Égérie olympique, puis égorgée par ceux-là mêmes qui l’avaient promue : voilà le triste destin d’Imane Khelif, sacrifiée sur l’autel d’une politique sportive et diplomatique aussi hypocrite que cynique. Allant jusqu’à faire circuler un dossier médical bidon, le CIO a étouffé, maquillé la vérité. Cette fois, fini de jouer. Nous publions intégralement son vrai dossier médical. Et ça cogne.
Tout roulait pour Imane Khelif. Après des semaines à jouer serré, la boxeuse algérienne voyait enfin son nom imprimé en bonne place sur la liste officielle des participantes au tournoi d’Eindhoven, organisé par la toute nouvelle World Boxing. Du 5 au 10 juin 2025, elle devait monter sur le ring, entourée de ses coachs – Kenzi Abdellan, Chaoua Mohamed, et Pedro Diaz, le Cubain à la moustache sévère, prêt à trancher dans le vif.
Khelif au tapis, version diplomatique
Sauf qu’à 19 heures pile, le 30 mai, la World Boxing sort un coup de massue : nouvelle règle officielle, exit les athlètes au caryotype XY dans la catégorie féminine. Pas de demi-mesure, pas de débat : XX face à XX, XY face à XY. Résultat ? Khelif, déjà sous les feux croisés depuis Paris 2024, se retrouve soudainement sur la touche. Désormais, elle doit subir des tests génétiques obligatoires, prouver qu’elle correspond aux critères… ou patienter indéfiniment.
Le communiqué officiel ? Quelques lignes froides, sèches, envoyées comme une gifle administrative, bricolées à la hâte, sans explication. Et pourtant, il y a encore quelques jours, Khelif trônait en reine d’honneur sur le site officiel de la World Boxing. Tout sourire, tout en haut de l’affiche. Alors, que s’est-il passé dans les coulisses pour que le tapis rouge se transforme en tapis rouge sang ? Pour que cette règle tombe pile avant la compétition, et vise clairement Khelif ?
D’après nos indiscrétions, un drôle de jeu s’est joué avant le couperet. D’un côté, les Algériens, pompiers pyromanes, bien décidés à relancer leur pouliche. De l’autre, la World Boxing. Fraîchement débarquée dans la jungle olympique, mais déjà une sacrée patate chaude sur les bras : l’affaire Khelif.
L’ombre d’Alger sur les gants
En mars, tout ce petit monde s’est retrouvé à Alger. Boris van der Vorst, président de la World Boxing, a multiplié les poignées de main, avec les notables locaux. Parmi eux, Mustapha Berraf. Homme fort du sport olympique. Très proche de Thomas Bach, le patron du CIO. Officiellement, rien n’a filtré. Officieusement, certains murmurent que Berraf aurait promis un soutien pour que la World obtienne la gestion des J.O. A condition de remettre Khelif sur le ring. Ce serait ainsi que la boxeuse s’est retrouvée en invitée d’honneur à un tournoi aux Pays-Bas. Dans le fief de Boris. Une jolie manière de remettre les compteurs à zéro.
Seul hic : l’info fuite, les réseaux s’enflamment, et les grincheux crient à la triche. Le pompon : même la Taiwanaise, Lin Yu-Ting, qui vient de se faire recalée du tournoi de qualification à Bangkok fin mai (pour des raisons « biologiques », même cas que Khelif) veut toujours tenter sa chance à Eindhoven. Boris se retrouve coincé : d’un côté, les fédés qui tiennent à leurs règles, de l’autre, les internautes en colère. Pris entre deux feux, il démarre les négociations. Taipei a accepté de reculer, mais pas Alger.
D’après une source proche du dossier, toutes les hypothèses sont alors évoquées : retrait volontaire, silence radio, passage en douce. Mais Khelif veut boxer. Elle insiste. World Boxing imagine un plan B : la faire monter sur le ring, puis décider sur pièce. Et pour éviter tout retour de flamme, Boris exige un engagement écrit de la fédé algérienne. Histoire que chacun tienne ses responsabilités si la polémique éclate.
Le test qui a fait pschitt
À Alger, on connaît la musique : pas question de signer un blanc-seing. La ligne est claire — Khelif, c’est un dossier sensible. Hors de question de la livrer aux caprices des règlements internationaux. Résultat : le président de la fédération monte au ministère, rameute le Comité olympique. Dans les couloirs, l’inquiétude monte. Une question : et s’ils lui passent un test surprise dans les vestiaires, un examen médical improvisé entre deux rounds. ?
On interpelle la World Boxing, qui se réunit à nouveau… et s’en sort par une pirouette : un test de grossesse. C’est tout. Oui, un test de grossesse. Pas très subtil, mais suffisant pour calmer le jeu — en apparence. Car derrière les sourires diplomatiques, chacun garde ses gants à portée.
Le 28 mai, la fédé algérienne signe bien la liste des participants pour les Jeux européens. Tout le monde fait comme si tout allait bien. Mais pas question de parapher à la légère : chaque mot est pesé, chaque virgule compte. L’affaire Khelif est devenue une partie d’échecs version Pont des espions : chacun avance masqué.
On a d’ailleurs pu consulter la fameuse lettre envoyée aux organisateurs : trois coachs, trois boxeuses, dont Imane. Tout est propre. Mais une phrase glissée dans le texte mérite qu’on s’y attarde : « Tenant compte des modalités et conditions requises pour ce tournoi… »
Traduction maison : on accepte les règles, mais pas les entourloupes. Un test de grossesse ? OK. Mais pas question de transformer le ring en laboratoire. La boxe, c’est des coups à la face, pas sous la ceinture.
Panique sous les tulipes
Et voilà que la World Boxing, trop sûre de son petit stratagème, s’est prise les pieds dans un jeu de dupes dont elle a elle-même bricolé les règles. Valider Khelif sur la foi d’un simple test de grossesse, c’est léger et risqué. Sortir l’artillerie lourde – un caryotype – reviendrait à déclencher une crise diplomatique.
Dans les bureaux néerlandais, c’est la panique à bord. Le 30 mai, on convoque une cellule de crise express. Rideaux tirés, portables éteints, ambiance fin du monde. Deux heures plus tard, le verdict tombe : Khelif est écartée. Proprement, mais fermement.
Mais dans ce vaudeville sportif à rebondissements, la pièce n’était pas finie. Restait un dernier acte, une scène bonus, jouée en solo par le metteur en scène, Boris van der Vorst : entre deux portes, Boris décroche son téléphone et appelle la principale intéressée. Pas pour expliquer, ni pour feindre l’empathie. Mais juste pour lancer, façon croche-pied : « Tu viens boxer ? ». Sous-entendu : si tu es vraiment une femme, viens le prouver sur le ring.
Invitation impossible, hypocrisie à gants blancs
Le tournoi d’Eindhoven a lieu le 6 juin, mais le test de genre imposé n’est légalement exigible qu’à partir du 25 juillet. Autrement dit, même si Khelif acceptait sur-le-champ, elle ne pourrait pas combattre. Invitation impossible, carton piégé. Le genre de coup tordu qu’on prépare en costume-cravate, la main sur le cœur.
Ce qui saute aux yeux, ce sont les termes de cette nouvelle réglementation, présentée comme la panacée pour « la sécurité des athlètes ». Pas de contrôle généralisé. Pas un coton-tige, pas un formulaire pour d’autres boxeurs. Seule Khelif – citée nommément dans le communiqué -, est visée. Seule à passer sous le microscope…
Plus troublant encore : Van der Vorst est censé ne pas avoir de dossier officiel. À ce jour, aucun rapport médical n’a été dévoilé — tout ce qui circule n’est que suspicion et rumeur. Pourtant, Boris tranche, sûr de son coup, comme si le verdict était déjà écrit. Alors, comment peut-il être aussi catégorique ? A-t-il eu accès à un dossier secret, bien planqué sous clé ? Reçu des tuyaux glissés sous la table ?
Du ragot au chromosome, le CIO savait tout
Boris van der Vorst n’a peut-être pas tout dit, mais il en sait long. Très long. Et pour cause : s’il n’était pas encore l’allié officiel du CIO durant les J.O de Paris, il était déjà dans la coulisse, l’œil collé au rideau. Sur l’affaire Khelif, celle qui fait tousser les fédés, le CIO sait tout. Chaque IRM, chaque dosage, chaque chromosome.
L’IBA, cette fédé internationale pas franchement connue pour sa passion du ragot, a transmis un dossier en béton au CIO dès le 5 juin 2023. Dossier contenant ni plus ni moins qu’un caryotype 46, XY, autrement dit, du génétique au masculin, même si la demoiselle préfère boxer en féminin. Un dossier soigneusement glissé dans les mains de la commission médicale du CIO, qui a alors opté pour une tactique imparable : la surdité sélective.
Le CIO aurait-il été berné ? Le dossier médical lui-même, établi à Delhi est accablant. Nous l’avons récupéré le document. Voilà ce qu’il dit :
Imane Khelif a passé son test chromosomique le 17 mars, à 10h30 très précisément, lors des Championnats du monde féminins de l’IBA. Sous la pression du corps médical local, une prise de sang a été envoyée au Dr Lal PathLabs, un labo réputé en Inde.
Retour à Alger, rapport sous pli ministériel
Le verdict tombe le 23 mars à 14h55 : caryotype 46, XY — en clair, un patrimoine génétique masculin. Le lendemain, à 11h, les résultats sont remis en main propre à l’hôtel Leila, à New Delhi, à Khelif, au médecin de l’équipe algérienne, et même au consul d’Algérie. Tout le monde est donc au parfum : sportifs, médecins, diplomates.

Mais ce n’est pas tout. De retour à Alger le 27 mars, le médecin officiel de la sélection féminine, le Dr Lachi, rédige un rapport limpide — et nous en avons une copie. À qui transmet-il ses conclusions ? Direct au ministre des Sports, Abderrahmane Hammad. Dans ce rapport, il écrit noir sur blanc :
« Après consultation des résultats des tests effectués sur Imane Khelif, qui étaient XY… Le 29 mars, j’ai rendu compte verbalement au ministre. »
Le ministre, comme le CIO, ont choisi de faire l’autruche. Plutôt que de clarifier la situation, ils sont venus jouer les pompiers pyromanes dans les médias. « Ce n’est rien, un petit souci médical », a lancé Hammad, le sourire aux lèvres. Un bobo… chromosomique.
Direction Kremlin-Bicêtre, en toute discrétion
Mieux encore : soupçnnant une manoeuvre venue de Russie (Le Président d’IBA est Russe), il a décidé de casser la tirelire et d’envoyer Imane, en catimini, en France, pour un contre-test. Direction l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, en banlieue parisienne. Le 7 avril, jour et heure pile, Imane Khelif se plie à une batterie d’examens sous la houlette du professeur Jacques Young, grande figure de l’endocrinologie française. Pas tous les résultats le jour même, mais déjà un élément clé sur la table : son caryotype.
Le rapport, daté du 07 avril à 16h09 et signé par la Dr Lucie Tosca, sur prescription de Young, est sans appel : 46, XY. Résultat confidentiel. En théorie seulement… car ce rapport, qui devait rester strictement confidentiel, a voyagé. D’abord remis à Mustapha Berraf, membre influent du CIO et proche du pouvoir algérien. Mais au lieu de le transmettre aux autorités compétentes — celles-là mêmes qui étaient censées autoriser, ou non, la participation d’Imane Khelif —, Berraf en prend discrètement le contrôle. Le document file directement vers Lausanne.
Berraf, la valise diplomatique
Là, le circuit s’enclenche. Berraf envoie les premiers éléments à Marie Sallois, directrice de l’éthique au CIO. Puis le dossier atterrit sur le bureau de Kit McConnell, directeur des sports. Étape par étape, sans bruit, la mécanique s’installe.
Et nous en avons la trace. Dans un message que nous avons pu consulter, Mustapha Berraf promet de faire suivre, dès réception, la suite du dossier médical : imageries, bilans, analyses. Le tout sans déclaration publique, sans transmission formelle à l’État algérien, et dans un silence soigneusement entretenu.
Et ce n’est pas tout. Pour calmer le jeu et éviter toute vaguelette, notre ami Berraf glisse un SMS à Khelif, laconique et plein de sollicitude : « Ne t’inquiète pas ma fille, tout va bien se passer. » Traduction : on te fait passer par la petite porte, ou par la grande, peu importe, l’essentiel c’est que tu rentres.
Et devinez la suite ? Bingo ! Tout roule comme sur des roulettes. Ni la Fédération internationale, ni les labos indiens, ni les endocrinologues français n’auront réussi à faire plier la bienveillance olympique. Le 24 juin 2023, Imane Khelif obtient son ticket officiel pour Paris 2024.
Les coulisses olympiques, mode opé discrète
Et pour signer cette belle histoire ? Ce n’est pas Thomas Bach, grand patron du CIO, qui a posé sa griffe sur le pacte olympique. Non, c’est Mustapha Berraf en personne, maître des coulisses, gardien des secrets bien cachés, et, accessoirement, garant de la paix sur le ring.
Le reste est connu : une fois le scandale déclenché pendant les JO, le CIO s’est grimé en tigre de papier glacé. Imane Khelif, boxeuse, devient égérie olympique. Choyée, entourée, défendue, promue — on lui a offert des campagnes de com clefs en main, des relookings téléguidés, des interviews calibrées sur Canal+, la RAI ou Le Monde. On soignait l’image comme on maquille un bilan : à grands renforts de storytelling, de contre-feux, et de promesses de revanche.
Thomas Bach, président du CIO, omniprésent dans les médias, ne cesse de marteler son soutien, tel un chef d’orchestre déterminé à noyer le poisson, transformant chaque interview en une plaidoirie pour l’innocence de Khelif — comme si sa crédibilité personnelle était en jeu. Mustapha Berraf, patron du comité africain, tonitrue à chaque micro tendu : main sur le Coran, la Constitution, et même les codes olympiques, il jure que tout est faux, que Khelif est une fille, qu’il s’agit d’un complot anti-algérien – « une cabale » lancée depuis Paris, ou Tel-Aviv, c’est selon. Et gare à celui qui oserait douter : Berraf promet l’enfer de la justice algérienne à ceux qui dénonceraient la supercherie.
Un miracle médical à Bab El Oued
Mais le maestro de cette opé, c’est Mark Adams. Porte-parole en chef du CIO, stratège feutré d’une intoxication diplomatique. C’est lui qui, le 4 novembre, distribue à la presse un rapport médical flambant neuf, signé par la professeure Soumeya Fedala, endocrinologue à Bab El Oued. Une page, un tampon, un miracle : le texte évoque « un problème génétique », mais un profil » conforme à une activité sportive dans la catégorie féminine », balayant malicieusement toute autre question. Adams prend soin de glisser, en gants blancs : « Mais ça ne vient pas de moi ». Traduction : je vous embobine, mais je ne suis qu’un messager.
Problème : ce document, bien que signé par Fedala, est moins biologique que politique. Il contredit… un autre rapport, signé de la même main. Dans l’un, tout est conforme ; dans l’autre, un désordre sexuel au joli nom de « 5 alpha réductase Type 2 », affection s’accompagnant de gonades internes, d’absence d’ovaires et d’utérus. L’un pour la galerie, l’autre pour les archives. Le document distribué par Adams n’a jamais été publié, mais la supercherie était trop grosse, le parfum de poudre trop fort.
Il y a trop de gens mouillés, dans ce dossier. Trop de décisions, trop de complicités, trop d’intérêts à protéger. Ils ne sauvent pas seulement l’honneur algérien, ni la crédibilité du CIO déjà vacillant — dont Bach (Il y a eu changement de Présidence depuis Paris 2024) était le capitaine de navire manœuvrant pour éviter le naufrage : ils se protègent aussi d’éventuelles poursuites. Pas question de laisser l’affaire s’emballer au point de faire éclater un scandale judiciaire.
Ils ont fini par prendre le risque ultime : sacrifier celle qu’ils avaient tant protégée. Une carrière brisée, un nom enterré, une fédération qui regarde ailleurs.
Dans ce jeu de chaises musicales, Boris a servi de marchepied, pour préserver sa jeune pousse. Et sur le ring, il ne reste plus rien. Sinon… l’ombre de la boxeuse. Allongée.










