1, Sonia Mabrouk se détache d’antennes régulièrement accusées de polariser le débat public. Geste éthique sincère ou opération de repositionnement ? Les deux ne sont pas incompatibles.

 

Reste la question centrale : où rebondira-t-elle ? Sur une chaîne plus « centrale » ? Dans un format plus institutionnel ? Ou en indépendante, forte d’une notoriété consolidée par la tempête ?
Une chose est sûre : dans le théâtre médiatique français, les sorties valent parfois autant que les entrées. Et Sonia Mabrouk vient de réussir la sienne, entre salve d’applaudissements et regards en coin.

 

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