L’ombre américaine plane depuis longtemps sur Caracas. Elle ne s’y projette jamais frontalement, mais elle est toujours là, diffuse, insistante, tapie derrière les crises politiques. En avril 2002, cette ombre a pris la forme d’un coup d’État éclair : Hugo Chávez, président élu, est évincé du pouvoir pendant quarante-sept heures avant de revenir, porté par la rue et une armée restée en partie loyale. Washington jurera n’avoir rien vu, rien su, rien fait. Les archives raconteront autre chose.
Ce qui se murmure aujourd’hui autour d’un Nicolás Maduro « exfiltré » et mis hors-jeu par des canaux discrets, réveille un souvenir tenace. Au Venezuela, l’histoire a la fâcheuse habitude de se répéter. Parfois en uniforme, parfois en costume-cravate, souvent avec un accent venu du Nord. Avril 2002 en reste l’illustration la plus brutale.
À l’époque, Hugo Chávez gouverne à contre-courant. Élu en 1998, il rompt avec les dogmes libéraux, reprend la main sur le pétrole, revendique une alliance stratégique avec Cuba et fait de l’« impérialisme » américain son ennemi rhétorique central. Sa popularité décline, autour de 30 %, sur fond d’accusations d’autoritarisme, de corruption et d’un conflit explosif avec PDVSA, la compagnie pétrolière nationale. En face, l’opposition se structure : patronat de Fedecámaras, centrale syndicale CTV, hiérarchie catholique, médias privés, officiers mécontents. Un front large, hétéroclite, mais uni par un objectif commun. Et attentivement observé depuis Washington.
Dès la fin de l’année 2001, les services américains suivent la situation de près. Le 6 avril 2002, un rapport interne de la CIA — Conditions Ripening for Coup Attempt — détaille avec une précision troublante ce que l’administration Bush prétendra ensuite découvrir trop tard : un coup en préparation, des militaires dissidents prêts à agir, l’instrumentalisation de manifestations pour créer le chaos, l’arrestation programmée de Chávez et de plusieurs hauts responsables. Le document circule largement. Personne n’alerte Caracas.
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