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France–Algérie : La colère de trop

Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, sourires diplomatiques et silences calculés, dans une relation entre l’Algérie et la France où chaque geste compte.
Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, sourires diplomatiques et silences calculés, dans une relation entre l’Algérie et la France où chaque geste compte.

Entre la France et l’Algérie, chaque image, chaque mot, chaque enquête devient un incident d’État. Derrière la colère affichée, une guerre de l’information s’installe, nourrie par les rancœurs, les calculs politiques et une relation franco-algérienne devenue aussi incontournable qu’empoisonnée.

 

Il aura suffi d’un reportage. Un de plus. Diffusé sur France 2, dans Complément d’enquête, le 22 janvier. Sujet : l’Algérie. Effet immédiat : tempête diplomatique. À Alger, le chargé d’affaires de l’ambassade de France est convoqué. Le gouvernement algérien dénonce un « tissu de mensonges », une entreprise de diffamation, une atteinte à la réputation du pays. Le mot est lâché : riposte.

 

Rien de nouveau sous le soleil méditerranéen. La scène est presque ritualisée. On l’a déjà vue après Algérie, mon amour, le documentaire de Mustapha Kessous diffusé sur France 5. On l’a vue avant, et on la reverra encore. Chaque fois, le même enchaînement : un programme français, une indignation officielle algérienne, une escalade verbale, puis le retour au calme — provisoire.

 

Sauf que cette fois, le contexte a changé. La colère ne retombe plus. Elle s’installe. Elle se structure. Elle se radicalise.

 

Car depuis quelques mois, ce n’est plus une suite d’incidents : c’est une guerre informationnelle déclarée entre les deux rives. Une guerre de plateaux, de tribunes, de réseaux sociaux et de médias satellites. En Algérie, des sites comme Algérie Patriotique ont cessé de répondre ponctuellement. Ils bombardent. Insultes quotidiennes, attaques systématiques contre la France, ses responsables, ses symboles. À longueur de journée.

 

En France, la mécanique est tout aussi implacable. L’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal a agi comme un accélérateur. Puis est arrivé Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur. L’ancien patron des Républicains a trouvé son adversaire idéal. Son punching-ball politique. L’Algérie.

 

Invité permanent des plateaux, il martèle le même discours, devenu mantra : « L’Algérie nous humilie »,  » Elle nous fait la guerre ».  Guerre verbale, bien sûr — mais guerre quand même. Effet immédiat : Alger répond, avec la même virulence. La presse officielle s’enflamme. Les communiqués s’endurcissent. Les mots dépassent les faits.

 

Et l’on franchit un seuil.

 

En France, certains discours quittent le terrain diplomatique pour glisser vers l’hostilité brute. On évoque l’idée de « brûler l’ambassade d’Algérie ». D’envoyer des « troupes spéciales ». On ne parle plus d’un État : on parle des Algériens eux-mêmes. De millions de personnes. « Capables de sortir un couteau dans le métro », lâche une ancienne ministre, sans ciller. L’ennemi n’est plus lointain : il est intérieur.

 

Résultat : les opinions publiques se figent. Se durcissent. Les rancœurs coloniales, jamais totalement digérées, se mêlent à une nouvelle guerre froide. Les sondages sont sans appel : tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’ancienne colonie cristallise désormais l’antipathie. L’Algérie est devenue un repoussoir politique rentable. Un sujet qui fait de l’audience. Du clic. Du vote.

 

Et pourtant.

 

Malgré le vacarme, la France sait qu’elle ne peut pas rompre. Elle l’a dit. Répété. La rupture serait « handicapante », selon les mots mêmes de Laurent Nuñez, actuel ministre de l’Intérieur. Trop d’intérêts en jeu. Trop de dossiers imbriqués. Immigration, sécurité, énergie, mémoire, Sahel. On ne claque pas la porte aussi facilement.

 

Côté algérien, le discours officiel se veut plus conciliant qu’il n’y paraît. Alger affirme être ouvert à une reprise apaisée. Le ministre des Affaires étrangères français a été reçu. Des signaux ont été envoyés. Mais avec une condition centrale, martelée : le respect. Le traitement d’égal à égal. Et surtout, l’arrêt de cette obsession médiatique française pour l’Algérie.

 

À peine le message formulé que Paris récidive. Une émission chasse l’autre. Un plateau incendiaire succède au précédent. L’Algérie est rangée dans la même catégorie que les ennemis stratégiques de la France : Russie, Chine, Iran, Corée du Nord. À Alger, la symétrie est parfaite : la France est assimilée à Israël ou au Maroc. L’ennemi éternel.

 

D’où la question, brutale mais logique : pourquoi les deux pays s’échinent-ils, malgré les tensions répétitives, à ne pas se séparer ? A se tirer dans les pattes, s’humilier. Mais jamais se séparer.

 

Les réponses existent, à plusieurs niveaux.

 

La première est institutionnelle. La France tient au lien, parce qu’il est stratégique, historique, économique et politique : perdre l’Algérie serait perdre un pan entier de son influence régionale et culturelle. Mais ce lien ne se traduit jamais en docilité : Alger demande parfois trop — contrôler les médias, s’ingérer dans la justice, expulser les opposants. La France ne peut pas céder : la liberté de la presse et l’indépendance de la justice sont des principes non négociables, qui priment sur la raison d’État. Lorsqu’un juge refuse l’extradition d’un opposant politique algérien, ce n’est pas un acte diplomatique, c’est la loi qui s’impose. En Algérie, en revanche, l’État décide d’abord et tout le reste suit.

 

La seconde lecture est géopolitique. Paris le sait : sans pression, elle n’obtiendra rien d’Alger. Trop de dossiers en suspens. Trop de ressentiment accumulé. Alors on appuie. On crispe. On teste. On négocierait parfois des trêves médiatiques contre des concessions économiques. Une diplomatie de l’usure, cynique mais assumée.

 

Côté algérien, le calcul est encore plus pernicieux. Pour tenter d’inverser le rapport de force, la stratégie repose sur une triple mécanique : se victimiser, culpabiliser, criminaliser. L’objectif, à terme, est clair : créer un tabou autour de l’Algérie. Installer l’idée d’une intouchabilité. Un pays dont on ne pourrait plus parler librement sans être aussitôt soupçonné d’hostilité, de racisme ou de nostalgie coloniale.

 

En parallèle, le pouvoir travaille sa communauté au corps, structure des relais, encourage l’émergence de lobbies formels ou informels, sans doute pour peser davantage sur la vie politique française et sur les choix stratégiques de Paris. La loi algérienne criminalisant la colonisation semble inscrire pleinement dans cette logique : moins un travail mémoriel qu’un outil politique, destiné à sanctuariser le récit national et à transformer toute critique en faute morale, voire en délit symbolique.

 

Enfin, il existe une troisième lecture, plus triviale encore : l’électoralisme. À Paris, rien ne va. Emmanuel Macron est au plus bas dans les sondages. La crise des Gilets jaunes a acté le divorce entre une partie du peuple et le pouvoir. Les caisses sont vides, la dette s’accumule, l’insécurité s’installe comme un bruit de fond permanent. Il faut donc un ennemi. De l’intérieur et de l’extérieur. Un classique. Un maccarthysme à la française : à la Russie succède la chasse aux sorcières algérienne. Au nom de l’insécurité et de la lutte contre le terrorisme, on resserre les rangs, on détourne l’attention, on gomme les failles internes.

 

À Alger, la martingale est la même. Après le traumatisme du Hirak, le régime a besoin d’un nouveau souffle, d’un récit mobilisateur, d’un adversaire identifiable. Et qui d’autre, pour incarner l’ennemi commode, que la France — l’ancienne puissance coloniale, à la fois honnie et indispensable, repoussoir idéal pour masquer les blocages internes et ressouder une légitimité érodée ?

 

Reste une évidence, que personne ne veut regarder en face : cette escalade profite à tout le monde… sauf aux relations franco-algériennes. Elle nourrit les extrêmes. Elle dégrade les sociétés. Elle fabrique de l’hostilité durable. Et elle transforme chaque enquête journalistique en incident d’État.

 

Pourtant, les deux pays, liés par une histoire commune, sont condamnés à s’entendre. Paris commence déjà à l’admettre : une politique d’égal à égal est inévitable, hors bricolage géopolitique et réflexe coloniaux qui ne fonctionnent plus sur les Algériens. Côté algérien, le chemin sera encore long, mais le pays sera contraint de se réformer de l’intérieur, de franchir le Rubicon de la démocratie, tolérer l’opposition, en finir avec les emprisonnements et la répression. Seule solution pour ne plus se sentir menacée par un reportage. Question de temps.

 

En attendant, place à une guerre de l’information. Une guerre d’addiction. À la colère. À l’humiliation. Et au conflit permanent.

 

 

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Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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