Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Enquête : Pourquoi Morandini reste à l’antenne ?

Jean-Marc Morandini lors d’un passage au tribunal, après sa condamnation pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Malgré les décisions de justice, l’animateur reste maintenu à l’antenne par le groupe Bolloré
Jean-Marc Morandini lors d’un passage au tribunal, après sa condamnation pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Malgré les décisions de justice, l’animateur reste maintenu à l’antenne par le groupe Bolloré

Sonia Mabrouk est écartée après avoir dénoncé le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs. Lui reste. Elle disparaît. Derrière ce choix, le système Bolloré s’expose au grand jour.

 

Tout commence par un tremblement de terre médiatique. Le 20 janvier 2026, Sonia Mabrouk, vedette de CNews et Europe 1, brise le silence. En direct, elle critique le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini : « Je ne cautionne en aucun cas les faits d’une gravité réelle. Je pense aux victimes. » Sa voix tremble légèrement à l’écran, mais sa parole est ferme, irrévocable. Et elle ajoute, presque pour elle-même : « Je ne dors plus la nuit en pensant à cela. »

Traduction : elle met en lumière l’indifférence de la direction et la complaisance d’un empire médiatique qui protège un animateur condamné pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel.

 

La réaction de la hiérarchie est immédiate. Le 27 janvier, Mabrouk est mise en « vacances forcées » de quinze jours, officiellement pour raisons de planning, et remplacée par Romain Desarbres à La Grande Interview. Dans les coulisses, la réalité est moins anodine : mails internes, pressions, appels au retrait de la journaliste, instructions strictes pour limiter toute communication externe. Dans le microcosme de CNews, chacun sait que ce ne sont pas des vacances : c’est un avertissement clair. « On ne critique pas Morandini. » Son crime ? Avoir été l’une des rares à lever la voix contre le maintien d’un condamné pour corruption d’enfants.

 

Entre 2009 et 2016, dans le cadre de sa websérie Les Faucons, Morandini contacte trois adolescents âgés de 15 à 17 ans pour des « tests » de scènes sexuelles, demandant photos et vidéos de masturbation. Pourquoi des mineurs ? Morandini cherchait des « visages innocents » pour des scènes qu’aucune chaîne sérieuse n’aurait accepté. Une victime, Axel, raconte dans Complément d’enquête (2025) qu’il a été approché via un faux profil féminin pour des « tests artistiques » explicites. D’autres cas de harcèlement sexuel concernent des adultes auditionnés pour des castings. L’affaire révèle un comportement systémique, réfléchi, et non accidentel, loin de la maladresse ou de l’erreur de jeunesse.

 

Le procès et la condamnation

Le procès débute par une première condamnation en 2022 : un an avec sursis pour corruption de mineurs. L’appel, en mars 2025, alourdit la peine : deux ans avec sursis, 20 000 € d’amende, interdiction définitive de travailler avec des mineurs et inscription au fichier des délinquants sexuels. La Cour de cassation rejette son pourvoi en janvier 2026, rendant la condamnation définitive. Deux semaines plus tard, c’est le verdict pour harcèlement sexuel. Morandini conteste, parle d’injustice, évoque la CEDH… mais le jugement est sans appel.

 

Et pourtant, il est maintenu à l’antenne. Silence de Bolloré, silence de la direction. Ce n’est pas la première fois : déjà en 2016, lors de la première explosion médiatique autour des accusations, Bolloré impose son arrivée sur i-Télé (future CNews), malgré une grève historique de 31 jours et le départ de 100 journalistes. En 2026, après les condamnations définitives et la crise Mabrouk, Morandini reste à l’antenne.

 

Pourquoi tant d’indulgence ? Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Leur relation dépasse le simple rapport employeur-employé : business, loyauté personnelle et défi aux normes se mêlent dans une alliance quasi familiale.

Ce contenu est réservé aux abonnés

Connectez-vous pour le déverrouiller

 

 

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Le Député RN du Var, Philippe Schreck, en présence de Marine Le Pen, trois semaines avant les attentats de Trappes

Trappes : Appels à « tirer dans le tas » sous une publication du député RN, Philippe Schreck

Six jours seulement avant le drame de Trappes, une vidéo relayée par le député RN Philippe Schreck suscitait, dans son fil de commentaires, une déferlante de propos d’une extrême violence : comparaisons racistes, amalgames visant les musulmans, appels à voter RN, fantasmes d’épuration et jusqu’à des appels à faire usage d’armes à feu. L’examen de ces échanges révèle une accumulation particulièrement préoccupante.

Les barbouzeries numériques de l’assistant RN

Au Rassemblement national, les collaborateurs ont décidément le sens des priorités. Pendant que les uns rédigent laborieusement des amendements et que les autres peaufinent des

Des étudiants albanais lors d’une manifestation antigouvernementale, à Tirana, le 13 octobre 2026

RAMA RAME, TIRANA BRÛLE

Tirana s’enfonce chaque soir un peu plus dans un brouillard de gaz lacrymogène et d’artifices traçants. Sur les grands boulevards de la capitale, la jeunesse albanaise, flanquée d’une opposition aux abois, ne réclame plus de réformes de façade ni de baisse de frais de scolarité : elle exige, d’une seule voix exaspérée, la démission pure et simple d’Edi Rama.

— Publicité —
Déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er novembre 1954

1er novembre 1954 : La nuit où la France ne vit rien venir

Aucun commentaire

Alors que l’Algérie officielle affichait un calme trompeur à l’automne 1954, une série d’attentats simultanés embrase le territoire dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Revendiquée par le tout jeune FLN, cette « Toussaint rouge » prend de court une France aveuglée par ses dogmes politiques et la dispersion de ses services de renseignement. Récit d’un échec d’anticipation aux lourdes conséquences historiques

Lire la suite »
Manifestation du 31 octobre à Paris

Les ravis de la (mauvaise) crèche

Aucun commentaire

Dans cette tribune volontairement provocatrice, Imanol Dospital livre une critique incisive et à contre-courant des dernières manifestations parisiennes. Si les thèses de notre contributeur diffèrent profondément de notre ligne éditoriale, nous choisissons de publier ce regard dissonant pour nourrir la réflexion collective

Lire la suite »